04.02.2008
Ca ne passait pas...
Parce que pour elle non plus, ça ne passait pas. Seuls les jours se succédaient sans atténuer la peine et la souffrance. Le temps ne faisait pas son oeuvre.
Merci pour ton poème C. Il me touche tant.
JM
Loin de toi depuis tant de jours
Je ris, je vis, je survis,
A l’horloge de ma vie, combien de tours,
Je compterai avant l’oubli.
Ce jour d’octobre me pèse si lourd
Et depuis, ce silence inouï
Le cœur broyé, isolée dans ma tour.
J’implore le temps d’effacer ton souvenir,
A la vie, d’éclairer un nouveau jour,
Pour qu’Adieu, je puisse enfin te dire.
C
15:00 Publié dans Humeur du Jour : Bonjour ! | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poesie
25.01.2008
Chapitre 34 et fin !!!
Et voici, depuis le temps, la fin des Aigles de Vienne. Autant vous dire qu'il vient de paraitre et que vous pouvez le trouver à cet endroit http://www.lulu.com/content/1932934 . Mais franchement, le mieux, c'est quand même de m'envoyer un petit mail, et pour la modeste somme de 19 €, vous aurez droit à une superbe dédicace. Si, si !!! Par contre il faudra être un peu patient, car les livres ne devraient arriver que d'ici quinze jours au moins. Je ferai une petite note quand ça arrivera.
En attendant...
Chapitre 34 et dernier !
Le scandale avait éclaboussé l’Autriche qui mourait de honte d’avoir mis un voleur et un assassin à la tête de son État. Le témoignage enregistré de Ralf, ainsi que ceux de Petra et Lisa Morgenstern furent définitifs. Le jour même de la tentative d’attentat de l’Heldenplatz, tous les biens de Georg Höderer furent mis sous séquestre et sa demeure sous scellés. Elle était gardée nuit et jour afin que personne n’eût l’idée d’y pénétrer, et surtout d’en sortir des documents compromettants. Il y eut bien encore des tentatives d’intimidation de la part des inconditionnels et des relations de Höderer, mais la justice tint bon.
Enfin, au bout d’une semaine de gesticulations, Rudi eut l’autorisation d’organiser une fouille en règle de la demeure du chef du gouvernement. On y retrouva une multitude d’objets nazis, des souvenirs ayant appartenu à des chefs nationaux-socialistes. Parmi eux, et placés dans un coffre, on trouva une montre ronde, pendant au bout d’un vulgaire ruban noir avec, à l’intérieur, les initiales A.H en lettres gothiques. La description faite par Matthias Werkel, dans son carnet, de la montre d’Hitler, volée sur le corps même du Führer, était la preuve de sa participation au meurtre de l’oncle de Petra Morgenstern.
Petra raconta sa haine envers le vieil homme, coupable de milliers d’assassinats et à qui elle voulait nuire. Alors qu’elle était la maîtresse de Höderer, elle lui raconta ce qu’elle avait lu dans le carnet, ainsi que le passage évoquant la montre d’Hitler. Georg Höderer cachait bien son jeu, et sous prétexte de voler une grosse somme qu’elle savait enfermer dans un tiroir de bureau, les amants terribles décidèrent de commettre un cambriolage en règle. Étant au courant qu’il devait se rendre à une soirée du parti socialiste, ils se rendirent chez l’oncle, ignorant que celui-ci avait décliné l’invitation au dernier moment. C’était le jour de sortie du serviteur et, croyant que la maison était vide, le couple ne se gêna pas pour faire du bruit. Tandis que Petra mettait la main sur le contenu du tiroir du bureau, Höderer cherchait fébrilement la montre d’Hitler, objet tant convoité et sur lequel il faisait une obsession depuis que Petra lui en avait parlé. Il finit pas la trouver dans une boite à souvenirs en fer-blanc, au milieu de vieilles photos de la guerre et de divers papiers. Elle n’était même pas dissimulée. Elle était posée là, au milieu d’autres objets, anonyme et légèrement poussiéreuse. Visiblement, Matthias Werkel n’en faisait pas grand cas. Et pourtant, c’était bien elle !
Alors qu’ils allaient s’enfuir, ils furent cueillis, pistolet à la main, par le maître des lieux, étonné de voir sa nièce en train de le cambrioler. Profitant de l’hébétement du vieil homme, Höderer lui sauta dessus et une lutte s’ensuivit, dans laquelle Matthias Werkel perdit son arme. Petra raconta la scène comme si elle la vivait à nouveau. Höderer abattit froidement l’oncle avec son propre pistolet, sans l’ombre d’une hésitation, et presque à bout portant. Ce n’était pas un accident dû à la bagarre.
Petra était terrorisée et comprit que l’homme qu’elle aimait n’était pas celui qu’elle croyait être. Ils s’enfuirent tous les deux sur la moto de Griete. Dès les premières heures du matin, elle s’était réfugiée chez Conrad, trop heureux de la cacher et croyant à nouveau qu’il avait encore sa chance auprès de la femme de sa vie. Pendant des semaines, elle resta dissimulée dans la même chambre qui avait abrité Luis. Le temps que Conrad se procurât des papiers, payés avec une partie de l’argent volé dans la villa. Puis, ce fut la fuite. Elle savait que tôt ou tard, sa vie serait menacée. Elle était un témoin gênant, et avait décidé de disparaître de la circulation, emportant avec elle ce pécule entaché de sang. Ce fut le soir même qu’elle rencontra Luis, de retour vers la France.
Georg Höderer décida de mettre son crime sur le dos des Spartakus. Il avait toutes les preuves nécessaires pour les faire arrêter et incarcérer. Lors d’une dernière rencontre avec Ralf, il donna même le pistolet du meurtre, perdu au milieu d’autres armes, pour la cause de la révolution. Si un jour, par hasard, on trouvait ce pistolet en possession de Ralf ou d’un des membres du groupe, celui-ci serait accusé de la mort de Matthias Werkel. Et personne ne croirait aux accusations mensongères qu’on pourrait lancer contre Höderer si on l’accusait malgré tout d’avoir fourni des armes. Comment croire qu’un membre de l’extrême droite puisse fricoter avec des anarchistes de gauche ? Impensable, impossible !
Puis, rapidement, vint la notoriété, le pouvoir. Höderer ne pouvait pas laisser derrière lui un témoin de sa vie passée. Il avait toujours Ralf sous sa coupe, qu’il manipulait à souhait, entre menaces et enveloppes bien garnies. La progression de son cancer nécessitait toujours davantage d’argent, et la proposition de Höderer, même si elle lui était difficile, restait sa seule porte de sortie. Afin de se soigner et de guérir, ce dont il doutait de plus en plus, mais surtout pour laisser un capital à Lisa, qu’il savait d’un équilibre fragile.
Sa mission était de retrouver Petra, coûte que coûte, et quel que fût l’endroit où elle se cachait sur la planète. Hans Röckl avait été d’une aide précieuse quand par hasard, sur Internet, il découvrit cet article, et par-dessus tout cette photo d’une certaine Griete, vivant en France et spécialiste des jeux vidéo. Ralf savait parfaitement que Georg ferait disparaître son ancienne complice par ses sbires néo-nazis. Il se doutait qu’ils étaient impliqués tous les deux dans le meurtre de l’oncle, mais n’avait aucune preuve. À peine avait-il pu deviner ce qu’il s’était passé : cambriolage, propriétaire en train de surprendre ses voleurs, lutte, meurtre. Un classique...
Rudi, qui avait lu le carnet de souvenirs de Hans Werkel, tournait et retournait le pistolet Walther PPK entre ses doigts. Höderer ignorait sans doute que cette arme était celle que Werkel avait ramassée par terre, dans le salon où Hitler s’était donné la mort. Une pièce historique dont, apparemment, Rudi était le seul à en avoir deviné la provenance. Malgré ses opinions antinazies, cela le fit frissonner d’avoir un tel objet entre les mains. Il pensa à ce skinhead, fanatique haineux, et adorateur du Reich, que Ralf avait descendu.
« Quelle ironie ! Lui qui adulait Hitler, se faire descendre par le propre flingue de son idole ! »
Il remit le Walther PPK dans son sachet plastique, et posa un scellé avec une étiquette d’archivage. Cette arme, ainsi que la montre d’Hitler, irait rejoindre la masse anonyme des objets qui s’accumulaient au fil des ans, et des sombres histoires de morts violentes, sur les étagères de la police autrichienne. Et puis, un jour arriverait où, une fois l’affaire jugée et oubliée, elle serait détruite avec d’autres encombrants congénères, pour permettre aux nouveaux arrivants de prendre leurs places sur les mêmes froides et poussiéreuses étagères. « Et cela sera bien ainsi ! »
Luis venait voir Petra à la prison chaque jour. Il se remettait peu à peu de sa fracture à la mâchoire. Il souffrait encore, mais les analgésiques qu’il prenait n’avaient aucun effet sur la réelle souffrance qu’il ressentait au fond de lui. Grâce à Rudi, il avait obtenu que Petra ait un régime carcéral plus souple. Ils pouvaient se voir et se tenir les mains sous le regard suspicieux de la gardienne qui les surveillait dans le parloir particulier, généralement réservé aux avocats. Peu à peu, Luis s’était habitué au crâne entièrement rasé de Petra. C’était une sorte d’expiation qu’elle avait souhaitée, et qu’elle entretenait à coups de rasoir maladroits, comme le renseignaient les fines coupures rectilignes qui lui zébraient la peau.
Il parvenait aussi à l’appeler Petra, comme elle lui avait demandé de le faire. Mais quelquefois, un « Griete » passionné lui échappait des lèvres. Dans ces moments, elle lui souriait, désarçonnée pour toujours par ce grand gosse qui avait risqué sa vie pour elle. Et l’avait sauvée par la même occasion.
Toute sa haine et sa révolte avaient entièrement disparu de son cœur et de son esprit. Elle était prête à assumer tous ses actes passés. Davantage que Luis, éperdument malheureux dans l’attente du jugement, et de la probable condamnation qui attendait sa femme. Il pouvait dire sa femme, puisque désormais, chacun arborait une alliance toute neuve à l’annulaire droit comme le veut la tradition autrichienne. Bien sûr, le cadre de la cérémonie du mariage n’avait pas été des plus gais. Pas d’orchestre, pas de flonflon. Mais que pouvait-on attendre d’un mariage en prison ? C’est Luis qui l’avait souhaité, voire imposé, sourd aux arguments de Petra qui s’acharnait à lui répéter qu’elle resterait enfermée pendant de trop longues années, et qu’il ne fallait pas qu’il l’attendit.
Cela ne l’avait pas découragé. Il l’attendrait, le temps qu’il faudrait. Mais il lui avait fait promettre de bien se comporter pour bénéficier de toutes les remises de peine possibles, afin d’écourter son séjour forcé qui la tenait loin de lui.
Bart avait été son témoin, et Rudi celui de Petra. Lisa n’était plus en état de faire quoi que ce soit. Elle avait sombré dans une sorte de folie dépressive, et restait coincée dans sa bulle, évoquant sans cesse Ralf, son retour, tenant des discours d’une totale impudeur quand elle avait des crises aiguës de nymphomanie. Luis pensa qu’elle était déjà atteinte par le mal à l’époque de leur rencontre, mais que la mort de Ralf l’avait fait basculer dans un monde de détresse et de fantasmagorie délirante.
Six mois passèrent. Le jugement de Petra eut lieu peu de temps après celui où Georg Höderer fut condamné à perpétuité pour meurtre, incitation à la haine raciale, association de malfaiteurs, forfaiture et autres méfaits qui, aux États-Unis, lui auraient valu la peine de mort, en plus des quatre mille années d’emprisonnement.
Le jury, à l’immense surprise de Luis et de Petra, décréta qu’il y avait prescription concernant les faits passés, braquages et complicité de meurtre compris. Il considéra, dans une généreuse hypocrisie, que Petra Morgenstern, par son action sur l’Heldenplatz, avait contribué à débarrasser le pays d’un aventurier dangereux et opportuniste. Pour ces faits, elle fut relaxée et libérée sur le champ à l’issu du procès. Son comportement, durant son séjour en prison, avait été exemplaire, et c’était suffisant pour penser que la société ne craignait plus rien de sa part.
Les journaux firent écho de la nouvelle et publièrent un sondage indiquant que la population autrichienne était, malgré tout, satisfaite de savoir qu’elle retournerait en France avec son mari.
*
L’été pointait le bout de son nez sur cette terre aux confins de la Bretagne et de la Normandie. Luis avait repris son métier de vétérinaire. Il téléphona à Mangin pour lui annoncer son retour et savoir si tout s’était bien passé avec Françoise, si elle avait été une bonne collaboratrice, ce dont il ne doutait pas.
― Françoise est une aide très précieuse dans mon travail, Luis. Et… je ne sais comment vous dire ça… mais elle m’est très précieuse dans ma vie également. En fait, nous vivons ensemble depuis quelques mois. Ce fut un véritable coup de foudre, et j’ai eu beau me défendre de cette relation à cause de notre différence d’âge, je dois dire que j’ai craqué. Mais, se défendit-il, elle a tout fait pour ça…
Luis riait de bon cœur.
― C’est formidable ce que vous me dites là. Sincèrement, je suis très heureux pour vous deux, que vous vous soyez trouvés. Est-ce que Françoise change toujours autant de coiffures ?
― Mon Dieu ! Elle me coûte une fortune, répondit-il en riant également. Mais, j’ai l’impression de découvrir une nouvelle femme à chaque fois, et finalement, ce n’est pas si désagréable.
L’aventure de Petra Morgenstern et de Luis était parvenue jusqu’au village, et ce fut avec plaisir que chacun avait accueilli de nouveau le couple. Mais Petra et Luis savaient qu’ils ne demeureraient pas toute leur vie dans cette maison. Ils y étaient revenus, faute de savoir où aller, et surtout pour pouvoir rebondir plus tard vers un autre ailleurs, dans d’autres conditions.
La bergerie avait été rasée, et une belle pelouse avait pris la place. Luis avait tenu à planter un parterre de fleurs à l’endroit où le corps de la malheureuse pensionnaire de l’asile avait brûlé. Il avait fait ceci également en souvenir de Matthias Werkel, le vrai, l’unique, celui qui avait été enterré anonymement dans le jardin de son frère.
Lors de ses visites en prison, Luis avait raconté à Petra comment il avait mené ses recherches en Autriche pour retrouver la Griete qu’il avait perdue. Il retrouva chaque détail, aussi bien pour elle que pour lui-même, recoupant désormais ses actes et ce qu’il avait appris de Rudi, une fois l’enquête officielle terminée. Il en vint au moment où il lui parla de sa rencontre avec sa grand-mère, la délicieuse madame Werkel.
Ce fut un choc énorme pour Petra de savoir qu’elle était toujours vivante et qu’elle attendait des nouvelles de ses petites filles. Petra lui écrivit une lettre qu’elle remit à Luis. Dans sa honte et son désespoir, elle ne se sentait pas prête encore à aller plus loin et communiquer régulièrement avec sa grand-mère. Le jugement déciderait de tout.
Malheureusement, madame Werkel décéda quelques jours avant que Petra fût libérée. Un immense chagrin l’envahit, avec le regret de ne pas avoir revu sa presque mère, celle qui l’avait élevée, et qu’elle avait trahi et abandonné. Luis la réconforta en lui disant qu’il allait la voir souvent durant son séjour en prison, et qu’ils parlaient d’elle, et de Lisa. Elle pardonnait tout et regrettait de ne pas avoir la force suffisante pour tenir jusqu’à ce que sa petite fille soit libre. Car elle était convaincue qu’elle serait libérée.
Petra s’était agenouillée sur sa tombe le lendemain de sa sortie. Elle avait pleuré longtemps, prié beaucoup, elle, la non-croyante, les yeux inondés de larmes, tournés vers le ciel.
Après une dernière visite à Lisa, qui ne les reconnut pas, ils retournèrent en France.
Bart était venu les voir à Noël, et était tombé amoureux de la région. Il ne s’interdisait pas d’acheter quelque chose dans le coin, un jour. Vienne et ses mirages lui étaient devenus insupportables. Il ressentait la nécessité de changer d’air, de vie. Il apporta également des nouvelles inattendues de Mat-mat. Celui-ci était retourné en Autriche pour s’y installer. Il avait définitivement quitté la police pour vivre avec la femme de sa vie. Une policière rencontrée lors de l’interrogatoire de Lisa, et qu’ils avaient mené ensemble dans les locaux du bureau central. Elle parlait parfaitement le français et lui apprenait les rudiments d’allemand qui lui permettraient de bien s’intégrer. Rudi était devenu un ami du couple et avait recommandé Mat-mat à une de ses relations qui travaillait dans l’import-export. Il considérait que sa dernière mission était un échec cuisant. Malgré des intuitions fulgurantes, comme le fait qu’il avait deviné que Luis était retourné en Autriche, il se rendait compte que la suite lui avait entièrement échappé, qu’il n’était plus digne de mener quelque enquête que ce soit. Il avait démissionné. De vouloir faire condamner un innocent et d’avoir été aveuglé par ses certitudes malgré les évidences de non-culpabilité l’avait convaincu de sa partialité. Il avait franchi cette limite que les policiers enjambent à force de côtoyer les malheurs du monde, ne sachant plus dissocier le vrai du faux.
Conrad s’en était sorti. Sa robuste constitution lui avait permis de se remettre du coup de couteau du skinhead. Par contre, la justice avait décidé qu’il passerait sa convalescence en prison. Son jugement eut lieu quelques jours après celui de Griete. Il bénéficia de la même prescription que Griete pour les braquages auxquels il avait participé, et qu’il ne nia pas. Restait le meurtre de Hans Röckl, pour lequel Conrad fut condamné à quatre ans de détention. Les juges prirent en compte les circonstances qui entouraient l’affaire Höderer, et furent cléments, retenant en outre le caractère accidentel de la mort du tatoueur, puisqu’il n’y avait aucune préméditation dans l’acte de Conrad.
Griete et Luis lui rendirent visite en prison avant de partir. Conrad avait accepté sa peine et la visite de sa Petra le réconforta. Une tendresse infinie faisait briller ses yeux. Luis ne pensait pas pouvoir trouver une telle lueur dans le regard du biker, à l’allure si rude. Une brute avec un cœur d’artichaut…
*
Assis au soleil, à même les pavés de la cour et le dos au mur, Luis laissait venir à lui toutes les images des événements récents, intervenus depuis qu’ils étaient de retour en France. Les chiens étaient restés chez la mère Robert, et étaient heureux. Ils lui manquaient quelquefois, mais il savait que de la compagnie allait bientôt remplir la maison à nouveau.
Petra sortit de la cuisine pour le rejoindre. Les deux mains collées sur les reins, elle avançait lentement en chaloupant, son ventre prenant chaque jour des formes de plus en plus arrondies. Ses seins avaient pris des dimensions que Luis n’aurait jamais cru voir un jour chez elle. Avec précaution, Petra s’assit près de lui, sur le banc de pierre accolé au mur de la maison.
Luis approcha et posa sa tête sur le ventre rebondi. Juste à ce moment, il ressentit un violent coup de pied dans la joue.
― Tiens, il va tenir de sa mère celui-là. Toujours à me frapper quand je veux lui dire bonjour.
― Oui, mais l’autre m’a l’air aussi fou et gamin que son père. Il n’arrête pas de faire des tours dans mon ventre. Est-ce normal que des jumeaux soient si différents de caractère ?
― Je ne sais pas. C’est dans ta famille que l’on en fait, pas dans la mienne.
― Oui, c’est vrai. On peut se ressembler, mais ne pas avoir le même caractère.
― Si ce sont de vrais jumeaux, ils vont se ressembler comme deux gouttes d’eau. Tu verras que nous allons les confondre. Sans compter cette manie, dans ta famille, de changer sans arrêt d’identité. Je vais finir par m’y perdre à force, et ne plus réussir à savoir qui est qui…
FIN
16:45 Publié dans Les aigles de Vienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman, ecriture, litterature, polar
10.01.2008
Les Aigles de Vienne Chap 33 - 1ère partie
Je remets le texte car les paragraphes se sont bousculés. :s
Toutes sirènes hurlantes, la voiture de police qui emmenait Rudi et Luis, n’avait mis que vingt minutes pour parvenir dans le centre de Vienne, là où habituellement on mettait une heure. Rudi téléphonait à longueur de temps, tandis que Luis, les doigts plantés dans l’accoudoir, se rongeait intérieurement en pensant aux conséquences des actes de Griete.
De plus en plus hors du coup, Mat-mat s’était proposé pour accompagner Lisa au bureau central et commencer à l’interroger, avec l’autorisation de Rudi. Comprenant le malaise que ressentait le policier français, celui-ci avait accepté.
Une foule énorme et compacte se dirigeait vers l’Heldenplatz. Cette place, probablement la plus importante de Vienne, était située près de la Hofburg, jadis Palais des Empereurs d’Autriche. On pouvait y accéder par deux endroits principaux : par la vieille ville et ses rues tortueuses et étroites, la plupart piétonnières, et où se côtoyaient magasins de luxe ou de souvenirs, et restaurants plus ou moins touristiques, tous à la gloire de Sissi et de l’Empire défunt. La Michaelerplatz menait à la cour principale du Palais en passant par un couloir majestueux en voûte et en arcade, courant sous les bâtiments impériaux. Une fois traversée cette cour, une autre arcade, à l’opposée de la première, s’ouvrait directement sur l’Heldenplatz.
L’autre entrée, plus accessible, était le Ring, ce boulevard extérieur qui entourait le premier arrondissement de Vienne, le cœur historique de la ville. Ce boulevard avait été édifié à la place des anciens remparts, détruits sous Franz Joseph, et qui n’étaient plus d’aucune utilité militaire ou défensive. Cette dénomination de Ring venait de sa forme circulaire, comme un anneau. La Burger Tor, sorte d’Arc de Triomphe monumental, en permettait l’accès.
C’est par cet endroit qu’Hitler, au moment de l’Anschluss entre l’Allemagne et l’Autriche en 1938, avait fait son entrée triomphale dans la capitale. Une foule idolâtre en délire l’avait ovationné tandis qu’il prononçait son discours du haut du balcon de la Bibliothèque Nationale bordant l’Heldenplatz.
C’est exactement ce même parcours, et cette même représentation théâtrale, qu’avait choisi le chef du gouvernement autrichien, Georg Haiderer.
Celui-ci ne cachait même plus ses opinions, ni son admiration pour le troisième Reich. Il avait définitivement choisi de répéter cette part d’histoire peu glorieuse, et cela ne semblait gêner personne. Le si peu de voix qui s’étaient élevées pour dénoncer cette similitude, et la symbolique qui en découlait, avait rapidement été mis au pas. Soit en les privant d’accès aux médias, soit en leur faisant comprendre que leur intérêt était d’adhérer, plutôt que de critiquer.
La voiture de police se gara tout près du Volkspark qui bordait la place à l’opposé de la Bibliothèque. La cérémonie devait débuter à quatorze heures. Rudi regarda sa montre : trente minutes avant l’arrivée de Haiderer en voiture décapotable et son passage sous la Burger Tor.
― Griete est là, quelque part dans la foule. Il faut rechercher une moto, affirma Luis.
― Une moto ? Quelle moto ? Quelle marque, quelle couleur ? On ne sait rien sur son engin. Et des motos, il y en a des tas dans ce secteur. C’est le moyen le plus pratique pour circuler dans l’arrondissement. Vous connaissez votre femme mieux que moi. Imaginez quelle serait sa stratégie, ce qu’elle ferait pour parvenir à approcher ce crétin d’Haiderer.
― La connaître mieux que vous ? Désolé, la femme que je connais est une informaticienne. Pas une terroriste qui démonte et remonte une kalachnikov en quinze secondes, montre en main, un bandeau sur les yeux tout en récitant « Le Capital » de Karl Marx. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle va faire !
Luis regardait avec un certain dégoût la foule joyeuse et souriante qui s’agglutinait, piétinant lentement en direction de la place où Georg Haiderer ferait son discours. Des images de Griete avec sa moto lui parvenaient comme des flashes. Il relisait de mémoire tous les articles qu’il avait trouvés au « Kronen Zeitung ». Les faits relatant les braquages, et l’évaporation de la moto dans le labyrinthe des ruelles moyenâgeuses du Vieux Vienne. La façon dont celle-ci se faufilait à toute allure au milieu de la foule, pour disparaître au nez et à la barbe de la police impuissante.
― Elle va utiliser la moto jusqu’au bout, finit par souffler Luis comme dans un songe. Elle ne la lâchera pas, quoi qu’elle fasse. Il faut surveiller tous les accès possibles en moto.
― Elle ne peut passer nulle part. Même par le parc. Il y a des barrières continues qui barrent les accès. Ici, sur le Ring, trop de monde. Impossible de passer. Même pour une moto. La foule est trop compacte, trop dense.
― Et par le centre ville ? Par Graben ou Dorotheergasse ?
Rudi réfléchissait, se voyant lui-même en train de se balader en scooter sans trop de difficultés au travers des petites rues.
― C’est bien gardé par ce côté. En plus, on a interdit aux gens de passer par ces endroits afin d’éviter les mouvements de foule à cause de l’étroitesse des rues. On a préféré les réserver pour les secours, en cas d’incident.
― Griete connaît la vieille ville comme sa poche. Je suis certain qu’elle va passer par là ! Combien de temps nous reste-t-il ?
― Un quart d’heure…
Ils se ruèrent au travers de la populace en marche, Rudi faisant jouer sa carte de police pour aller plus vite et se frayer un chemin. Enfin, ils arrivèrent à proximité d’un endroit protégé par la police et interdit à la foule, tout près de l’arcade la plus proche de l’Heldenplatz, et qui menait à la cour du Palais de la Hofburg. Une voiture de police bouchait l’accès routier. Une simple barrière métallique complétait le rempart contre l’invasion populeuse. Faible rempart, puisque celle-ci était largement ouverte. Des petits malins réussissaient à passer par la cour impériale, marchaient sur les trottoirs en longeant les rondins noircis par le temps où on attachait autrefois les valeureux chevaux Lipizan de la Garde de l’Empereur. Ils accédaient ainsi facilement à l’Heldenplatz en franchissant l’espace entre la barrière ouverte et le mur de la Hofburg, sous les sourires bonasses des plantons de service.
Soudain, une immense clameur s’éleva de l’autre côté de la place. Sans aucune gêne, Rudi grimpa sur le capot de la voiture de police des agents, puis sur le toit, faisant dangereusement onduler le métal sous son poids.
― Il arrive, cria-t-il à Luis. Il est en avance.
Il sauta d’un bond, laissant sur le toit un creux que les agents auraient du mal à faire admettre à leur hiérarchie.
― Remontons l’arcade jusqu’au Palais, jusqu’à la Michaelerplatz. Elle ne peut venir que par là, lança Luis à Rudi.
Les acclamations de la foule étaient telles que les deux hommes avaient des difficultés à se comprendre l’un et l’autre quand ils parlaient. Ils franchirent la première arcade. Quelques piétons encore, puis dans la cour, deux flics en train de fumer une cigarette tout en discutant et en rigolant. Pas du tout concernés par les événements qui se passaient au-delà du Palais.
― Quelle bande d’abrutis. A quoi ça sert qu’on donne des consignes de sécurité, fit Rudi, en colère.
Il se dirigea vers les deux uniformes et présenta sa carte. Aussitôt les cigarettes se retrouvèrent à terre et la main droite à hauteur de visière. Rudi engueulait les deux sbires et leur faisait la leçon. Luis, distrait, regardait la scène, un sourire aux lèvres, malgré la gravité de la situation.
Il revint à la réalité quand le vrombissement d’un deux cylindres monta jusqu’à lui, venant de l’autre côté de la cour. Il eut à peine le temps de se retourner que la moto noire passa à côté de lui dans un hurlement rageur. Il sentit le vent de l’engin lancé à toute vitesse quand il le frôla.
― Griete ! Non ! hurla-t-il.
En un seul saut, la moto escalada l’étroit trottoir passant sous l’arcade. Les quelques personnes qui s’aventuraient encore par ce chemin, n’eurent que le temps nécessaire pour se plaquer au mur ou sauter, par instinct de survie, au-dessus des rondins de bois, et se retrouver en vrac sur le pavé de la ruelle.
Luis avait une bonne longueur d’avance sur Rudi. Ils couraient tous les deux comme des dératés après la forme noire et casquée qui passa sans encombre la barrière que les deux agents avaient laissée ouverte. Le pilote était un véritable acrobate.
Entre-temps, Georg Haiderer était arrivé au pied du grand escalier de la Bibliothèque nationale et saluait la foule d’un geste un peu trop rigide du bras, un peu comme son prédécesseur quelques soixante dix ans plus tôt. Il n’avait pas osé l’uniforme, mais le salut à la foule avait comme un relent de déjà vu qui n’inspirait rien de bon pour l’avenir.
Hors d’haleine, Luis chercha par où était passée Griete. Les deux policiers hurlaient dans leurs téléphones mais restaient statiques, ne sachant quoi faire tant qu’ils n’avaient pas reçu d’ordre. Rudi donna une tape dans le dos de Luis et l’entraîna à sa suite en direction de la Bibliothèque. Des rampes d’accès flanquaient chaque côté du bâtiment et aboutissaient en haut de l’escalier extérieur, sur un palier qu’on ne devinait qu’une fois arrivée au sommet.
Le bruit du moteur de la moto était couvert par les cris de la foule, et personne ne semblait se soucier de ce cavalier thanatophore, tout de noir vêtu. Luis l’aperçut dans une courbe de la rampe d’accès la plus proche. Griete parvenait en haut de l’escalier au même moment que Haiderer, marchant à reculons, toujours saluant la population en liesse, et hurlante de bonheur.
Les deux hommes couraient toujours côte à côte, tentant de battre le record du monde du deux cent mètres. Luis constata avec effroi que Rudi avait son pistolet à la main. Un monstre noir à la gueule démoniaque, dont il devinait les capacités destructrices.
Un coup de feu claqua, suivi aussitôt d’un deuxième. Comme une vague énorme refluant vers la mer, la foule rassemblée sur la place eut le même mouvement de retrait. Elle se baissa dans un bel ensemble coordonné, et un mouvement de panique commença à se dessiner. Les services de sécurité, soudain débordés, ne savaient plus où donner de la tête, partagés entre la nécessité d’intervenir pour voir ce qu’il se passait, et le fait de canaliser la masse qui se bousculait pour fuir le danger.
Rudi, totalement exténué, arriva en haut le premier, tout près de l’entrée de la Bibliothèque. Il s’était arrêté net et d’un geste mal assuré par l’effort qu’il venait d’accomplir, pointait son Glock vers un endroit que Luis, le souffle coupé par la course et l’émotion, vit enfin.
Un groupe étrange de trois personnes, se faisait face, comme figé dans l’ultime moment qui les séparait de l’irréparable. Un homme avait les mains levées, ne sachant pas quoi faire d’autre que d’éviter le moindre mouvement. Un second était tombé sur les fesses et avaient les mains en avant comme pour se protéger des projectiles qui allaient sortir du pistolet qui le visait, et que tenait une ombre entièrement sombre, à l’allure gracile et séduisante comme la mort. A cheval sur la moto et toute de cuir noir vêtue, Griete tenait en joue un Georg Haiderer ridicule, qui implorait qu’on le laissât vivre. Le moteur de la moto tournait toujours, avec un tap-tap régulier et rassurant de monture bien dressée, prête à obéir à la moindre sollicitation.
Le tableau avait quelque chose d’apocalyptique, avec cet ange noir, venant se venger au travers du temps et de l’espace, du mal qu’il avait enduré.
― Baissez votre arme ou je tire, cria Rudi, les deux mains crispées sur son pistolet, à dix mètres derrière le dos de Griete. Celle-ci ne se retourna même pas. Un vague mouvement du casque indiqua qu’elle le regardait dans le rétroviseur. Puis, elle revint vers Haiderer, armant le chien du pistolet d’un mouvement ostensible du pouce. Il y eut comme un petit clic anodin, qui fit se mettre en boule le chef du gouvernement autrichien, comme un hérisson peureux.
― Griete, ma Griete, ne fais pas ça…
Luis avançait vers elle et avait dépassé Rudi qui tenta de le retenir par la manche. D’un mouvement d’épaule, celui-ci se débarrassa de sa veste et la laissa dans la main de Rudi, totalement décontenancé.
Le mouvement du casque avait été plus vif, et regardait dans le rétroviseur avec attention. Luis ne voyait que la visière fumée dont aucun trait de visage ne filtrait. Il fixa à son tour le rétroviseur de la moto et s’efforça d’avancer afin qu’elle continue à le voir sous le même angle.
« Si je la vois, elle me voit également… »
― Reste en dehors de ça, Luis. Je ne suis pas Griete, et je ne suis pas la femme que tu as connue. Celle que tu as connue n’a jamais existé. Elle est imaginaire et mort née. Va-t-en, Luis. Tu ne peux rien.
― Alors, il faudra que tu me tues, aussi. Parce que vivre sans toi m’est impossible. Tu sais ce que je vais faire ? Je vais approcher de toi, doucement, et je vais prendre ton pistolet. Pour m’en empêcher, il faudra que tu me tires dessus. Je ne crois pas que tu es la tueuse que tu prétends être. C’est Petra qui est morte, pas Griete. Griete est une renaissance au contraire.
― Luis, revenez, vous allez vous faire tuer.
Rudi était dans tous ses états, car Luis était dans sa ligne de mire et l’empêchait de tirer sur Griete. Il savait qu’il serait obligé de tirer pour la tuer sur le coup. La blesser ne ferait que déclancher une fusillade dans laquelle la première victime serait Haiderer.
― Je ne sais pas si je vais me faire tuer. Quelle importance… répondit-il.
― Luis, pour la dernière fois, tête de mule, barres-toi !
― Ah ! Enfin, je te retrouve, ironisa Luis.
Il parvint à hauteur de la femme, et avec une extrême lenteur, avança sa main vers la main gantée qui tenait le pistolet.
Rudi n’en revenait pas. Il commença à y croire, et abaissa son arme, de peur de blesser Luis qui semblait arriver à ses fins.
Un violent coup de crosse lui déchira une partie de la mâchoire, et Luis se retrouva dans la même position qu’Haiderer, par terre en train d’essayer de reprendre ses esprits, un goût de sang envahissant sa bouche.
Rudi se remit en position et s’apprêta à tirer. Mais Griete avait bougé sur sa moto, et se tenait désormais de profil. Dans cette position, Rudi ne pouvait atteindre aucune partie vitale et tuer la femme. Il ne pouvait risquer de tirer le premier avec, comme résultat final, une belle hécatombe sont il serait tenu pour responsable.
Il jurait entre ses dents et maudissait ce français qui jouait les héros romantiques. Il fallait qu’il attende que les réjouissances commencent avant de faire quoi que ce soit.
« Ne pas être responsable de la tuerie ! »
― Ne tirez pas, Rudi !
Luis, étourdi par le coup que lui avait porté sa compagne, tentait encore de calmer le jeu.
― Griete, souviens-toi des enseignements de Rosa Luxemburg. Tu es en contradiction avec ses principes. Elle n’a jamais dit de tuer qui que ce soit.
― Qu’est-ce que tu connais aux principes de Rosa Luxemburg. Au nom de quoi tu te permets de la citer, hurla Griete en relevant la visière de son casque, et faisant enfin voir son visage pour la première fois.
Elle était en larmes et avait son air buté des jours de grandes colères. Son bras n’avait pas bougé d’un millimètre. Elle visait toujours Haiderer, qui se répandait en larmoiements baveux sur le marbre crème de l’escalier somptueux de la Bibliothèque nationale.
― « La révolution prolétarienne n'a nul besoin de la terreur pour réaliser ses objectifs. Elle hait et abhorre l'assassinat. Elle n'a pas besoin de recourir à ces moyens de lutte parce qu'elle ne combat pas des individus, mais des institutions, parce qu'elle n'entre pas dans l'arène avec des illusions naïves qui, déçues, entraîneraient une vengeance sanglante. »
Un sanglot parcourut le visage dévasté et grimaçant de Griete. Luis se releva péniblement. Elle l’avait bien sonné. Les deux mains en appui sur les genoux, il luttait contre le vertige. Malgré la douleur qui lui vrillait le bas du visage, Luis parvint encore à articuler :
― C’est fini, Griete. C’est fini.
Elle avait relevé le canon de son arme pour le ramener vers sa gorge, juste sous le casque. Luis comprit trop tard ce qu’elle allait faire. Avec la force du désespoir, il plongea sur la moto, déséquilibrant Griete par la même occasion.
Le coup de feu claqua, sec et définitif.
Luis se retrouva étendu sur le corps de sa femme. Il avait senti la brulure du tir, l’odeur de la poudre tandis qu’ils chutaient.
Elle ne bougeait plus. Luis ne le croyait pas.
« Si près du but, pour tout rater… ».
Pour la seconde fois en quelques semaines, il revivait l’horreur de la mort de Griete. Son pistolet avait glissé sur le sol, deux mètres plus loin. Rudi s’était aussitôt précipité, accompagné des services de sécurité qui étaient restés en arrière.
― Griete, ma Griete, pourquoi ?
Luis la serrait compulsivement dans ses bras en se lamentant, tentant de ranimer une flamme de vie dans le corps de l’être aimé.
― Tu me fais mal, idiot. Et enlèves-moi cette putain de moto qui me broie les jambes…
09:45 Publié dans Les aigles de Vienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman, ecriture, litterature, polar
31.12.2007
ça...
18:15 Publié dans Humeur du Jour : Bonjour ! | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29.11.2007
La vie, la mort...
Etonnant de constater comment nous réagissons face à nos sentiments. Nous les subissons plus que nous les gérons. Une de mes tantes est décédée avant-hier. A cette nouvelle, je me suis senti très triste, avec une bouffée de nostalgie, des images de mon enfance, le son de sa voix, son rire qui lui faisait écarquiller les yeux comme des assiettes. J’aimais beaucoup ma tante. La distance et les années avaient fait que nous ne nous voyions plus très souvent. Mais c’était toujours avec plaisir que nous nous retrouvions. Même si nous n’avions à nous dire que des banalités. On s’aimait bien. Curieusement, je n’ai pas versé une larme. Juste de la tristesse, vite balayée par le quotidien.
Ce matin, mon chat est mort. Il était vieux, malade et en sursis depuis des années, chiant au possible, infecte quelquefois. Combien de fois je me suis dit qu’il vaudrait mieux le piquer tellement il devenait infernal à nous faire les pires des conneries ? Quand ce fut fini, je me suis retrouvé comme une vraie fontaine, ne pouvant arrêter de pleurer sur la fourrure grise et déjà ternie par la mort.
Avons-nous - ai-je - donc le cœur si sec que je ne puisse verser une larme sur le sort de ma tante, rester stoïque face à son décès, n’avoir que des souvenirs qui me ramène à moi, et non à elle ? A côté de ça, je pleure sur mon chat, cette saloperie adorable, ce vicieux calinou à qui j’aurais volontiers tordu le cou à certains moments.
Je ne sais plus dans quelle histoire antique, un roi grec, à qui on apprend la mort de son fils, demeure impassible, sans émotion, sans larmes, sans chagrin apparent. Et le même, à qui on apprend peu après la mort d’un de ses esclaves, se répand en sanglots sur le sol et en cris de désespoir à cette nouvelle.
Mes réactions me gênent. Elles ne sont pas morales, pour peu que la morale m’intéresse en général. Je pleure la disparition de mon vieux greffier, et la mort d’un membre de ma famille ne m’attriste pas plus que ça. Je pense à mes cousins, à mon oncle, je suis triste pour eux, je ressens leur peine, mais je n’ai de chagrin que pour cette miture même pas capable d’attraper une souris.
Je serai toujours étonné de nos réactions face à nos sentiments…
13:35 Publié dans Humeur du Jour : Bonjour ! | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ecriture
14.11.2007
Le Chat Noir
Une étape vient d’être franchie. A force d’avoir de mauvaises fréquentations, il fallait bien que ça arrive. Tous ces gens qui écrivent des histoires, et qui s’en racontent. Qui commencent à faire des plans sur la comète, à deux, à trois...
Oui, il fallait bien que ça arrive un jour. Alors, je vous invite à aller voir le résultat sur ce site, et l’association d’écrivaillons qui l’a fait. Pour l’instant, il s’agit juste de promouvoir nos bouquins, mais qui sait, un jour peut-être, petite asso deviendra grande...
http://www.editionsduchatnoir.fr/index.htm
Ce projet qui a mûri avec le temps, quelque part je vous le dois également, les quelques lecteurs, les quelques fidèles, ou bien passants d’une seul fois, qui venez me voir et vous attarder sur ma prose.
Donc, je vous dis merci !
Jean-Michel
09:35 Publié dans Humeur du Jour : Bonjour ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, litterature, roman
11.11.2007
Quinze jours
Parce que j’ai l’impression que cela fait une éternité, alors que cela ne fait que deux semaines, rien de deux pauvres semaines, et que rien ne s’efface, rien ne s’évapore...
23:20 Publié dans Humeur du Jour : Bonjour ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.11.2007
Une chanson, j'en avais envie aussi...
Je n’ai jamais su écrire des poésies. C’est triste pour quelqu’un qui compose des chansons. Je me contente des musiques, mais c’est vrai que souvent, j’aimerais pouvoir exprimer mes sentiments en quelques mots justes, les faire rimer, et construire une atmosphère en quelques vers.
Je n’ai jamais su faire. Alors je pioche dans les mots des autres, et je leur laisse le soin d’exprimer ce que je ressens.

23:15 Publié dans Humeur du Jour : Bonjour ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
31.10.2007
Les Aigles de Vienne Chap 32
Parce que la vie continue, la suite des Aigles de Vienne...
Chapitre 32
Luis, dans une brusque colère, se tourna vers Rudi et Mat-mat
― Et Griete ? Comment allons-nous la retrouver maintenant. Ralf était notre seule piste. Le seul lien qui nous aurait permis de retrouver ma femme.
― Nous le savons, hurla Rudi. Ça a merdé. Jamais nous n’aurions pensé qu’il se suiciderait.
― Putain ! Tous les flics du monde se valent. Aussi cons et aussi nuls les uns que les autres !
Il avait regardé Mat-mat en criant sa rage.
― ... Comment vous comptez faire maintenant pour la retrouver ?
Personne ne lui répondit. Les deux mains crispées sur la portière aux vitres baissées, il regardait le corps de Ralf :
« Mort de chez mort. Salaud, tu m’auras eu jusqu’au bout ! »
Sur le siège passager reposaient sa veste, une bouteille d’eau, une boite de médicaments, un téléphone portable. Tout avait été maculé de centaines de gouttes de sang que le temps n’avait pas encore brunies. Un chagrin sourd monta dans la gorge de Luis qui sentit piquer ses yeux et se brouiller sa vue. Sa respiration courte et rapide annonçait la crise de nerf, ainsi que la rupture du barrage de larmes qu’il maintenait difficilement depuis le début.
Un brève clarté illumina soudain l’écran du portable de Ralf. A peine une seconde de brillance bleutée. Ce portable était celui de Bart, presque équivalent à celui qu’il lui avait donné. Luis savait que l’appareil, au bout de quelques minutes sans utilisation, se mettait automatiquement en veille en avertissant de cette façon. Cela signifiait que Ralf venait de téléphoner. Juste avant de se suicider…
Luis passa brusquement la main par la portière et se saisit du téléphone sous les cris des policiers Autrichiens qui l’avaient vu faire.
― Ne touchez à rien, ordonna Mat-mat aussitôt, en se dirigeant pour la première fois vers Luis. Posez cet objet et éloignez-vous de la voiture. Vous allez fausser toutes les analyses qui doivent être faites. Posez ce téléphone tout de suite !
― Ralf a appelé quelqu’un juste avant de se tuer. Je connais ce type de portable. Il vient de se mettre en veille, donc il a été utilisé il y a quelques minutes, expliqua Luis tout en cherchant fébrilement dans le répertoire le dernier appel effectué.
― Ça y est ! Je l’ai !
Rudi s’était approché et l’arracha des mains de Luis. Il regarda le numéro et aussitôt poussa une touche sur son propre téléphone.
― Il s’agit d’un fixe. C’est une chance. Nous allons avoir l’adresse dans quelques instants. « Hans ? Schnell, Gib mir die Adresse diesen Nummern... Woher ?... Strasshoff ?... Ok, es geht. Vielen Dank, Hans. Tschuss ! » (Hans ? Vite, donnes-moi l’adresse de ce numéro… Où ça ?... A Strasshoff ?… Ok, c’est bon. Merci beaucoup, Hans. Salut !)
Rudi regarda Luis avec un air plein d’espoir.
― C’est bon. On sait où elle est. C’est une maison à Strasshoff, à quelques minutes d’ici. On y va maintenant avec le commando.
Luis connaissait Strasshoff pour l’avoir traversé plusieurs fois lors de la recherche du passé de Griete. C’était un village important sur la route de Vienne, tout en longueur, sur plusieurs interminables kilomètres. D’où sans doute son nom de Strasshoff qu’on aurait pu traduire par le village d’une seule rue. Ce qui n’était plus tout à fait le cas, puisque des quartiers et des lotissements s’étaient construits peu à peu en périphérie de cette rue sans fin. La proximité de Vienne avait développé ce village pour le transformer en ville dortoir sans grand intérêt.
Dix minutes suffirent pour qu’un groupe commando, tout en noir et harnaché avec des gilets pare-balles et des casques façon Robocop, s’organise avec un plan de bataille avant de prendre la route en direction du village. Luis fut embarqué dans la voiture de Rudi qui lui expliqua comment allait se passer l’opération. Ils n’allaient pas y aller par quatre chemins. Le but étant d’encercler discrètement la maison, et d’y pénétrer brusquement sans avertissement, en ouvrant la porte à coup de bélier et en balançant des fumigènes de protection. Il fallait opérer dans l’urgence. Personne ne savait ce qu’avait pu dire Ralf, et à qui. Donc, il fallait agir comme si le pire était à craindre. Le temps des pourparlers était dépassé.
Ce qui fut dit fut fait. Ils arrivèrent peu après le groupe d’intervention, et déjà un cordon de sécurité avait été dressé par la gendarmerie, en toute discrétion autour des rues adjacentes, et complètement hors de vue de la maison.
Celle-ci était une belle et grande demeure de style bavarois, comme il y en avait tant, avec des balcons de bois sculptés aux fenêtres de l’étage. Une vraie maison de catalogue pour agence de tourisme.
Luis observait avec émotion cette bâtisse de banlieue banale dans laquelle il était certain de retrouver Griete. Il redoutait par-dessus tout d’entendre des coups de feu. Mais aucun bruit n’indiquait qu’il se déroulât quoi que ce fut à l’intérieur. Enfin, rapidement, un officier revint sur le pas de la porte, téléphone à l’oreille. Le portable de Rudi sonna. Luis pouvait presque comprendre ce que disait l’officier, cinquante mètres plus loin, tandis que Rudi lui répondait. Il raccrocha, le regard toujours fixé sur la maison, tout comme Luis.
Une main se posa sur son épaule avec une légère pression qui se voulait réconfortante.
― On a retrouvé votre femme. Elle est en vie, lui dit Rudi avec un sourire de soulagement.
Les larmes débordèrent et vinrent inonder les joues de Luis.
― Merci, réussit-il à articuler. On peut y aller ?<














