16.10.2005

Chambre avec Vue Chap1 : La rencontre

CHAMBRE AVEC VUE

Chapitre 1 : La rencontre


            Je l'ai trouvée alors que je ne cherchais plus personne. Je ne savais même pas qu'elle existait. Quand je l'ai vu entrer dans ce bar de la côte bretonne ce soir là, j'ai tout de suite su que c'était "elle" ! Je ne l’avais jamais vu, ne savais pas qui elle était, ce qu'elle faisait, d'où elle venait....Mais je savais. Elle disait bonjour à des gens, faisant le tour de la salle du regard pour voir à travers la foule et les fumées de cigarettes si elle ne reconnaissait pas encore quelqu'un. Elle riait. De fines rides au coin des yeux montraient comme elle aimait rire, et comme son rire avait marqué divinement son visage. Et puis ses yeux se sont posés sur moi. Des yeux bleus, d’un bleu intense presque sombre. Le temps de ce constat et je m’aperçus alors de la fixité de nos deux regards. Bouche ouverte au milieu dune phrase, soudain sérieuse, comme captive dun souvenir ancien, resurgit dune époque révolue. Je ne pouvais plus bougé. Son rire s'était figé, une seconde, une seule seconde, suspendu dans l'air. Quand je lui ai reparlé de ma version de notre rencontre, elle me dit ne pas se souvenir de cet instant. Elle se rappelait du piano sur lequel jouait Y. en essayant de couvrir les discussions animées de ce troquet du port. Elle se rappelait de ma voix qui accompagnait la musique. Je ne me souvenais pas que je chantais à ce moment là.... Je n'avais pas trop le coeur à ça juste avant qu'elle apparaisse. Mon allure lui avait fait croire que jétais marin, moi qui ne peut plus regarder un bateau sans avoir l'estomac à l'envers ! Y. par un heureux hasard, connaissait la fille qui l'accompagnait. Nous nous sommes retrouvés comme poussés malgré nous, côte à côte sur un bout du bar. Dès que j'entendis sa voix, je découvris un accent étranger, indéfinissable. Elle semblait parler français. " Vous n'êtes pas d'ici ? " C'est la seule chose ridicule que j'avais pu articuler. " Non, je viens de Vienne" La phrase était bizarre, viens de Vienne. " A côté de Lyon ?" Non, Vienne ! Autriche !" "Österreich ?" lui fis-je en rassemblant en deux secondes mes cinq ans d'allemand. "Ja ! Sie sprechen deutch ? " fit-elle avec enthousiasme. Je transpirais en souhaitant que la conversation continue en français. " Ein wenig..." Ein bischen" me corrigea-t-elle les yeux pleins de malice. Je lui souris. Le courant passait. Nous parlions de tout et de rien, mélangeant le français, l'allemand, l'anglais. Longtemps nous avons parlé anglais quand nous voulions préciser les choses. Je me souviens que nous avions parlé politique internationale. Je la buvais littéralement, m'imprégnais de chaque regard, de chaque geste, chaque sourire. On appelle ça le coup de foudre, je crois. J'aurais connu ça une fois dans ma vie. Cela dure depuis 13 ans maintenant... Je la regarde vivre, rire, chanter, pleurer aussi quelquefois. Je l'aime sans m'en lasser. J'aime la regarder, au petit matin, quand son corps se délasse dans la pénombre de notre chambre, et je me dis que je suis le plus heureux des hommes. Phrase banale, lue dans tous les romans, classique des classiques. Je me nourris, me gave de chaque instant à ses côtés. Et si quelquefois, par malheur, j’oublie ma chance, elle sait me le rappeler, sans le vouloir, par un signe, une parole. Je me souviens alors de ma vie sans elle. Je me rappelle d’où je viens et avec humilité je constate le chemin parcouru grâce à elle. Je ne serais pas ce que je suis sans elle, et je n’aurai pas vécu la plupart de mes rêves depuis que nous sommes ensemble. D’autres rêves sont encore à réaliser et je sais maintenant qu’ils sont du domaine du possible, tant que nous serons l’un près de l’autre. Si la mort me prenait maintenant, et franchement cela me chagrinerait énormément, la vie que j’aurai eu avec « elle » jusque là m’aura combler davantage qu’une vie plus longue vécue sans « elle ».
            Nous avons parlé pendant des heures, sans vraiment boire, sinon les paroles de l'autre. Nos nous étions calés sur un bout du comptoir qui formait un recoin plus tranquille que le reste du bar. Nous étions en juillet, et les vacanciers envahissaient ce coin de port typiquement breton. Ils y trouvaient tout l’exotisme et les clichés bons marchés qu’ils cherchaient : les vieux marins à casquette et tatouages, qui racontaient leur première campagne de pêche à quinze ans. Les habits continuellement mouillés, le manque de sommeil, les hommes qui passaient par-dessus bord pendant les tempêtes, les mutilations dûes aux accidents que causait  la fatigue. Ils racontaient aussi les immenses morues bleues au ventre d’argent, les rives du Canada qu’ils voyaient au loin et qui resterait à jamais un rêve. Et puis il y avait aussi de jeunes marins à l’air déjà vieux, le visage et le corps marqués davantage par le chômage endémique  et les beuveries chroniques qui aidaient à oublier. Ils ne connaissaient pas les vastes campagnes de pêche à la morue de jadis. Quelques embauches dans les rôles d’équipage, du cabotage à droite et à gauche et enfin les longues journées à ne rien faire, à regarder la mer, comme une envie inassouvie, comme un but à atteindre qui s’éloignait à jamais. Ils racontaient aussi. Certains avaient beaucoup d’imagination et l’écoute bienveillante des autres les soulageait de ne pas avoir vécu ce qu’ils disaient mais qu’ils finissaient par croire dur comme fer. Il y avait également les « exilés ». Ceux qui étaient partis à la capitale pour échapper au chômage justement, qui avait fait le choix de partir, et qui revenait respirer aux vacances cette atmosphère qui leur manquait à Paris où ailleurs. Chaque clan jalousait l’autre. Le marin enviait le parigot aux poches pleines de fric et qui payait tournée sur tournée. L’exilé regrettait l’odeur de mer et de poissons, les marées et les tempêtes. Il n’avait plus désormais lui aussi que des images exotiques qui ne correspondaient plus à rien. Il revivait sa ville avec la nostalgie du temps disparu.
            Les voix enflaient dans la salle noire de fumée. De temps à autre éclatait une dispute. Les éclats de voix entre deux anciens collègues d’école primaire que les ans avaient séparés. Les vieilles rancunes, les jalousies passées réapparaissaient, puis se noyaient enfin dans la  bière et les larmes.  
            « Elle » était dans ces images d’Epinal et me croyait marin également. Il est vrai que mon allure décontractée, T Shirt, vieille veste en jean délavé et pantalon à l’unisson pouvait le faire penser. Je ne pouvais me passer de la regarder pendant que nous parlions. J’aimais ses yeux bleus magnifiques. Deux saphirs d’une couleur profonde que je n’avais jamais vu auparavant. Un écrin de cheveux blonds abritait un visage ovale, aux traits fins et aux pommettes hautes. Ces traits étaient assez typiques chez beaucoup de filles originaires d’une région autrefois composée d’une partie de l’Autriche Hongrie, et de la Tchéquie : la Bohème. Ses lèvres sensuelles et pales étaient ourlées d’une fine humidité salivaire qui les faisait briller dans la douce lumière de la salle. J’avais une irrépressible envie de les goûter. Nous étions assis l’un contre l’autre, cuisse contre cuisse sur de hauts tabourets à l’équilibre précaire. La foule était intense ce soir-là et si quelqu’un voulait passer derrière nous, nous étions contraints de nous tenir l’un à l’autre pour ne pas être déséquilibré. Sa main attrapait alors la manche de ma veste sans oser cependant toucher mon bras. Ce geste me ravissait, et inconsciemment signifiait qu’elle désirait, peut-être, s’attacher à moi.
            Le monde tournait autour de nous qui parlions sans que le brouhaha ambiant ne nous dérange. Plus rien n’existait d’autre que ces moments où nous faisions connaissance et où quelque chose d’autre, de plus ténu, se produisait dans nos corps et nos âmes.
            Ce qui ressemblait à un moment d’éternité fut interrompu par l’arrivée intempestive de la fille qui l'accompagnait en début de soirée et que nous appellerons C. Elle  sortit soudain du brouillard nicotinesque et lui demanda de la suivre dans un autre bar où elle avait rendez vous. Je sentis tout de suite dans le regard de C. une sorte d’animosité, comme une rivalité sou jacente. Pour me rassurer, elle déclara qu’elles reviendraient plus tard. Je vis alors disparaître ses yeux bleus et sa blondeur par la porte du bar. Une mimique confuse sur ses lèvres exprima tout son regret. Elle sortit dans un dernier regard. Y. voulait également m'entraîner ailleurs. Difficile de lui résister. De plus son état ne me permettait pas de le laisser aller seul où sue ce soit. Je laissais au barman mon nom et un N° de téléphone pour qu'elle puisse me contacter. Bien sûr, elle n’eut jamais mon message. La soirée se finit dans l'alcool d'un autre bar et je raccompagnai enfin Y. chez lui, complètement saoul. Je le jetai sur son lit où il s’endormit aussitôt. Moins alcoolisé que lui, je décidai de rentrer également chez moi mais fis un crochet par le bar du port, attiré inévitablement par le lieu et le souvenir des dernières heures que j'y avais passées. Les chaises de la terrasse s'empilaient dans la pénombre. Le bar avait éteint ses lumières et fermé ses portes. Quelques attardés chantaient sur les quais. Il faisait doux en ce mois de juillet et les touristes n’avaient pas le cœur à se coucher. Ils  prolongeaient la nuit comme ils pouvaient à coups de refrains de fortune, sortant une bouteille fauchée derrière le comptoir du dernier bar visité. « Elle » n’était pas avec eux. Il ne me restait plus que l'espoir de ce petit bout de papier remis au barman.
Le lendemain était un dimanche. Je traînais dès le matin sur le port désert dans l'espoir de la voir. Quelques vieux marins assis sur un banc regardaient la mer en mâchouillant leurs souvenirs. Les idées à peine claires, je me demandais si j’avais rêvé cette rencontre. Des odeurs de gasoil et de poissons rances flottaient dans l’air, accentuant une nausée dont l’alcool de la veille n’était pas le seul responsable. J’avais le sentiment d’un acte manqué, gâché. Le bar était toujours fermé et les chaises toujours empilées les unes sur les autres. Un vent glacé me traversa. Je devais rentrer sur Paris dans l'après midi pour reprendre le travail le lendemain. Tout le monde était en vacances ici, sauf moi. M’appellerait-elle ? Serait-elle encore ici quand je reviendrai le week-end suivant ? Je n'avais même pas eu la présence d'esprit de lui demander combien de temps «elle» resterait sur la côte. La mort dans l’âme, je pris ma voiture et conduisis jusqu'à Paris dans un brouillard total. Son visage m'obsédait et je ressentais un vide affreux, invivable. Cette fille que j'avais croisée une heure ou deux seulement, me rendait la vie infernale. Je n'arrivais à rien pendant la semaine et ne survivais que dans l'attente du week-end. Dès le vendredi soir, je roulai plein pot vers ma côte bretonne, hurlant après les bouchons parisiens. J'allais directement au bar sans laisser mon sac chez mes parents, ni leur dire bonjour comme je le faisais habituellement. La route avait été longue et il était déjà tard. La nuit tombait doucement sur le petit port, quelques nuages rares irradiés par l’or des derniers rayons du soleil. Le hasard voulut que mes amis se trouvaient sur la terrasse extérieure. Je les saluais avec les blagues habituelles, fébrile de leur poser des questions sur cette fille. A peine assis, je «la» vis sortir du bar, suivie de près par un grand bellâtre souriant de certitude. Chaque molécule de mon corps se répandit sur le sol en une flaque irrécupérable. Q'est ce que je croyais ? Il ne m'était pas venu à l'esprit une seule seconde qu'elle n'était pas libre. Elle disparut dans l'ombre de la rue pour réapparaître quelques minutes plus tard sur le siège passager d'une voiture de sport qui tourna au coin de la rue. L’écho du moteur me parvint encore quelques secondes, puis plus rien. Tous mes organes avaient changé de place en rien de temps. Elle ne m'avait pas vue du tout. C'était aussi bien. La possibilité qu'elle ne me reconnaisse pas n'aurait fait que me détruire complètement.
            Je n'ai plus vraiment de souvenir de cette soirée après avoir vu disparaître la femme de ma vie. Je revoie des verres, des bouteilles. J’entends des rires forcés, trop sonores pour être vrais. Je revoie une épaule consolatrice quand je me suis mis à déverser ma détresse. Puis le trou noir. Je passais mon lendemain à glander en attendant le soir à nouveau. L’envie de savoir était trop forte. Savoir si vraiment «elle» avait une aventure avec le play boy de la veille. Et puis je m'engueulais à nouveau copieusement : comment avais-je pu croire qu'une histoire était possible entre nous. Pourtant je ressentais les ondes de cette fille comme je n'avais jamais ressenti quelqu'un auparavant. Le coup de foudre m'avait frappé, je ne pouvais pas me tromper à ce point tout de même. Et puis des râteaux, j'en avais eu ma dose également. Un de plus, un de moins. Je sortais d'une histoire sordide où mon ex-compagne était partie avec mon jeune fils. (Une histoire de cul en plus ! Bien sûr, je l'ai appris que des années plus tard...) Bref, l'atmosphère n'était pas au beau fixe, il ne fallait pas trop me parler de gonzesse à cette époque, et mon humeur habituelle penchait vers la misogynie. Mais ce soir là, la lumière que dégageait cette autrichienne avait éclairé mon univers d'une lueur étrange. Si j'avais été mystique, j'aurais dit que nous nous étions connus dans une vie antérieure ou une connerie comme ça....Mais je ne suis pas mystique ! Enfin pas tant que ça. Finalement, la conclusion fut que j'avais encore fabulé sur une fille et puis c'est tout. Je me sentais presque mieux en fin journée, presque serein,  et sans l'envie particulière d'aller au bar du port. Je m'y rendis quand même. Tard. Je pénétrai dans la salle et là aussitôt, je la vis debout au bout du comptoir où nous avions discuté. Assise à ses côtés, la même copine que la dernière fois. De bellâtre point. Nulle part. Son regard fut magique quand elle me vit. Comme un soulagement qu'on n'attend plus. ( Excusez du peu ! ) Son sourire m'accueillit. Je lui dis bêtement bonsoir et remarquai le verre de coca devant elle, ainsi que la bouteille de Baccardi. « Tu vas bien ? » me dit-elle nerveusement de son charmant accent. « Ca va ! Toi aussi...? » Les pires banalités. Alors que j'avais envie de la serrer contre moi en pleurant de bonheur de l'avoir retrouvée. Y. jouait déjà du piano dans la salle adjacente. Il m'aperçut et m'appela à ses côtés. Ne sachant plus quelle contenance adopter, je la laissai en lui disant à tout à l'heure et partis retrouver Y.. Je vis un air de tristesse dans ses yeux. Probablement le même que celui que je devais avoir également. « Tu sais que ça fait une semaine qu'elle se saoule au coca Baccardi tous les soirs en t’attendant ? » me dit Y. en enchaînant avec The entertainer de Scott Joplin. Le ciel me tomba dessus. « Je ne sais pas ce que tu lui as fait…ou pas fait… mais j'ai jamais vu une nana boire autant pour noyer son désespoir. Et pourtant on en voit par ici !» Il me charria deux, trois minutes en plaisantant, quand je vis arriver une silhouette légèrement chancelante qui s'agrippa opportunément au piano d'Y. C’était ma petite autrichienne, verre à la main et qui faisait semblant de chanter. Elle me regardait par moment en souriant puis fixait son regard sur le clavier. Je fis de même, ne trouvant rien d'autre à faire pour le moment. Une autre silhouette chancelante arriva derrière elle peu après. Un mec d'une quarantaine d'année que je connaissais vaguement et qui faisait des charters de voiliers pour gagner son whisky quotidien. Je le vis se pencher vers « elle » avec un sourire d'ivrogne plein de suffisance, et lui dire quelques mots à l'oreille. Son regard se figea, offusquée. Je devinais tout de suite ce qu'il avait pu lui dire. Est-ce que je lui cassais la gueule maintenant ou j'attendais qu'il ait encore bu un peu pour améliorer mes chances de l'étendre ? Ses yeux m'appelèrent au secours. Assis sur une banquette de l'autre côté du piano, je tapai de la main sur la place vacante à mes côtés pour lui signifier de venir s'asseoir. Elle vint aussitôt, se débarrassant de son satyre par la même occasion. Celui-ci me regarda méchamment, la bouche de travers, les yeux mi-clos sur une colère rentrée. Je lui rendis son regard avec toutes les promesses de cassage de gueule que je pouvais y mettre. Il fit demi-tour avec ce qui voulait être de la dignité et disparut dans l’autre salle. « Tu sais ce qu'il m'a dit ? Qu'il voulait coucher avec moi. Ce cochon. Schweinhund. » « C'est fou ! » lui répondis-je sans avouer que moi-même....  « Quel gros dégueulasse, c’est incroyable ! » fis-je avec toute la consternation qu’il m’était possible de proférer. Cela sonnait tellement faux qu’elle se mit à rire en se collant à moi. A ce moment, je devais être à environ 20 cm du sol. Finalement le paradis n'est pas si en altitude que ça. Je sentais la chaleur de son bras nu contre le mien. Les heures passèrent, elle et moi coincés l'un contre l'autre sans oser rompre ce contact intime. Nous parlions très peu. Tout passait par nos yeux. Soudain une cloche frénétique résonna comme dans les pubs anglais. L'heure de la fermeture. La copine se pointa pour la récupérer. Je n'allais pas la perdre encore une fois ? « Tu ne veux pas aller prendre un verre ailleurs » lui dis-je dans un souffle désespéré. Sa réponse fut aussi désespérée. « Oui ! » souffla-t-elle aussitôt. Je n'avais aucune idée de l'endroit où je pouvais l'emmener mais nous sortîmes ensemble du bar, rapidement, laissant tous les autres plantés là, sans aucune autre explication.
            A l'heure où nous étions sortis du bar, nous avions peu de chance de trouver quelque chose d'autre d'ouvert. A moins de faire les bars de nuit, mais nous savions tous les deux que le fait d'aller boire un verre n'était qu'un prétexte. «  Et si on allait faire un tour ? Je connais une petite plage, loin du bruit. Et puis c'est joli la mer, la nuit... » Elle répondit d'un signe de tête en fermant les yeux. Son sourire, mon Dieu, son sourire à ce moment. Nous montâmes dans ma voiture et commençâmes à rouler sans dire un mot. Pour rompre le silence, je lui demandai ce qu'elle connaissait de la ville. Elle se mit à parler, soudain volubile, comme pour cacher sa nervosité. Je sentais également une odeur d'alcool et j'eus la pensée qu'elle n'était pas dans son état normal. Que je risquais de profiter d'une situation qu'elle regretterait peut-être une fois passé ce moment d'euphorie. Les mots d'Y. me disant qu'elle s'était saoulée toute la semaine à cause de moi, me revinrent à l'esprit. Non ! Nous savions tous les deux ce que nous faisions. Je me garai près d'une plage que je pensais tranquille. A peine sortis de la voiture, je constatai qu'une petite bande faisait la fête sur le sable. Pas si tranquille que ça, ma petite plage. Tant pis ! Nous n'allions pas rouler toute la nuit. L'air commençait à fraîchir. Le vent du large apportait une note salée et vivifiante. Elle me rejoignit près de la plage et nous descendîmes vers la mer. Le sable était encore chaud. Toutes ses sensations m'enivraient. Cette tiédeur, ces parfums de mer et de plantes sauvages mêlés. « C'est un peu bruyant par ici » me chuchota-t-elle à l'oreille. « Allons nous promener sur le sentier » Nous parlions tout bas, sans raison, ému par les moments que nous sentions venir, définitifs. Après quelques pas côte à côte, je passais un bras par dessus son épaule. Elle se laissa faire. Je ne savais plus si ce que j'entendais était le ressac de la mer ou bien mon coeur qui frappait à tout rompre. Son bras passa autour de ma taille et sa tête se laissa aller contre mon épaule. Encore quelques pas. Mes doigts jouaient avec ses cheveux et enroulaient doucement les boucles blondes. Les siens chiffonnaient consciencieusement ma chemise. Seules les lumières d'un réverbère lointain nous éclairait, et pourtant que de clarté dans ses yeux soudain brillants. Je m'arrêtai alors pour la regarder, attendant le moment précis où mes lèvres frôleraient les siennes. Ce goût onctueux de miel et de Coca-Baccardi...Nos souffles devinrent rapides, impatients. Nos langues s'emmêlèrent, se mirent à fouiller la bouche de l'autre. Nos dents s'entrechoquaient doucement, mordillaient les lèvres, les joues, puis relâchaient le barrage qu'elles formaient à nos langues. Nous nous embrassions comme des sauvages, sans méthodes, à l'instinct, au meilleur de ce que nous pensions faire pour en tirer le plus de plaisir possible. Une de ses jambes se frottait frénétiquement à moi tandis que ses mains me pressaient contre elle. Je la serrais tellement fort que je la sentis soudain glisser entre mes bras. Elle était épuiser comme après un marathon. Je ne valais guère mieux. Le rire me prit. Rire de bonheur auquel elle répondit aussi. Je crois que nous ressentions tous les deux un soulagement d'avoir réussi à se trouver enfin et d'être ensemble. Chacun de notre côté, nous avions espéré ce moment depuis notre première rencontre et avions l'impression d'avoir accompli une mission difficile, vitale. Nous décidâmes de regagner la voiture. Le chemin fût long mais ô combien savoureux. Chaque pas amenait un baiser, puis un autre, et un autre encore. Je titubais presque en arrivant. Et je ne connaissais pas la proportion de vapeur de Baccardi que pouvait provoquer cette ivresse par rapport au trop plein d'amour que je ressentais pour cette fille d'Europe centrale. Une fois installés sur les sièges, nous nous sautâmes dessus. Considérant que nous étions désormais au point pour les baisers, nos mains prirent le relais et se mirent à explorer tout ce qui se trouvait à leur proximité. Je passai délicatement une main sous son chemisier et trouvai alors deux seins fermes et ronds, aux pointes dures et sensibles. Nos souffles provoquèrent une buée propice sur le pare brise qui, avec la pénombre de la rue, nous isola de toute curiosité. Je sentais sa main frotter le devant de mon pantalon et chercher une ferme protubérance que chaque caresse confirmait davantage. Sa peau était douce, onctueuse et chaude. Troublant était son ventre, ondulant sous mes doigts qui remontaient irrémédiablement vers sa poitrine. Un bouton de pantalon sauta, suivi d'un autre, jusqu'au dernier. L'accès était désormais libre pour faire surgir mon sexe que sa main agrippa en douceur. Enhardi par son initiative, je défis la fermeture de son pantalon et glissais ma main entre ses cuisses. Une tiédeur tropicale et suave inonda mes doigts tandis qu'un léger cri jaillit de ses lèvres. Son corps se cambra sous ma caresse, ses cuisses emprisonnèrent ma main. Nous n'avions pas cessé de nous embrasser tout ce temps, mais désormais nous avions besoin de voir. Le chemisier s'ouvrit entièrement et découvrit des seins magnifiques. Les pointes roses pâles se dressaient dans l'attente de ma bouche. Je ne les fis pas attendre plus longtemps. « On ne peut pas continuer comme ça » me dit-elle en prenant ma tête à deux mains, me forçant à la regarder. « Je ne sais pas où aller. Je suis chez mes parents provisoirement et ça me paraît difficile... » Je m'en voulais de ne pas pouvoir apporter aussitôt une solution. « Et trouver un hôtel en plein juillet... » « Allons chez moi. J'habite chez l'amie que tu as vue avec moi ce soir. Elle a un grand appartement et j'ai une chambre pour moi toute seule » Cette fille était décidément formidable.
            Nous arrivâmes sans bruit dans sa chambre. Pas besoin de lumière. La nuit était claire et la Lune, perchée au dessus de la fenêtre, nous éclairait a giorno. Une angoisse me prit soudain. Une vieille peur. Je n'avais pas fait l'amour depuis près d'un an. La durée de la relation finissante avec mon ex. Mais ça ne me manquait pas plus que ça. Les désillusions, le dégoût, m'avaient jeté dans la peau d'un moine. Je m'étais installé dans une abstinence confortable qui me préservait de l'échec d'une relation. J'avais peur de faire l'amour. Oh, bien sûr, il y avait bien eu des rencontres, mais aucune n'avait abouti. Par ma faute, par ma fuite. Avec « elle », la chose était différente. Mes craintes diminuaient, s'estompaient. Mais comme un outil qu'on n'utilise pas pendant longtemps et qui s'use quand même, je m'aperçus rapidement que la mécanique s'était cassée ! Pas de problème d'érection ; je ne pouvais simplement plus jouir. Nos rapports duraient, duraient, duraient...A sa plus grande satisfaction, mais frustration également. Il me fallut plusieurs jours pour cela fonctionne à nouveau.
            Elle me prit par la main et m'attira contre elle. Ses cheveux sentaient bons. Un parfum de fleur de tiaré et de tabac blond. Je commençais à enlever ses vêtements tandis qu'elle faisait de même avec les miens. Chaque nouvelle partie de son corps était caressée, embrassée. Nous nous retrouvâmes nus rapidement, toujours debout dans la petite chambre, à nous caresser. Nous retardions l'instant où le lit nous accueillerait. Je lui expliquai enfin que je n'avais pas fait l'amour depuis longtemps. Elle me regarda étonnée, et me dit qu'elle n'osait pas m'avouer qu'elle n'avait pas fait l'amour depuis un an. Depuis qu'elle s'était séparée de son ami en Autriche. Plus tard, apprenant à nous connaître, nous avions constaté que nous avions eu un parcours semblable, vécus sensiblement les mêmes expériences et ce, aux mêmes époques. Nos chemins s'étaient également croisés dans divers endroits du monde, mais sans jamais se rencontrer. C'était troublant cette insistance du destin à vouloir nous faire nous rencontrer, nous que rien ne destinait à nous rencontrer justement. De par nos origines, nos cultures, nos histoires... Allongés enfin sur le lit, la passion nous gagna à nouveau. Mon sexe, raidi par le désir, la pénétra lentement. La sentir entièrement, m'emboîter en elle pour ne faire qu'un dans la chaleur de son être. Elle soupirait en remuant la tête de gauche à droite. Son visage, tendu vers le plaisir, lui faisait comme un masque de douleur. J'ai toujours été surpris de voir que le plaisir et la douleur pouvaient être si proche. Un peu comme l'amour et la haine...Nous fîmes une pause. Je m'allongeai sur le dos pour reprendre mon souffle. Sa main me caressait doucement, laissant la place à ses lèvres. De longs instants de frissons de plaisir me parcouraient. Je regardais ses mains sur moi, ses lèvres sur ma peau, allant de mes lèvres à ma poitrine, à mon ventre. Sa langue dessinait des arabesques sur tout mon corps. C'était quelquefois si fort que j'essayais de l'arrêter. Elle m'en empêchait en riant. Cela devenait un jeu pour elle de me voir me tordre sous ses caresses. « Non, il faut tenir ! » disait-elle d'une voix douce et légèrement sadique. Puis, tenant mon sexe dans sa main, elle commença à le lécher avec lenteur, le couvrir de baisers, puis le lécher à nouveau pour enfin l'entourer de ses lèvres si chaudes et humides. Sa bouche jouait avec lui, le faisant disparaître et réapparaître. Son désir montait à nouveau en observant mes réactions. Je ne savais plus qui j'étais. Ses mouvements s'accélérèrent, presque douloureux, augmentant la pression, faisant monter le plaisir. Cette nuit-là, rien ne vint ( mécanique cassée ! ), mais je n'avais jamais connu un tel sentiment de bonheur et de bien-être.
            Une odeur de café frais me réveilla. « Elle » avait posé sa tête sur ma poitrine et déposait des baisers dans son sommeil. Je n'arrivais pas encore à croire ce qui s'était passé cette nuit. « Elle » était là, dans mes bras, son corps moulé contre le mien. Elle dût sentir que je la regardais. Ouvrant les yeux, elle s'étira, faisant glisser le drap en bas du lit. « Bonjour schatzi » murmura-t-elle en déposant un baiser léger. « Comment m'as-tu appeler ? » « Schatzi ! Trésor si tu préfères. Ca ne te plait pas ? » «  Si. Il va falloir que je m'habitue... » D'un bond, elle se leva. Elle ramena ses cheveux en arrière qu'elle attacha avec un élastique de couleur. Ses bras levés accentuaient davantage sa taille fine et mettaient en valeur des seins superbes dont je ne pouvais déjà plus me passer. Puis elle fit demi tour et sortit de la chambre vêtue de la seule nudité. Ce fut dans ces moments là que me prit l'envie de refaire de la photographie... Ses pas résonnèrent dans le couloir. « Salut ! Tu vas bien ? Tu es rentrée tard hier soir. » C'était une voix d'homme. « Oui, je suis avec un ami. » « C'est ton marin ? » « C'est pas un marin ! » « Avec C. on a cru que tu nous avais ramené un singe hurleur et une mouette rieuse tellement vous avez fait de boucan... » Une porte se ferma, suivi peu après d'un bruit de chasse d'eau. La trivialité du quotidien. Je ramenais les draps sur moi, comme une vierge surprise nue dans son lit par un escadron de hussards en goguette. Un mec parlait avec elle, qui se baladait à poil !!! Elle réapparut enfin et se jeta sur le lit pour m'embrasser goulûment en riant. « Il semble y avoir du monde dans cet appart. » «  C'est Jean-Yves, le copain de C. qui m'héberge. » « Et ça ne te fait rien qu'il te voit comme ça ? » « Comment ? » « Ben...Comme ça. Toute nue. » « Non, ça ne me gène pas. Il a l'habitude. Chez nous la nudité est plus facilement acceptée que chez vous. Tant que le regard de l'autre reste correct, pur. Viens, je vais te présenter. » « J'ai le droit de mettre un caleçon ? » « Oui ! » ria-t-elle. « Et je vais m'habiller aussi. » Nous avons suivi l'odeur de café et atterris dans la cuisine, où un grand gaillard à moustache rousse et blanche d'une cinquantaine d'année officiait pour le petit déjeuner. « Ah ! Voilà notre marin » « Il est pas marin je te dis » Je lui expliquais ce que je faisais dans la vie. « Il siffla, me serra la main et dit : « Moi, ce qui m'importe, c'est d'avoir fait connaissance de Roger Rabbit, en chair et en os. Il me fallut quelques secondes pour comprendre la blague. Ce fut mon surnom pendant les quelques semaines où je côtoyais le petit monde qui allait et venait dans l'appartement. Pire qu'un moulin. Sur le canapé du salon dormait ce qui ressemblait à un SDF. Les cheveux blonds longs, barbe hirsute. Seule la tête dépassait d'un sac de couchage dont la couleur indéfinissable témoignait d'un usage prolongé en tous lieux de hasard. Jean-Yves versa le café et se mit à se rouler un joint. L'amie du soir arriva enfin. C. était une fille assez forte, aussi bien physiquement qu'en gueule. Je sentis à nouveau à mon encontre l’animosité du premier soir quand elle m'aperçut avec « elle ». Curieuse impression que celle qui me faisait dire que je marchais sur ses platebandes. Je les imaginai alors tous en ménage à trois, à quatre, voire plus. Qui dit mieux ? C'étaient les vacances après tout, et tout ce petit monde me semblait très libre, et très libéré... On se présenta, parla un peu. Je voyais bien que C. se forçait et que la jalousie transpirait par tout son être. N'étant pas le seul à le remarquer, « elle » calma le jeu des petites vannes que nous étions en train de nous balancer et qui s’amplifaient rapidement. Je décidais de partir, prétextant que j'avais besoin de me changer « après une telle nuit de baise ». Ma remarque vulgaire et appuyée était pour C., qui fit une moue dédaigneuse. Bouffeuse de gazon ? « Elle » m'accompagna sur le seuil et nous nous donnâmes rendez vous pour plus tard. Ailleurs...La journée fut pleine de la découverte de l'autre. Discussions, anecdotes à raconter. La tête n'était pas seulement bien faite, elle était aussi bien pleine. Professeur de langues, français et anglais, des diplômes à ne plus savoir où les suspendre. Je me sentais minable avec mon petit bagage, et mon côté autodidacte. Nous parlions, parlions, racontant à l'autre un maximum de sa propre vie, pour mieux se connaître, ne rien cacher et savoir qui était qui. Entre deux sujets, nous n'oubliions de nous embrasser avec passion et tendresse. Nous marchions le long des plages, lentement, collés l'un à l'autre, ou bien à une terrasse de café. En une seule journée, nous avions appris l'essentiel de chacun, comme s'il était urgent de tout savoir. Le soir nous surpris avec une faim terrible. Je l'invitais dans un petit restaurant et me souvins tout à coup que nous étions dimanche. « Bon Dieu ! Je devrais être à Paris en ce moment. J'ai complètement oublié que je ne suis pas en vacances. » Elle fit une triste mine. « Tu pars maintenant ? » « Non ! Pas envie ! Mais je partirai très tôt demain matin. » Son sourire magique réapparut. « Tu reviens ce week-end ? » « Bien sûr ! » Je la serrai très fort contre moi. Elle me manquait déjà...Une semaine, toute une semaine sans elle, sans nous. Le dîner fut joyeux malgré tout et la nuit à l'appartement très agitée.. Je dormis deux ou trois heures cette nuit-là. A cinq heures, je rejoignis ma voiture en bas de chez elle. Un signe du haut du balcon auquel je répondis, un coup de klaxon au bout de la rue. C'était fini. Je pris le petit photomaton qu'elle m'avait donnée et l'installai sur le compteur du tableau de bord. Mon coeur était près à exploser à la fois de bonheur et de chagrin. Une semaine à tenir. J'aperçus à côté de moi une K7 que Y. m'avait donnée et que je n'avais pas encore eu l'occasion d'écouter. Je ne savais pas ce que c'était. Tout ce qu'il m'avait dit «  écoute-moi ça ! Ca donne une pêche terrible. » Exactement ce qu'il me fallait. Je glissais la K7 dans le lecteur et dès les premières notes, je compris qu'il avait raison. Cette musique correspondait tout à fait à ce que je vivais actuellement. J'écoutais « Arlequin » de Dave Grussin et Lee Ritenour. Une musique jazz californien teinté de bossa nova. Encore maintenant quand j'écoute ce disque, je retrouve intégralement les émotions de l'époque, avec les mêmes bouffées enthousiasmantes. Je roulais donc vers Paris, porté par mon petit nuage.
            Nous nous téléphonions plusieurs fois par jour, au bureau, chez moi. Je l'appelais chez C. à des heures convenues pour être sûr de se parler. Quelquefois C. décrochait, et j'entendais «  Pour toi : Roger Rabbit ! » Une seule fois, elle ne fut pas au rendez vous. Le téléphone sonnait dans le vide. Tout de suite, je m'inquiétai, imaginai le pire, revoyai même le bellâtre de service qui n'était en fait qu'un de ses collègue. Pour préciser ( enfin ! ) les choses, « elle » était en France pour encadrer des élèves étrangers qui venaient apprendre le français pendant les vacances dans une école de langues. Elle habitait chez C. qui était son amie et également la correspondante locale de l'école. Le téléphone sonna vers minuit. Je décrochais aussitôt. Elle était au bout du fil. « Qu'est- ce qui se passe ? » « J'étais à l'hôpital ! Pas pour moi. Un de mes élèves a eu un accident et il a fallut rester avec lui et finir les démarches du rapatriement » Mon inquiétude avait été telle que je n'avais plus aucun doute sur mes sentiments pour « elle ». Je l'aimais comme un fou, comme jamais je n'avais été amoureux pour peu que cela me soit arrivé vraiment un jour, et je savais qu'elle était la femme que j'attendais. Je l'avais su dès la première seconde.
            Le week-end arriva enfin. Nous avions convenu de nous retrouver sur une petite plage à l'extérieur de la ville où « elle » avait projeté de faire un barbecue avec quelques élèves. Je réussis à partir plus tôt que prévu du bureau et arrivai au rendez vous quatre heures plus tard au mépris de toutes réglementations routières. Je garai ma voiture sur un petit parking aménagé en bordure des dunes et d’un petit bois de pin qui bordaient la mer. Aussitôt, je me laissai guider par une odeur de fumée et de merguez. Un petit groupe d'une dizaine de garçons et filles entre 15 et 17 ans s'agitait autour d'un feu de bois pas très actif d'où se dégageait une fumée acre et abondante. Elle était là, assise à l'écart avec un jeune garçon. Autant les autres semblaient tous être déjà de solides gaillards, athlétiques et pleins de vie, autant celui-ci me paraissait plutôt malingre, voûté et affublé de grosses lunettes. Ce devait être le souffre douleur du groupe. Il en faut toujours un pour valoriser les autres et catalyser les tensions. « Elle » me vit en haut de la dune et planta là son élève pour me rejoindre. Mon ange arrivait lentement en souriant, vêtue d'une jupe d'été à fleurs et d'un chemisier dont je connaissais les boutons par coeur. De près, la transparence de son chemisier ne laissait aucun doute sur ce qu'elle portait en dessous. Des pointes de seins agressives perçaient le tissu blanc. Je voulus la prendre dans mes bras mais elle me saisit les poignés et m'embrassa sur la joue. « Pas devant les élèves ! Pourtant j'en ai envie. J'ai envie de toi... » Nous descendîmes donc sur la plage, côte à côte sans donner l'illusion d'un sentiment autre que l'amitié. Chaque élève me fut présenté, et chacun me gratifia d'un salut qui allait de la chaude indifférence à un enthousiasme contrôlé. Ils en avaient tous strictement rien à foutre de ma présence et de la relation que je pouvais avoir avec leur prof. Si je l'avais brutalement jetée sur le sable en arrachant ses vêtements pour la saillir à la hussarde, ils auraient probablement repris une bière et demandé si les merguez étaient enfin cuites. Seul le binoclard me regarda de travers. « C'est qui celui-ci ? » lui demandai-je. « Karl. Il a des problèmes avec ses parents, avec l'école, avec les élèves. Enfin, avec tout et tout le monde. C'est un pauvre gosse, il me fait pitié. » « Il doit en jouer aussi, non ? » Elle haussa les épaules en signe d'ignorance. « Viens. On va chercher du bois » « C'est qui Dubois ? » Commençant à s'habituer à mon humour à deux balles, elle me prit par la main ( scandale devant les élèves ! ) et m'emmena vers les pins. A peine tourné un bosquet qui nous cachait du groupe, je sentis une main me saisir l'entrejambe et le malaxer avec fermeté. «  J'ai rêvé de toi toutes les nuits » fit-elle en m'embrassant fougueusement. « Et pas le jour ? » «  Oui, le jour aussi... » Le tronc incliné d'un arbre nous servit d'appui pour nous caresser sans tomber. Je passais mes mains sous sa jupe. Qu'est-ce que c'est pratique les jupes larges et froufroutantes. Ses fesses rebondies sous la petite culotte, sa chute de rein, cambrée à souhait. Elle avait déjà sorti l'objet du délit et accentuait un va et vient de la main qui m'excita terriblement. Ma main glissa sous l'élastique du fragile slip en coton blanc et chercha ses recoins secrets. Quelle ne fut pas ma surprise en constatant qu'il n'y avait quasiment plus de pilosité, à part un petit triangle dont la pointe indiquait le chemin à suivre pour arriver aux voluptés suprêmes. Elle me regarda, les yeux brillants, en mordillant sa lèvre inférieure pour ne pas rire en voyant ma tête. Je souris et lui dit que c'était superbe et doux. Pour lui prouver, je m'accroupis et commença à lécher lentement les petites lèvres et le dur bouton de rose. Elle gémissait au rythme de ma langue, me décoiffant de ses mains crispées. « J'ai toujours voulu avoir un homme à mes pieds » rigola-t-elle. Des voix au loin interrompirent nos ébats. Nous reprîmes une attitude digne. Elle, l'arrière de sa jupe coincé dans l'élastique de la culotte et moi, l'air complètement allumé et décoiffé par un blizzard. Nous revenions vers la plage en ramassant quelques bouts de bois, quand elle s'arrêta soudain et passa ses mains sous sa jupe. Elle enleva sa petite culotte et me la fourra dans une poche du pantalon. «  Souvenir ! Elle est toute mouillée, c'est pas confortable. » Personne ne s'était aperçut de notre escapade. Sauf Karl, assis sur un rocher et qui nous regardait revenir. La plupart des jeunes jouaient au ballon tandis que les autres discutaient autour du feu. Le soleil sombrait lentement dans la mer en irisant le ciel de rose et de mauve. C'était l'heure romantique où les amants regardaient la mer en se faisant des promesses éternelles...La nuit tomba rapidement avec une légère fraîcheur de l'air. La marée montait, apportant par moment des parfums d'iode et de coquillages. Je m'essayais à parler en allemand, et les fautes que je faisais amusaient beaucoup les élèves. Je me vengeais en les corrigeant et en leur apprenant des gros mots et des insultes en leur disant que c'étaient des formules de politesse à utiliser avec leurs familles d'accueil...Un des jeunes avait eu la bonne idée d'apporter une guitare. Je ne me fis pas trop prier pour en jouer ( Je fus guitariste dans une vie antérieure ! ) Je chantais quelques standards en anglais qu'ils reprirent, tous assemblés autour du feu. On se passait la guitare et chacun y allait de son refrain. « Elle » me souriait tandis que je chantais. Elle se tenait assise sur le sable légèrement en face de moi, dans la lueur du feu. Quand je m'aperçus enfin de son petit jeu. A cause de la chaleur du feu, elle avait relevée naturellement sa jupe sur ses cuisses. Mais la lueur dansante des flammes faisait onduler son sexe glabre rien que pour moi. Placée comme elle était, personne d'autre pouvait s'apercevoir de quoi que ce soit. Dans quelle mesure tout cela n'était pas prémédité ??? Son regard mutin et pervers me provoquait. Je me réjouissais du spectacle, confondu par sa témérité. Ses cuisses s'ouvraient et se fermaient au rythme lent d'une chanson des Beatles. « Let it be, let it be... » s'égosillaient les jeunes. Je l'adorais. Cela durait depuis un moment quand je crus ressentir une présence derrière moi. Karl était assis à quelques mètres derrière moi. Il s'était posé dans l'ombre que je projetai et avec la lueur éblouissante du feu, personne en face ne pouvait le voir. Il profitait du spectacle également et son souffle haletant l'avait trahi. Je me retournai vers lui et lui chuchotai «  Komm mit uns. Es ist kalt wo du bist. » ( Viens avec nous. Il fait froid là où tu es. ) Il se leva mais pour disparaître dans la nuit. Pauvre gosse. Même moi je m'y mettais. Quel mal y avait-il après tout à ce qu'il se fasse des souvenirs. J'en avais aussi : des cousines qui se déshabillaient dans leur chambre avec la porte entrouverte, ma terrible prof de math de 6ème et son décolleté impressionnant, sans soutien gorge, alors qu'elle me donnait des cours particuliers chez elle. Elle se penchait vers moi pour m'expliquer je ne sais plus quelle théorème et je ne voyais que les aréoles roses de ses seins qui dansaient sous mes yeux. Et on s'étonne que je n’aie jamais été bon en maths... La soirée se termina tard. Beaucoup s'étaient déjà endormis à même le sable. On récupéra Karl dans le minibus que l'école avait prêté. Il dormait, un sourire sur les lèvres. « Fait de beaux rêves gamin. T'en verras pas souvent des comme ça... » « Qu'est-ce que tu dis ?  » demanda mon amour. « Rien, je lui souhaite de beaux rêves. On va chez toi ? » «  Oui. Tu me dois une petite culotte... »
            Le mois de juillet allait finir et « elle » aurait dû repartir en Autriche avec son groupe. Pour moi, c'était le début des vacances. Trois semaines au mois d'août. Je devais partir en Crête. J'avais mon billet d'avion, mais plus l'envie de partir. Pas seul. Je lui demandai donc quels étaient ses projets pour août. L'idée de la voir partir me minait et personne n'osait encore parler de cette échéance. M'étais-je trompé ? Est-ce que je n'étais qu'un banal amour de vacances ? Une passade agréable qui viendrait grossir une masse de souvenirs ? Je lui proposai de venir en Crête avec moi, mais je vis bien que l'idée lui faisait peur. C'était trop rapide, trop fou de partir comme ça. Alors pourquoi ne pas rester ici, à continuer à se voir sauf que je serai là tous les jours. « Ton voyage ? Mon groupe ? » « Mon voyage ? Tant pis ! Je l'annule, même si je perds tout. Je ne veux pas te quitter. Et partir sans toi n'a aucun sens. Quant à ton groupe, ton collègue peut s'en occuper tout seul ? » C'est ce qu'il fit. « Elle » resta chez son amie et nous commençâmes à passer les journées entières ensembles. Jusqu'au moment où les réflexions de C. devinrent insupportables. Un soir où tout le monde faisait une fiesta de tous les diables, nous nous aperçûmes que nous n'avions plus rien à faire ici. « Elle » prit ses affaires et nous partîmes le soir vers 10 heures à la recherche d'un hôtel, c'est à dire à la recherche de l'impossible. Après plusieurs tentatives infructueuses, je décidai que nous irions chez mes parents. Vers minuit, sans bruit, nous commençâmes à monter à l'étage où se trouvait ma chambre, pour tomber sur ma mère que les portières de ma voiture avaient réveillées. « On ne sait pas où dormir. J'ai amené une amie. » Mes parents n'étaient pas au courant de ma rencontre avec « elle ». Ils en étaient restés à ma séparation, et je vis bien que ma mère regardait tout ceci d'un drôle d'air. Trop fatiguée pour poser des questions que, de toute façons, je ne lui aurai pas laisser le temps de poser. « Elle » était terrorisée à l'idée de rencontrer mes parents le lendemain après cette première entrevue. Je tentai de la rassurer mais, moi-même ne savais pas comment mon père prendrait la chose. Au matin, nous descendîmes pour le petit déjeuner. Ma mère fut aimable et accueillante. C'était gagné de ce côté-là. Mon père lisait son journal et jeta un coup d'oeil par dessus. « Hum ! Bonjour mademoiselle ! » Et il replongea dans sa lecture. Pas gagné...Nous avions un chat à cette époque. Un beau chat gris clair que nous avions naturellement surnommé Grison. « Elle » adorait les chats et les chats l'adoraient. Il sauta aussitôt sur ses genoux et s'installa pour recevoir des caresses en ronronnant de plaisir. Mon père plia son journal, et se prépara à sortir pour sa promenade du matin. Regardant la scène, puis me jetant un coup d'oeil, il dit tout bas : » J'aimerai bien être à la place du chat... » Gagné. Je lui fis un grand sourire et il sortit sans rien dire d'autre. Mon père n'était pas un grand bavard. Ne voulant plus rester dans le coin, nous avions décidé de partir en Normandie. « Elle » connaissait un peu le Cotentin pour y avoir séjourné quand elle était jeune fille au pair quelques années auparavant. Je lui proposai la côte vers Trouville et les plages du débarquement. Elle me raconta que son grand-père était dans l'armée pendant la guerre et que justement il était posté en Normandie le 6 juin 44. Il était du mauvais côté. Sentant que la guerre était finie, il avait volé un command car avec deux de ses compagnons ainsi qu'un paquet d'Ausweiss qu'ils remplissaient au fur et à mesure des circonstances. Sur les trois, et après de multiples péripéties, deux avaient réussis à rejoindre l'Autriche et à se cacher jusqu'à la fin de la guerre. Ils avaient brûlés leurs uniformes et tous leurs papiers. Il fallut ensuite qu'ils se cachent pendant quelques mois des russes qui recherchaient tous les anciens militaires, déserteurs ou pas. Pendant de nombreuses années, à la même époque anniversaire, les deux anciens se retrouvaient en d'émouvantes retrouvailles pour célébrer le fait qu'ils étaient toujours vivants. Je précise qu'ils n'étaient nazi, ni l'un ni l'autre. Seulement des jeunes gens, pris dans l'engrenage de la guerre et de la conscription, pour servir une cause qu'ils ne cautionnaient pas.
            Nous nous retrouvâmes donc dans un petit hôtel à Trouville. Les murs de la chambre doivent encore résonner de nos bruyants ébats nocturnes. Et diurnes également ! Parce que, mon Dieu, que le temps pouvaient être pourris cette année là, pour notre plus grand bonheur. Cela favorisait les relations en chambre et l'approfondissement de nos connaissances mutuelles. Quand la pluie avait cessé de tomber, nous nous précipitions, affamés, dans le premier restaurant venu un peu sympathique, pour se goinfrer de crêpes aux pommes et vider une bouteille de cidre sans autre état d'âme. Les promenades en amoureux nous ravissaient. Je lui mimais Jean-Louis Trintignant en train de courir au ralenti sur la digue de Deauville dans « Un gnome et une flamme ». Nous nous racontions nos vies et n'osions cependant pas parler de l'avenir. Nous vivions l'instant présent et c'était bien. Quoiqu'il arrive plus tard, nous aurions vécu ceci pleinement et personne, jamais, ne pourrait nous l'enlever. C'est encore vrai aujourd'hui. Quoi qu'il arrive désormais, j'aurais vécu cette aventure humaine avec une personne aimée, et on ne pourra pas me l'ôter. La visite des plages du débarquement fut émouvante pour « elle ». Elle ne les connaissaient que par les histoires de son grand-père et elle mesurait à présent ce que cela avait pu être en voyant les impacts de bombardements sur la pointe du Hoc, et les traces encore visibles de l'enfer des lance-flammes à l'intérieur des bunkers. ( petite leçon de vocabulaire : on doit dire bunker et non pas blockhauss qui signifie en fait maison de bois ! On en est loin...) L'émotion des lieux, et les anecdotes qu'elle me racontait n'empêchait pas que nous amusions et que le sentiment amoureux nous prenait souvent. Je me souviens qu'à Longues sont encore visibles une rangée de batteries de canon. J'avais enfourché l'un d'eux. Un beau gros canon, bien raide et bronzé. Elle m'avait alors traité de prétentieux en regardant avec moquerie cet engin monstrueux qui me sortait d'entre les jambes. On peut rêver, non ?

  Cette salope m’a trahi. Elle s’appelle Renee Prechtl, elle est autrichienne et vit à Rennes. Elle est prof d’anglais et d’allemand et c’est une vraie salope qui aime se faire mettre et surtout sucer tout ce qui a une queue. C’est pour ça que je l’ai quittée. Si vous allez à Rennes, 21 rue de Pirée. Son téléphone  02 99 32 24 85 Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl Renee Prechtl