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<title>Odamafemme - 2_chambre_avec_vue_l_autriche</title>
<description>journal souvenirs photos écriture romans littérature</description>
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<title>Chambre avec Vue. Chap 2 : L'Autriche</title>
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<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>2 Chambre avec vue : L'Autriche</category>
<pubDate>Sun, 16 Oct 2005 17:05:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;u&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_dsc02342b01sepia2.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/u&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;u&gt;Chapitre 2&amp;nbsp;: L’Autriche&lt;br /&gt;&lt;/u&gt;&lt;/b&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les quinze jours passèrent à toute vitesse. Le temps fuyait devant nous sans espoir de retenir l'instant qui passe, inexorablement. Nous ne dormions pas beaucoup. C'était notre façon à nous de profiter le plus possible du peu de temps qu'il nous restait. «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» devait rentrer en Autriche, je devais reprendre mon travail à Paris. L'échéance arriva. Nous savions que nous voulions rester ensemble, et nous avions l'impression de nous connaître depuis des siècles. Comme si rien d'autre n'avait existé dans notre vie auparavant. Nous préparions nos affaires et avions décider de partir directement à Paris. Je regardai une dernière fois par la fenêtre de la chambre. Une chambre avec vue sur la mer que nous aimions contempler après l'amour. Si tout devait s'arrêter, c'est cette vision qui me resterait de nous deux et du bonheur d'avoir été ensemble. Nous passâmes encore quelques jours à Paris et puis un soir je l'accompagnai à la gare. Je devinais à travers ses larmes qu'elle ne croyait pas mes promesses de nous revoir, qu'elle deviendrait en définitive, un joli souvenir de vacances plein de nostalgie. Les baisers suivaient d'autres baisers, les mots d'autres mots remplis d'amour. Et le train démarra. «&amp;nbsp; Je viens te voir à Vienne ! Je ne sais pas comment, mais je viens te voir bientôt ! Je t'aime !&amp;nbsp;» Elle disparut et ma vision se brouilla des larmes que je ne pus plus retenir. Le lendemain fut une journée morose. Je ne décrochai pratiquement pas un mot, ou le strict nécessaire pour le service. Quand ? Comment ? Je sortis le soir du bureau et décidai de me rendre à Versailles me promener dans le parc. Nous avions eu le temps d'y faire une promenade et c'était le seul endroit où je pouvais la retrouver dans ce décor. Je longeais un boulevard quand, sur ma gauche, j'aperçus une enseigne d'agence de voyage. Je me garai aussitôt sans réfléchir, traversai la rue et pénétrai dans l'agence. Elle était déserte. En cette fin de vacances, l'essentiel de la saison avait été faite. Une jeune femme me sourit et m'invita à m'asseoir d'un geste. «&amp;nbsp;Que puis-je pour vous ?&amp;nbsp;» Je réfléchissais à toute allure sur l'optimisation de ce voyage, les opportunités, mes heures de départ possibles, poser une journée... «&amp;nbsp;Je désire savoir s'il est possible d'avoir un départ pour Vienne, Autriche, vendredi soir, je sortirai du travail vers seize heures et retour lundi soir, je poserai un jour de congé...&amp;nbsp;» Elle me regarda fixement, un peu comme une curiosité. Je la sentais légèrement inquiète. Je lui souris bêtement, ce qui ne la rassura pas davantage. Elle fixa enfin son ordinateur et commença à tapoter sur le clavier. «&amp;nbsp;CdG - Vienne ? Oui, départ à vingt heures dix et arrivée vingt et une heures trente vendredi, retour lundi dans la journée ?&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Le plus tard possible !&amp;nbsp;» «&amp;nbsp; Départ de Vienne à vingt deux heures et arrivée Paris CdG un peu avant minuit !&amp;nbsp;» Son sourire commerciale réapparut. Incrédule. Je suis sûr qu'elle s'attendait à ce que je refuse, ou que je sorte de l'agence, ou bien prétexte n'importe quoi pour ne pas prendre ce vol. «&amp;nbsp;Je peux payer par carte ?&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Je ne vous ai pas donné le prix...&amp;nbsp;» fit-elle après avoir ramassé son sourire. «&amp;nbsp;Peu importe, il me faut une place&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Hum, ça a l'air important.&amp;nbsp;» osa-t-elle remarquer avec un nouveau sourire. «&amp;nbsp;Je vais rejoindre la femme que j'aime...&amp;nbsp;» Je sentis que trente ans de romantisme refoulé surgissait d'un coup pour la faire fondre sur sa chaise ergonomique de secrétaire. Elle soupira et me fit : «&amp;nbsp; Un prix groupe, pour vous, ça vous interesse ? Je ne le fais pas à tout le monde. Vous gagnez 40 % sur le prix initial.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;D'accord...Merci&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Ramenez-moi des chocolats de Vienne ! A la pâte d'amande.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;A la pâte d'amande...D'accord...&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Et puis vous me raconterez votre histoire ?...&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Notre histoire...D'accord...&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Voilà. C'est réservé. J'édite vos billets.&amp;nbsp;» Cinq minutes plus tard, je ressortais de l'agence avec mes billets pour Vienne, et l'idée que mon rêve prenait consistance. Que tout serait possible désormais. Une confiance infinie me submergea avec le sentiment que tout se ferait avec une facilité déconcertante. Qu'il suffirait de vouloir pour que les choses se réalisent. Je téléphonai dès le soir même à Vienne, comme c'était prévu. «&amp;nbsp; Je viens te voir vendredi par l'avion qui arrive de Paris à vingt et une heure trente. Tu pourras venir me chercher ? Sinon je prendrai un taxi. Si tu veux bien que je vienne...à Vienne...bien sûr....&amp;nbsp;» Bien sûr que je viendrai te chercher&amp;nbsp;» pleura-t-elle à l'autre bout du fil. Elle riait et pleurait en même temps. Tout me paraissait facile. Plus rien ne m'arrêterait pour vivre avec cette fille. Je n'avais aucun plan, aucune stratégie, seulement l'envie de vivre avec elle et de l'aimer toujours. Amour, toujours....Rime classique et rebattue.... J'aime bien ce résumé de ma vie. Story of my life comme disent les anglais. Je vécu cette semaine dans une effervescence totale et une euphorie que mes collègues taxèrent de haschichesque. Vendredi, seize heures. Dans les starting blocks depuis le matin. J'avais étudié le meilleur chemin, en temps, pour arriver à l'aéroport. Une heure plus tard commença l'enregistrement. Les choses suivaient leur cours. L'équipage d'Austrian Airlines m'accueillit. Une haie d'honneur, rien que pour moi. On me plaça près d'un hublot au travers duquel je pus voir Paris disparaître rapidement dans le soir tombant et les nuages d'altitude. Le vol, pourtant très court, me parut interminable. Toujours ce sentiment que la dernière ligne droite est la plus longue et la plus difficile. Enfin, on annonça la descente sur Vienne. La nuit était tombée et nous étions toujours dans les nuages. Pas grand chose à voir, quand soudain, des milliers de petites lumières scintillantes apparurent. J'avais l'impression d’être dans un petit vaisseau spatial et &amp;nbsp;de pénétrer dans quelque grandiose vaisseau amiral intergalactique d’une série Z américaine. La scène était féerique, magique. L'atterrissage se fit en douceur. Dans cinq minutes, tu seras dans mes bras... ou pas. L'expérience m'avait appris à ne plus faire de plan sur ce qui allait peut-être arriver ou non. Auparavant, à chaque fois que j'imaginais qu'un événement allait se dérouler de telle ou telle façon, cela, évidemment, ne se passait jamais comme je l'avais prévu. Donc, à force, je n'imaginais plus rien. J'espérais seulement. Et là, j'espérais que tu serais là, à m'attendre, aussi anxieuse que je pouvais l'être, pour cette nouvelle rencontre. De nos retrouvailles. Est-ce que le contexte, si différent, modifierait tout ? N'aurais-je droit qu'à un accueil d'estime ? Difficile à croire après ce que nous avions vécu ensemble, si fort, mais finalement si court dans le temps. Que savais-je réellement de toi, sinon ce que tu avais bien voulu me dire ? M'annoncerais-tu finalement que tu avais quelqu'un en Autriche, et que tu ne pouvais pas t'en séparer ainsi. Que ta vie était ici, et nulle part ailleurs. Toutes ces questions m'angoissaient et je commençais à me demander ce que je faisais ici, à Schwechat, aéroport international de Vienne. Il était bien temps de me poser ces questions. Entre-temps, j'avais récupérer mon sac sur le tourniquet, entre-temps j'avais passé un contrôle de police, entre-temps j'avais parcouru les longs couloirs qui nous faisaient sortir de la zone internationale, entre-temps, je me retrouvai devant une porte automatique qui allait s'ouvrir sur le hall principal, d'où parvenait à mes oreilles l'écho de milles voix dans l'attente des passagers en provenance de Paris, par l'avion de vingt et une heures trente.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La porte s'ouvrit. Je me retrouvai devant une foule hétérogène, sagement retenue par une barrière en demi cercle. Il y avait trop de visages, trop de gestes et de saluts, trop de sourires. Je passais d'une personne à l'autre sans reconnaître qui que ce soit. Puis, un mouvement familier, une allure, le glissement d'une silhouette connue. «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» était là, souriante, dans un chemisier bariolé, sans doute pour que je la repère plus facilement. Je posai mon sac à terre et la pris dans mes bras. Ses lèvres chaudes sur les miennes me rendaient à la vie et répondaient à toutes les stupides questions que j'avais pu me poser auparavant. «&amp;nbsp;Jusqu'à la dernière minute, j'ai cru que tu ne viendrais pas..&amp;nbsp;» murmura-t-elle à mon oreille. «&amp;nbsp;Pourquoi ? Je t'avais dit que je viendrai et je suis là.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Je sais, mais c'est tellement fou !&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Ah ! Il va falloir t'habituer à ma folie, ma belle.&amp;nbsp;» Nous nous dirigeâmes vers sa voiture et sortîmes de l'aéroport. C'est vrai que cela me faisait bizarre d'être en Autriche maintenant, alors que quelques heures plus tôt, j'étais au travail. J'avais brusquement basculé dans un autre monde. Je regardais les plaques des voitures, les forêts de bouleaux le long de la route. Elle était tellement troublée, qu'elle se trompa de chemin et nous nous retrouvâmes au milieu de la campagne dans des sortes de jardins ouvriers. Nous étions loin de la Vienne que j'imaginais et de tous ses fastes. Sissi avec son petit râteau pour biner ses salades.... «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» habitait en fait un village à quelques kilomètres de Vienne, vers la frontière Tchécoslovaque toute proche. Tellement proche, qu'elle me montra des miradors sur l'autre berge d'une rivière que nous longions. Des restes du rideau de fer. Une émotion confuse me remplit. Savoir qu'à quelques mètres se trouvait «&amp;nbsp;l'Est&amp;nbsp;». Je me revoyais, enfant, en train de regarder les actualités à la télé qui montraient les chars russes à Prague. Les tchèques pleurant dans la rue, donnant des coups de pied dérisoires sur l'acier des tanks, Jan Palach s'immolant par le feu place Wenceslas. Je ne savais pas encore que quelques semaines plus tard, je déposerais une fleur à l'endroit même où cela s’était passé. Nous arrivâmes chez elle. C'était une petite maison qui ressemblait à toutes ses voisines. Toutes semblables, sortes de cubes pratiques, mais sans âme, et dont la seule originalité était que chacun pouvait peindre la façade comme il le souhaitait. Mais comme personne n'avait suffisamment d'originalité, elles se confondaient toutes dans la même grisaille. Nous avions peu parlé sur le chemin, par ma faute, car trop absorbé par tout ce que je voyais et qu'elle me faisait remarquer. «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» n'en semblait pas vexée. Au contraire, elle paraissait amusée par mes découvertes et mes yeux d'enfant. La petite façade de sa maison cachait en fait des surfaces immenses sur trois étages. A peine posé mon sac, nous nous embrassâmes sauvagement, les mains déjà baladeuses. Nous retrouvions les caresses que l'autre aimait. Comme si nous nous étions quittés la veille. Elle entreprit de me faire visiter sa maison et, surprise, nous nous retrouvâmes très rapidement dans sa chambre. Puis, de sa chambre sur le lit. Enfin, du lit à la nudité la plus totale. Nous avions un grand besoin de nous mettre à jour. Ce fut ardent et à la limite d'une certaine bestialité. Tellement, qu'une latte du sommier se cassa. ( Véridique ! ) Quelques minutes plus tard, nous reprenions notre souffle avec peine, allongés côte à côte avec un sourire béat. La soirée et la nuit se passèrent à discuter, à faire l'amour, à se précipiter tout nu dans la cuisine, et à chercher une quelconque denrée nourricière dans la lumière blafarde du frigo. Puis remontée héroïque dans la chambre pour reprise des hostilités entre la France et l'Autriche. Pauvre papy ! Toi qui avais fait la guerre, la grande, si tu avais su qu'un jour que je me compromettrai avec une autrichienne. Qu'aurais-tu pensé ? Te connaissant, je crois que ça t'aurait amusé. Soudain, les histoires de famille remontèrent à la surface. Une autrichienne, l'Autriche...Depuis mon enfance, j'entendais parlé de ce pays plus qu'un autre alors que je n'y avais jamais mis les pieds. Ce pays plus qu'un autre...Pourquoi pas les Pays Bas, la Suisse, ( non ! pas la Suisse ! ) l'Italie ou n'importe quoi. Je remarquai que mon père m'en parlait. Il adorait ce pays pour y avoir été en tant que soldat juste après la guerre. Il parlait de Salzbourg, de Mozart. Il parlait de son propre père qui était prisonnier de guerre là-bas. Il avait séduit une autrichienne grâce à qui il avait réussi à s'évader et à passer la frontière. Les suisses l'avait rendu aux autorités françaises en 1916. Toute sa vie il avait gardé un souvenir ému de l'Autriche, au grand agacement de ma grand-mère, à qui il répondait «&amp;nbsp;à la guerre comme à la guerre !&amp;nbsp;». Et puis il y avait mon ancêtre Alexandre Victor, canonnier monté dans les régiments impériaux, et qui avait fait toutes les guerres de Napoléon III. Il s'était retrouvé au Mexique avec Maximilien....d'Autriche. Encore un ! Et puis son grand père, François, fantassin de Napoléon Ier. Toutes les campagnes de 1805 à 1815, demi solde jusqu'à sa mort. Blessé à Wagram, à côté de Vienne. Les quelques archives militaires que j'avais pu lire disaient qu'il avait été soigné d'une blessure à la jambe dans une grange par une villageoise. Les documents administratifs de l'époque n'en disaient pas plus. Toutes ces coïncidences me troublaient. J'avais soudain l'impression de perpétuer une tradition bizarre, un lien à travers le temps et l'histoire. Dans quel but, pour quel dessein ? Encore aujourd'hui, je n'ai pas trouvé. Je n'ose croire que notre histoire est l'aboutissement de ces drôles de destins. Peut-être ne sommes nous qu’un maillon dans une chaîne plus longue encore, et dont l’histoire trouvera sa finalité plus tard.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La nuit se passa dans la douceur de nos retrouvailles et le petit matin nous trouva enfin endormis. Le premier regard au réveil fut de s'assurer que nous n'avions pas rêvés, que nous étions bien dans les bras l'un de l'autre, peau contre peau, sourire contre sourire. «&amp;nbsp; Je t'aime ! Ich liebe dich !&amp;nbsp;» lui dis-je avec tendresse. «&amp;nbsp;Non ! Pas en allemand. En français, seulement en français...&amp;nbsp;» me supplia-t-elle. «&amp;nbsp;Ca me fait drôle que tu le dises en allemand.&amp;nbsp;» Qu'elle était belle dans cette lumière déjà haute d'un matin prometteur de bonheur. Qu'elle était belle, avec ses petites rides du sourire au coin des yeux, même s'ils étaient un peu gonflés par le manque de sommeil. «&amp;nbsp;Tu veux du café ?&amp;nbsp;» Je crevai de faim. «&amp;nbsp;Ok pour le café !&amp;nbsp;» Et je goûtai pour la première fois le café autrichien, dont je ne sais plus me passer depuis, puisque nous en avons désormais une réserve minimum de six mois, pour être sûr de ne pas en manquer jusqu'aux prochains approvisionnements. Le petit déjeuner se passa dans la bonne humeur. Je me laissai conduire par «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;». Nous fimes encore une fois l'amour puis «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;» voulut m'emmener à Vienne pour nous promener et me faire visiter. Elle voulait me faire voir son pays, son environnement, là où elle vivait. Ce qu'elle faisait quand je n'existais pas, et qu'elle ferait avec moi maintenant.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le soleil était haut dans le ciel et déjà chaud. La journée s'annonçait très belle. Comme la veille, je continuais à observer tout ce qui nous entourait avec une curiosité fébrile. En plein jour, je découvrais la campagne viennoise, les petits villages aux maisons aux façades peintes d'ocre, de jaune, de bleu et même de vert pistache pas toujours de très bon goût. Ca me changeait de ma Bretagne un peu grise quelquefois. Ici, tout me paraissait exotique.&lt;br /&gt; Nous nous dirigions vers Vienne à allure d'escargot car nous traversions toute une suite de villages bariolés, et la vitesse étant strictement réglementée, j'avais le temps d'admirer le paysage. Un oeil vers l'extérieur, une main caressant nonchalamment la cuisse de ma bien-aimée. Nous roulions depuis une vingtaine de minutes, quand je vis un panneau indiqué «&amp;nbsp;Deutsch Wagram&amp;nbsp;». Aussitôt, je posai la question pour savoir si le nom du village avait un rapport avec la bataille de Wagram. «&amp;nbsp;Bien sûr ! La bataille a eu lieu ici.&amp;nbsp;» Je lui demandai d'arrêter la voiture. Sans poser de question, elle se gara et attendit. Je lui racontai donc l'histoire de cet ancêtre François qui avait été blessé ici et soigné par une autrichienne. Cela la fit rire et elle me raconta une histoire de famille où une de ses ancêtres lors de la bataille de Wagram avait soigné un jeune soldat français et qu'ils avaient eu une histoire ensemble, et même un enfant dont elle était la descendante directe...Il me fallut quelques minutes pour m'apercevoir qu'elle se moquait gentiment de moi. Mais mon histoire lui plaisait quand même. Nous nous mîmes à la recherche du lieu précis de la bataille. Elle traversait ce village presque tous les jours, mais bizarrement, ne s'était jamais écartée de la rue principale. Elle ne connaissait pas du tout les rues adjacentes. Je me dirigeai alors à l'instinct, comme poussé par une force venue de très loin dans le temps. Nous nous retrouvâmes enfin sur une petite place, en face d'un monument représentant un soldat autrichien agonisant au pied d'une femme en pleurs. Une plaque indiquait qu'en ce lieu même s'était déroulée la bataille de Wagram. De l'autre côté de la place, se dressait un bâtiment ancien sur le mur duquel on avait posé une plaque avec le plan de la bataille gravé dessus. Ce bâtiment était un des deux seuls témoins, avec l'ancien quartier général autrichien, aujourd'hui musée, qui était parvenu jusqu’à nous. ( voici pour la note d'information touristique ! ). Il ressemblait à une ancienne grange et je me plus à croire que mon ancêtre avait posé ses pas ici, avait été soigné ici par cette fameuse autrichienne. Mais des hommes étaient également morts ici, encore une fois pour une cause qui concernait seulement les grands du monde de l'époque. Que de sang versé ! Et on continue toujours aujourd'hui. On utilise la foi des plus faibles et on les envoie se faire tuer, et tuer les autres, au soit disant nom de Dieu, ou quel que soit le nom qu'on lui donne, ou au nom d’intérêts qui les dépassent de toutes façons. Ils obéissent à des intérêts particuliers et politiques de quelques uns, qui se disent ennemis mais qui en fait se connaissent très bien. Qui a dit que les guerres se font au dépend d'une majorité de gens qui ne se connaissent pas et au profit de quelques uns qui se connaissent très bien ? Souvent les intérêts des soi-disant ennemis se rejoignent.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous repartîmes vers Vienne. Je la remerciai pour ce détour dans ce lieu émouvant. Vienne fut une révélation pour moi et je sus tout de suite que la conjonction de mon amour et de cette ville changerait ma vie à tout jamais, quoi qu'il arrive dans l'avenir. Cette tranche de vie resterait exceptionnelle ! Elle me fit découvrir les cafés viennois, les promenades dans les rues à l'architecture baroque et soudain Art Nouveau. Le côtoiement des deux styles ne me gênait pas. Je sentais même confusément que l'un était la continuité naturelle de l'autre à travers les siècles. Vienne et son âme musicale. Parce qu'il ne faut pas oublier la musique, toutes les musiques. Bien sûr, on pense tout de suite à Mozart, Beethoven, Strauss etc... Mais c'est vrai que la musique est partout présente et quand on l’aime comme je peux l’aimer, c'est le paradis. Tout en découvrant la ville, nous continuâmes à bavarder. De nous, de ce que nous aimions. Nous avions les mêmes goûts, les mêmes intérêts dans la vie. S'en était surprenant. Quelquefois l'un de nous commençait à parler d'une chose et l'autre finissait la phrase ou apportait la précision qui manquait, prouvant par là que le sujet était connu. Nous n'en pouvions plus d'être étonnés par cette relation naissante. A travers nos cultures différentes et l'espace, nous réussissions à être exactement sur la même longueur d'onde. Depuis combien de siècles nous connaissions-nous ??? Seules des personnes se connaissant depuis des années pouvaient avoir les conversations que nous tenions, avoir ces regards si complices que la parole n'était finalement plus nécessaire. Je n'avais jamais connu ceci auparavant. Mêmes mes plus belles histoires d'amour passées n'avaient rien de comparables. Dans l'après-midi, nous visitions le Kunsthistorisches Museum et avions décidé de prendre un café à l'intérieur du musée. Assis côte à côte à une petite table ronde en marbre, nous nous absorbions l'un dans l'autre. Ces moments étaient magiques, si remplis d'émotion. Ces premiers moments où l'amour déborde de partout, inonde nos êtres de bonheur. Cela se voyait mais nous n'en avions pas conscience. L'univers tournait autour de nous et nous ne le savions pas. Les premiers moments amoureux sont les plus beaux et je crois que dans une relation appelée à durer, c'est ce que chacun doit essayer de préserver. Surtout quand le quotidien commence à faire son travail de sape, commence à tout user lentement, insidieusement, sans faire de bruit....Attablé à quelques mètres de nous, je remarquai un couple d'une soixantaine d'années. Ils souriaient en nous regardant. Je me souviens surtout de lui, enveloppé dans un grand manteau gris à col de fourrure. Il avait un visage buriné et noble à la fois. Un visage que l'on n'oublie pas. Je m'aperçus que nous étions en train de nous dévisager mutuellement. Moi en me demandant où j'avais déjà vu cette tête, et lui en nous souriant tranquillement, ravi du spectacle que nous lui offrions. Il se pencha vers nous, toujours souriant, et nous dit en français avec un fort accent italien : «&amp;nbsp;Vous êtes très beaux tous les deux, vous êtes superbes. C'est magnifique ce que vous dégagez !&amp;nbsp;» Puis il nous demanda d'où nous venions. Nous lui dîmes qu'elle était autrichienne et moi français. Cela sembla l'enchanter encore davantage. Ce fut une rencontre étrange et sympathique. Nous avons pris cette remarque comme la confirmation que notre histoire devait être particulière, puisque ça se voyait tellement. Mais ce n'était pas ça le plus important. L'amour envahissait tout, nous plongeant à la fois dans le bonheur et la douleur consciente que nous devions bientôt nous quitter une fois encore.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je repartis de Vienne le lundi par le dernier avion du soir comme prévu. Ce week-end avait forgé notre conviction que notre amour ne pouvait que durer. Mais pour en être sûr, nous allions le mettre durement à l'épreuve. La passion, oui ! Mais avec la tête sur les épaules. Je lui avais prouvé, par ma venue en Autriche que je tenais à elle, et qu'elle n'était pas seulement un joli, très joli, souvenir de vacances. Nous nous séparions encore une fois, le coeur gros, mais également rempli de l'espoir d'une vie nouvelle qui s'offrait à nous. Elle me raccompagna à l'aéroport. Avant de partir, elle me rappela qu'elle avait des congés fin octobre, et qu'elle viendrait me voir en France. Cette période jusqu'à la fin de l'année fut la plus difficile à vivre. Nous essayions de nous voir tous les mois, en alternance : une fois je venais, une autre fois c'était elle. Sinon, le téléphone fonctionnait à fond et nous parlions pendant des heures, sans nous lasser. Oh ! Comme France Télécom et Austria Telecom nous aimaient aussi ! Nous n'avons jamais flanché. Jamais nous ne nous sommes dit : «&amp;nbsp; c'est trop compliqué, trop difficile ! Et puis si je regarde à côté de moi, il y a plein de jolies personnes qui pourraient m'aider à oublier...&amp;nbsp;» Les jolies personnes, je ne les voyais pas. Toutes ensembles, elles ne seraient pas arriver à la cheville de cette fille de l'Est. J'étais éperdument amoureux, irrémédiablement amoureux. Je ne savais plus ce que c'était avant de la rencontrer, et ça me tombait dessus sans prévenir. Comme si j'avais gagné le gros lot au loto, mais sans avoir joué. Totalement immoral ! La chance nous a sourit à cette époque, car nos allers et venues correspondaient toujours soit à des jours de congés, soit à des déplacements que je faisais à Paris et, ô coïncidence, elle était à Paris également. Ma mission dans la région parisienne s'était terminée en octobre et j'étais revenu travailler en Bretagne. La séparation avec mon ex compagne et mes déplacements incessants entre Paris et la Bretagne m'avait quelques peu perturbé. Je me retrouvai sans appartement, loger à droite ou à gauche chez des copains, sans lieu fixe et sans trop savoir si je devais prendre un studio ou songer à une future démission pour aller vivre mon amour en Autriche. Mais quoi faire là-bas ? Comment vivre, avec quel métier ? Est-ce que je pourrai vraiment me débrouiller avec mon allemand de cuisine ? Devais-je prendre un appartement plus grand si «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;» devait finalement venir en France ? Toutes ces questions faisaient que, finalement, je ne m'engageais sur rien. Je vivais au jour le jour chez l'un ou l'autre, dans l'attente de la prochaine rencontre. J'allais au travail, rencontrais les copains après, dormais dans une petite chambre, voire un canapé de hasard le soir, récupérais mon fils pour le week-end et recommençais. Bizarrement, je garde peu de souvenirs de cette période où j'étais dans l'attente de la prochaine rencontre. Ce temps passé à attendre ressemblait à une sorte d'hibernation des sens et des sentiments qui explosaient alors quand nous nous rencontrions à nouveau. Fin octobre, nous nous vîmes à Paris. Elle m'attendait déjà, impatiente, dans l'hôtel où j'avais réservé une chambre. Je ne sais combien de temps nous nous sommes tenus, serrés à nous étouffer, pires que des berniques sur un rocher. Rien n'aurait pu passer entre nos deux corps. Je sens encore son souffle sur l'oreille, puis ses lèvres sur les miennes, dures et tendres à la fois, ventouses de plaisirs au goût de miel. Nos mains frôleuses, voleuses, ardentes à attraper toutes les aspérités, toutes les rondeurs, toutes les turgescences qui passaient à leurs portées. Nous nous retrouvions rapidement nus dans la chambre, et si le lit était trop loin, nous nous en passions. Il nous fallait évacuer toutes les tensions concentrées, tous les désirs trop longtemps retenus. Une fois les corps assouvis, nous pouvions enfin reprendre souffle et parler. Nous pouvions nous regarder en silence, nous satisfaire d'être enfin ensemble, et vivre chaque instant en sachant qu'il y en aurait peu jusqu'à la nouvelle séparation. La soirée et la nuit se passèrent à l'hôtel. Le lendemain, les quais de Seine virent passer un couple d'amoureux, comme ils en avaient vu passer des milliers avant nous. Une brume légère nous enveloppa alors pour nous protéger des regards et du monde. Un monde auquel nous n'appartenions plus durant ces quelques heures volées au Bonheur. D'être béats ne nous empêchait pas de parler sérieusement de notre avenir. Sur ces quais, nous décidâmes de nous donner un an. Un an à nous tester mutuellement, à se mettre au défi d'aimer l'autre et de nous voir régulièrement. Au bout d'un an, nous prendrions une décision. La décision ! Nous aimerions-nous encore ? Si oui, pourrons-nous vivre ensemble ? Si oui, dans quel pays vivrions-nous ? En France ? En Autriche ? Ailleurs ? Qui aurait le plus de courage de tout quitter pour l'autre ? On dit la passion aveugle. Notre histoire prouve qu'elle peut également être raisonnée. Qu'elle fait peur cette passion ! Quelquefois je songe que si nous étions définitivement séparés, je ne sais pas comment je pourrais survivre. Rien que l'idée m'angoisse. Mais malgré tout, je préfère vivre une passion plutôt qu'une relation tiède, voire froide et faire semblant d'être heureux et d'être amoureux. De toutes façons, je n'ai pas le choix : elle est en moi.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous passâmes le dernier jour à errer dans les rues de Versailles et dans le parc du château. Il avait souvent abrité mes rêveries et mes nostalgies pendant les mois où je travaillais ici. Notre histoire s'était également consolidée ici. Nous y retournons encore régulièrement, en pèlerinage, et retrouvons les chemins anciens que nous aimions parcourir, épaule contre épaule. Dit comme ça, ça fait un peu «&amp;nbsp;petit vieux&amp;nbsp;». Ce n'est pourtant pas le cas. Nous aimons les couleurs de cette ville, ses restaurants, ses marchés d'antiquaires, ( autre passion que nous avons en commun ), les lumières du soir sur le château. Nous aimons cette ville, sans jamais avoir cependant voulu y vivre. Il ne faut pas confondre tourisme et immigration, comme on dit dans une vieille histoire russe. Vous ne la connaissez pas ? Bon, à l'unanimité, j'ouvre une parenthèse ( Trois nouveaux anges sont au Paradis où ils s'emmerdent royalement sur leur petit nuage. L'un des trois dit aux autres : Qu'est-ce qu'on s'emmerde ici avec notre auréole sur la tête. Il paraît qu'en enfer au moins on s'amuse. Un deuxième dit : Tu te rends compte. Quand même, c'est l'enfer. Le premier : et si on demandait à St Pierre d'aller y faire un tour, juste un petit tour. Les deux autres finalement approuvent et tout le monde va voir St Pierre qui lève les bras au Ciel ( Si on peut dire, vu qu'ils y sont déjà ) Mais vous vous rendez compte mes enfants, l'enfer ! Enfin si c'est votre souhait, mais vous revenez ce soir. Tout les trois sont contents, un peu anxieux mais contents quand même. Ils arrivent à la porte impressionnante de l'enfer, ils frappent et là, un petit diablotin tout marrant vient leur ouvrir en rigolant : Salut les potes ! Venez vous marrer avec nous, bienvenue ! Ils entrent et là, ils voient des filles superbes, des boissons, de la musique. Bref, le paradis ! Ils passent une super journée et s'en retourne le soir comme promis. Le lendemain matin, tous les trois s'en vont voir St Pierre à nouveau et lui demande s'ils ne peuvent pas passer encore une journée en enfer. St Pierre leur dit d'accord après les avoir sermonné pour la forme, et leur demande d'être de retour le soir. Les trois descendent ventre à terre jusqu'à l'enfer et frappent à la porte. Le petit diablotin est là : Salut les potes ! Alors de retour ? Entrez entrez ! Et là ils retrouvent les copines de la veille, encore plus torrides, encore plus de boissons. Bref une journée encore plus belle que la veille. Le soir ils retournent au Paradis, mais leur décision est prise. Ils vont voir St Pierre le lendemain et lui demande d'aller en enfer définitivement. St Pierre a beau argumenté, rien n'y fait. Il leur enlève les auréoles et les trois retournent vers l'enfer en riant d'avance de la belle après-vie qu'ils vont avoir. Arrivés à la porte, ils frappent et le petit diablotin leur ouvre, les saisis par le cou et avec de grands diables rouges, les précipitent dans une marmite d'huile bouillante tout en les touillant avec des fourches ( cliché ! ) Ils crient, ils souffrent, pleurent et disent que c'est une erreur, qu'ils venaient là avant et que c'était pas comme ça. Alors le petit diablotin surgit et dit : attention, il ne faut pas confondre tourisme et immigration ! ) Parenthèse fermée.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» repartit une fois de plus. Nous nous revîmes encore une fois, partageant toujours la même passion l'un pour l'autre. Quelques jours de bonheur et puis à nouveau la dure, la terrible séparation. Arrivèrent enfin les vacances de Noël ! J'avais réussi à décrocher quinze jours de vacances. A peine la dernière journée de travail finie, je sautai dans ma guimbarde et fonçai droit sur Roissy. J'avais compté sans les milliers de vacanciers, qui comme moi, se retrouvaient sur la route. Les bouchons commencèrent vraiment à partir de St Arnoult. Je voyais les minutes et les heures défilées plus vites que les kilomètres. La marge de sécurité que j'avais calculée pour prendre l'avion était en train de fondre comme neige au soleil. Arrivé sur l'A1 qui menait à Roissy, blocage complet. Les avions décollaient au loin, et avec eux, mes espoirs d'en prendre un. J'arrivai péniblement à l'aéroport, trouvai aussitôt une place de parking avec une chance digne d'un cocu. Ce qui me fit penser à lui poser quelques questions sur ses occupations en Autriche..... Une hôtesse me vit arriver en courant vers son guichet. Je stoppai par une glissade périlleuse et lui demandai dans un souffle si l'avion pour Vienne était parti. «&amp;nbsp;Pas encore mais l'embarquement est en train de se terminer&amp;nbsp;» fit-elle en consultant un écran. «&amp;nbsp; Ah, non ! Excusez-moi. Il est terminé !&amp;nbsp;» Et là dessus un grand sourire commercial. «&amp;nbsp;C'est pas possible ! Je dois absolument prendre cet avion ce soir&amp;nbsp;» Je lui fis voir mon billet et mon nom. «&amp;nbsp;En effet, on vous a appelé plusieurs fois ! Désolé !&amp;nbsp;» Je devais avoir l'air totalement catastrophé, car son sourire disparut et je sentis soudain que la notion de service n'était pas morte chez Air France. «&amp;nbsp;Bon je vais voir....&amp;nbsp;» Elle décrocha un téléphone et commença à discuter tout en prenant mon billet et mon passeport. Quelques bribes de la conversation me parvenaient par moment, mais pas suffisamment audibles pour que je puisse comprendre quoi que ce soit. Mon coeur battait comme un fou. «&amp;nbsp; Bagages ?&amp;nbsp;» Je lui montrais mon sac. Encore quelques mots puis elle raccrocha. Elle me regarda droit dans les yeux «&amp;nbsp; Ok ! J'ai vu que vous saviez courir. Moi aussi ! Je suis une ancienne championne d'athlétisme. Alors suivez-moi.&amp;nbsp;» Et là commença une course folle vers les escaliers qui menaient à l'embarquement. Elle me précédait dans le labyrinthe de couloirs, tous semblables, et portait des chaussures plates qui lui permettaient d'avancer à vive allure. Je m'efforçais de ne pas la perdre de vue, bousculant au passage des hommes d'affaires, des familles qui partaient en vacances, des femmes trop élégantes pour être honnêtes, des petits monsieurs à grosses valises, des grosses femmes à petits chiens jacassants... Je traversai ainsi un groupe de bonnes soeurs sud-américaines qui se dispersa brusquement comme une volée de moineaux avec des petits cris effarouchées. M'éloignant du groupe à toutes jambes, je crus reconnaître une insulte en espagnol qui mettait en doute mes capacités viriles. Vous vous rendez compte : des religieuses ! Quel monde ! L'hôtesse me fit franchir une porte vitrée qu'elle avait débloquée grâce à son badge. Avec surprise, je me retrouvai sur le tarmac. Pas de contrôle de police, pas de douanes ! Un jeune homme était là, qui m'attendait en discutant sans arrêt dans un talkie-walkie. Il prit de relais de l'hôtesse que je remerciai rapidement et continuai ma course en croisant des tracteurs à bagages lourdement chargés et des bus remplis de passagers en partance pour le soleil. Mon guide me montra soudain un avion tout blanc, puis me quitta toujours en discutant dans son appareil. Une hôtesse m'attendait au pied de la passerelle, et me fit signe de grimper. Pourvu que ce fût le bon avion et que je ne me retrouve pas Dieu sait où....Mais non ! Ma chance avait été que tous les bagages des passagers n'avaient pas encore été chargés. Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui, avec toutes les consignes de sécurité, on pourrait encore faire ceci. Je m'installai au fond de l'appareil et fermai les yeux en songeant à l'avenir. L'avenir pour moi, se matérialisait en la femme que j'aimais, que je tiendrai bientôt dans mes bras et pour quinze longs jours. Je sentis à peine le décollage. En fait, épuisé par la tension nerveuse des dernières heures, je m'étais endormis. Deux heures plus tard, je vis à travers le hublot que nous survolions Vienne et sa campagne. Il faisait nuit, mais une lumière étrange montait du sol. Une lueur fade, comme une clarté de lune. Il avait neigé et le sol était recouvert d'une cape blanche. C'était magnifique ! En Bretagne, nous n'avons pas trop l'habitude de la neige, et je me réjouissais de voir Vienne et l'Autriche à Noël sous la neige. La seule chose que je ne savais pas était qu'il faisait -13°, et je ne n'avais rien prévu pour ce type de climat, à part une doudoune pour breton, plus faite pour le crachin que pour le blizzard et les grands frimas. Dès la sortie de l'avion, je ressentis comme des piqûres à travers mon léger pull. Qui m'avait poussé dans le congélateur ? Je m'engouffrai rapidement avec les autres passagers dans le hall d'arrivée, regroupés en troupeau comme autant de moutons frileux. Je sortis le premier du hall et vis tout de suite mon amour, plus belle que jamais. La chance était là, insolente, grandiose. Je crus que nous allions nous violer mutuellement sur le sol carrelé de l'aéroport. Savoir que nous avions deux semaines devant nous développait notre ardeur amoureuse. Etait-ce le froid qui provoquait cette raideur sous ma ceinture ? «&amp;nbsp; Si tu te trompes encore de route pour aller chez toi, je t'arrache tous tes vêtements et je te prends comme ça, toute nue, dans la neige.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Des promesses, toujours des promesses&amp;nbsp;» fit-elle en riant et en me mordant l'oreille. Elle ne se trompa pas de chemin, mais je pris conscience tout à coup que l'Autriche était un pays de neige. Des congères énormes, retenues par des barrières de bois tressé, formaient de hauts murs le long des routes. Les phares blancs illuminaient des arbres fantomatiques, figés par le givre, ainsi que des silhouettes de grands cervidés que la faim poussait en lisière des villages. Nous arrivâmes enfin chez elle. Je remarquai que toutes les maisons avaient des décorations de Noël. Des sapins habillés de fausses bougies, de pères Noël délirants et fantasques, de sabots prétentieux pour les gros cadeaux. Et puis il y avait ces petites loupiotes scintillantes. Elles vibraient aux fenêtres dans des candélabres blancs à six branches et exprimaient l'âme et l'ambiance de Noël....Un sentiment confus remonta de mon enfance. Depuis combien de temps n'avais-je pas vraiment fêté Noël ? Qu'est-ce que c'était Noël pour moi, sinon une habitude accaparée par les commerçants ? Je me souvins alors d'un cadeau que j'avais eu tout petit. C'était une boite de légo. Pas tout à fait des légos, mais on pouvait construire des tas de maisons avec. Le couvercle de la boite représentait ce qu'on pouvait faire avec ces petites briques. Il s'agissait d'un village, avec des toits en pentes et une église sous une fausse neige. Le tout éclairé de l'intérieur par une lumière douce. Cette image me ravissait. Elle représentait Noël. Comme un Noël allemand disait-on. Soudain, je me retrouvai dans cette image de mon enfance. Je me retrouvais projeter dans ce décor. Cette évidence subite me prit à la gorge et j'étouffai brusquement un sanglot. «&amp;nbsp;Ca va ?&amp;nbsp;» me fit-elle soudain inquiète. J'essuyai une larme déjà gelée d'un revers de manche en souriant. «&amp;nbsp; Oui, ça va ! Je suis heureux. Simplement heureux.....&amp;nbsp;».&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous passâmes Noël dans sa famille. Je découvris alors la cuisine autrichienne, où se mêlaient également des plats tchèques et hongrois. Les schnitzels, sortes d'escalopes panées, les knödel, boules de pains et de pommes de terres cuites. Et puis les desserts, des plus traditionnels comme l'Apfelstrudel, gâteau aux pommes avec pleins de choses qui ne font pas grossir, comme le sucre, la farine, le beurre, les noix et les raisins au rhum, jusqu'aux plus farfelus, montagnes de crèmes de toutes les couleurs et de pâtes d'amande, aux noms imprononçables. Le tout arrosé de bière ( Pilsen ) par litres, et de vin local. Les assiettes étaient monumentales, remplies à ras bord, et recomplêtées dès que quelques centimètres carrés de faïence apparaissaient sous la nourriture. Je n'en pouvais plus de manger. Les journées passaient ensuite en discussions incompréhensibles pour moi. Tout le monde parlait un patois que je ne comprenais pas et «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;» faisait la traduction. Elle me demandait pourquoi, moi qui avait appris l’allemand à l’école, je n’arrivais pas à parler. Je lui répondis que je ne comprenais pas leur langue et que pour moi ce n’était pas l’allemand que j’avais appris. C’était comme si on me parlait dans une langue et que je devais répondre dans une autre. La gymnastique devenait trop difficile. Je passais donc les heures à m’ennuyer et n’avais qu'une envie : me retrouver dans la chambre de mon amour et évacuer toutes ces calories en faisant des simulacres de reproduction pendant des heures. L'exercice physique. Il n'y a rien de tel. Le problème, quand on mange trop, c'est justement d'avoir du mal à se remuer. La nuit qui suivit le festin de Noël fut un fiasco total, physiquement parlant. Le drapeau était en berne et caché par mon petit ventre rebondi par trop de bonnes choses. Si je devais vivre ici un jour, sûr qu'on m'appellerait «&amp;nbsp;mon gros&amp;nbsp;» au bout de quelques semaines. La bouffe est une arme terrible : méfiance ! Les jours passaient et les invitations se succédaient, toujours plus gavantes les unes que les autres. «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» n'en pouvait plus non plus également, et d'un commun accord, nous décidâmes de prendre le large et de passer le nouvel an ailleurs. Nous ne fumes pas long à tomber d'accord sur Prague. En décembre 1992, la Tchécoslovaquie préparait sa scission. La République Tchèque d'un côté, et la Slovaquie de l'autre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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