<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> <?xml-stylesheet type="text/xsl" href="/rss20.xsl" media="screen"?> <rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0"> <channel> <title>Odamafemme - 5_chambre_avec_vue_l_integration</title> <description>journal souvenirs photos écriture romans littérature</description> <link>http://odamafemme.blogspirit.com/5_chambre_avec_vue_l_integration/</link> <lastBuildDate>Mon,  8 Sep 2008 05:42:03 +0200</lastBuildDate> <generator>blogSpirit.com</generator> <copyright>All Rights Reserved</copyright>  <item> <guid isPermaLink="true">http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2005/11/29/chapitre-5-l-integration.html</guid> <title>Chapitre 5 : L'intégration</title> <link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2005/11/29/chapitre-5-l-integration.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>   <category>5 Chambre avec vue : L'intégration</category>   <pubDate>Tue, 29 Nov 2005 18:25:00 +0100</pubDate> <description> &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_r1993bsepia.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le mois de juillet passa dans un bonheur relatif et frustrant. Je partais le soir après le travail et faisait les 80 kms qui me séparaient &quot;d'elle&quot;. Nous sortions le soir quand elle pouvait se libérer de la contrainte de ses élèves. Son travail était plutôt tranquille. Quelquefois un élève faisait une fugue pour une nuit, ou se saoulait un peu plus que de coutume et faisait un peu de grabuge qui nécessitait une intervention. Il arrivait que l'un deux finisse à l'hôpital pour une blessure. Rien de grave en général. Cela nous permettait d'avoir nos soirées, et nos nuits, pour nous tous seuls. Nous tentions d'être discrets sous le toit de mes parents mais avec beaucoup de difficultés. Je me levais très tôt le matin après de petites nuits pour refaire le chemin inverse et entamer une journée de travail. Il m'arrivait de croiser mon père qui me faisait remarquer en rigolant que j'avais l'air très fatigué. &quot;C'est le fait de faire la route, papa !&quot; Ce qui le faisait rigoler davantage. Un week end arriva enfin et je pus emmener ma dulcinée dans notre appartement. J'angoissais à l'idée de connaître sa réaction. Elle n’était pas habituée à notre architecture et le quartier lui sembla exotique. Il lui plaisait. Je lui racontai toutes les autres visites que j'avais pu faire avant de trouver cet appartement. Arrivé sur le palier, je poussai la porte et la laissai entrer. Elle fit le tour en quelques secondes, sans dire un mot. Puis elle revint vers moi et mit ces bras autour de mon cou pour m'embrasser. &quot;C'est très bien&quot;. Je savais qu'elle disait ça par gentillesse. Quel changement avec sa maison de plus de 100 mètres carrés. Je la ferai vivre dans un petit deux pièces. &quot; Je me fiche de l'endroit où je vis, du moment que c'est avec toi.&quot; Elle ne pouvait rien dire de plus beau et je n'ajoutai rien non plus, trop ému pour dire quoi que ce soit. Elle prit ma main et m'entraîna vers le lit tout proche. J'avais tellement rêvé de ce moment, faire l’amour chez nous, et l'avais tellement imaginer que je ne pus faire grand chose ce jour-là. Le soir, je lui fis découvrir la ville. Des sondages de journaux en mal de nouvelles, montraient que cette ville était parmi les dix villes dont la qualité de vie était la meilleure en France. C’est vrai que c’était agréable. Nous parcourûmes les rues de la vieille ville, les maisons à colombages de la fin du moyen age, les immeubles XVIIIème. Nos pas foulaient les pavés plusieurs fois centenaires et nous errions en amoureux dans les labyrinthes des petites rues où des échoppes faussement moyenâgeuses proposaient tous les échantillonnages de la mode à la française. Je voyais bien que la tentation était là et que le fait de vivre en France l’émerveillait. J’en était heureux et rassuré pour elle. Je lui fis donc voir les magasins, les restaurants, les bars, les parcs…Tout ce qui faisait que cette ville était agréable. Qu’elle chance elle avait&amp;nbsp;! J’aurai pu vivre à Vesoul ou Vierzon ou n’importe quelle ville d’une banlieue sinistre. Je crois que notre histoire aurait sans doute tourné différemment. Elle paraissait enchantée. La première impression était bonne, même s’il y avait un effet de nouveauté. Et puis nous étions ensembles. Ses yeux riaient, son visage s’épanouissait. C’en était un bonheur et une bonne surprise pour moi de la voir si enthousiaste. L’autre surprise était un voyage. J’avais mis le reste de mes économies dans un séjour en Irlande. Juste quelques jours, mais suffisants pour se dépayser complètement. Je savais qu’elle apprécierait de se retrouver plonger dans un milieu anglophone et l’Irlande nous faisait rêver tous les deux. Cela faisait partie des rêves que je commençais à réaliser grâce à elle. Elle était un moteur fabuleux et tout me paraissait facile à réaliser désormais. J’avais beaucoup voyagé quelques années plus tôt mais, assez bizarrement, l’Irlande me paraissait inaccessible. J’aimais tout de ce pays&amp;nbsp;: la musique d’abord, dont j’étais fou, et dont je ne ratais aucun concert à l’époque quand un groupe passait dans la région. La culture celtique, proche de la nôtre en Bretagne, le caractère bien trempé et entier des irlandais que j’avais côtoyés jusque là, les paysages que j’imaginais en voyant des photos et l’envie de voir cette lumière continuellement changeante dont me parlait ceux qui revenait de là-bas. Ils avaient tous des étoiles dans les yeux. Des étoiles si brillantes que je ne pouvais qu’avoir envie de m’y rendre un jour. Un jour et quel jour&amp;nbsp;! J’aimais aussi la littérature irlandaise avec James Joyce, et la littérature qui parlait de l’Irlande, comme les romans de Michel Déon ( un taxi mauve, les poneys sauvages ). Enfin et pour terminer, je ne crachais pas sur un bon Paddy ou un Jameson de temps en temps, et la Guinness était mon amie. Entre autre. Donc ce voyage fut un moyen de réaliser un rêve, d’autant plus qu’il était partagé avec un être que j’aimais profondément.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je ne ferai pas un guide touristique de l’Irlande. Il faut y aller, c’est tout. Les paysages étaient au-delà de ce que j’imaginais, la lumière magique et capricieuse. Je revois les nuages voler au dessus des pentes arides des Twelve Bens, ces montagnes du Connemara, en autant de tourbillons d’ombres pourpres sur les herbes rases. Je revois la plage en croissant de lune de Roundstones quand nous sommes sortis au petit matin de la ferme B and B où nous avions dormis. Je me souviens pour toute ma vie de la soirée dans le temple sacrée de la musique irlandaise à Doolin. Il s’agissait bien évidemment d’un pub irlandais, très ancien et d’où avaient joué la plupart des grands groupes de musique irlandaise des années 60 et 70 comme Bothy Band, Planxty, les Chieftains et j’en passe. Son prestige drainait toute une foule d’amateurs et de curieux mais également les gens du coin. Assis devant moi se trouvait un irlandais d’une trentaine d’année, au visage anguleux et rouflaquettes rousses sur les joues. Visiblement habitué des lieux, il était accompagné de sa femme et de nombreux enfants, la plupart en bas age. Il avait fermé les yeux et écoutait religieusement le groupe qui se démenait dans un coin de la salle. Seul un léger sourire montrait sa béatitude. Des notes démoniaques sortaient du Uillan pipe et couraient après l’archet en folie du violon. Nous étions dans le Saint des Saint et j’étais arrivé à destination après tant d’années, au bout de mon rêve. Je n’étais pas déçu. La réalité était plus belle encore que tout ce que j’avais imaginé. Quelque part, je devais ces instants à mon amour. Elle catalysait le Bonheur.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Notre escapade nous mena tout le long de la côte ouest, du Kerry jusqu’au Connemara en passant par le comté Clare et les falaises de Muire. Nous fîmes une traversée d’ouest en est vers Dublin, puis ce fut le retour en France où la rentrée nous attendait.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les premiers jours dans notre appartement furent très prenants. Nous étions occupés par les multiples arrangements, décorations et achats divers qui devaient lui donner une âme. Nous étions heureux de vivre dans un dénuement quasi-total. Pas de four pour faire la cuisine, juste une plaque de cuisson posée au-dessus du frigo. J’avais récupéré un placard de cuisine, une immense table en chêne bien trop grande pour la petite cuisine, quelques chaises désapairées. Nous prenions nos marques peu à peu. Le tout dans un bonheur parfait. L’amour était partout, dans chaque mot, dans chaque geste, chaque sourire, chaque non-dit était chargé de tout ce qui n’était pas exprimable parce que les mots n’existaient pas pour dire tout ce que nous ressentions. Cela était du domaine du spirituel, de l’indicible, de l’évanescent, du non tangible, du presque rien, du cosmique. Un regard en disait plus long que n’importe quel poème épique plus conséquent que l’Iliade et l’Odyssée réunis. L’amour parfait est proche du silence absolu.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous n’avions pas non plus de machine à laver. Nous découvrîmes ainsi les joies du lavomatique en même temps que je lui faisais prendre goût à la recette du kir à la mûre dans le bistro du coin, tandis que tournait notre lessive. Les crêpes bretonnes lui inspirèrent quelques recettes surprenantes que nous expérimentions en riant les jours de vache maigre. Ce n’était pas Germinal mais ce n’était pas non plus Rothschild and Co. J’avais repris le boulot et je revenais sans traîner vers 17 heures. Le repas était prêt. A 17 heures. N’ayant pas l’habitude de dîner si tôt, cela me parut curieux. La première fois je n’osais rien dire. Il se trouvait que j’avais déjeuné assez tard ce jour-là et copieusement à cause de ma très grande faim. Bref, j’étais encore en pleine digestion. Je me mis à table et lui fis part de mon plaisir avec force borborygmes de satisfaction et autres mimiques souriantes qui signifiaient mon plaisir de goûter la multitude de petits plats qu’elle avait eu tout le loisir de préparer durant la journée. Les joues gonflées à n’en plus pouvoir, je lui affirmais que c’était délicieux, superbe. Elle était si contente de me voir apprécier sa cuisine qu’elle me resservait à nouveau de la goulasch de poulet au paprika qu’accompagnaient quelques conséquents knödel avec du riz. Proche de l’explosion, je réussis à esquiver une troisième assiette. Le deuxième soir, à peine arrivé, je vis les assiettes sur la table et les casseroles prêtes à déverser les kilos de nourritures qu’elles contenaient. «&amp;nbsp;Ce n’est pas un peu tôt pour dîner&amp;nbsp;?..... Mon amour&amp;nbsp;?.....&amp;nbsp;» Osais-je dire. «&amp;nbsp;Non&amp;nbsp;! Pourquoi&amp;nbsp;? C’est la bonne heure en Autriche.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;C’est que…en France…on ne dîne pas aussi tôt tu sais. Plutôt vers 19 ou 20 heures. Guère plus tôt…&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Mais tu veux me faire mourir de faim alors&amp;nbsp;???&amp;nbsp;» S’écria-t-elle. «&amp;nbsp; Je n’ai pas encore mangé aujourd’hui&amp;nbsp;» Bien sûr, ce fut la surprise. En Autriche, elle déjeunais légèrement d’une tartine le midi et dînait vers les 17 heures. Habitude qu’elle avait amenée avec elle. Je vis alors poindre pour la première un conflit inter culturel. Elle venait avec ses habitudes et la ferme intention de ne pas y renoncer. J’avais les miennes et pas trop envie de les abandonner. Chez nous on prenait un petit déjeuner le matin, un bon déjeuner vers midi, une heure ….le midi…et on dînait le soir tranquille vers 20 heures. Ca risquait de me poser des problèmes et je ne me voyais pas finir un bon déjeuner avec des clients vers 15 heures pour enchaîner aussitôt après sur le dîner. Et puis elle pratiquait la cuisine autrichienne. C'est-à-dire une cuisine conséquente, compacte, calorique, copieuse. De la bouffe faite pour résister au dur climat des pays de l’Est. Parce qu’il en fallait des calories pour survivre aux frimas des longs hivers de ce pays de neige et de glace. On y avait inventé le gras double et on y pratiquait la politique du lard de cochon à toutes les sauces ( avec de la crème fraîche 50 % de matière grasse de préférence ) des pommes de terres aux oignons avec sa louche de beurre fondu. Je pris quinze kilos en toute simplicité, et en quelques mois. Je débordais de mes vêtements. Les ouvertures de mes chemises faisaient des parenthèses autour de mon ventre et certains boutons, psychiquement plus fragiles que d’autres, avaient déclaré forfait en se décrochant du tissu pour se laisser choir misérablement sur le sol. Dans le miroir je voyais mes fesses gonfler outrageusement des pantalons dont les coutures menaçaient de céder. Toute ma garde robe hurlait «&amp;nbsp;Régime&amp;nbsp;! » à tue tête. Il fallait que je me prenne en main. Finies les bouffes monstrueuses, les petits Nuts du soir, toutes ces sucreries mises amoureusement à disposition et si tentantes. Le premier jogging que je fis me transforma rapidement en machine à vapeur poussive, suante, hululante, et d’un joli rouge tirant sur le carmin vif. La tâche que j’avais devant moi pour perdre toutes les calories que j’avais emmagasinées depuis des mois me parut insurmontable. Mon moral en pris un sérieux coup. Il fallait s’y prendre autrement. Les nuts du soir furent supprimés, ainsi que la bière. Le résultat ne se fit pas attendre&amp;nbsp;: je réussis à perdre ( toujours avec force jogging ) 5 kilos qui me suffirent pour fermer la ceinture de mes pantalons. Comme quoi pour maigrir un tant soit peu, je me permettrai un conseil&amp;nbsp;et qui marche: supprimer le jaja et les sucreries&amp;nbsp;! C’est la première des choses à faire. Bon, je n’ai jamais réussi tout à fait à retrouver ma ligne de jeune fille, mais je peux encore me regarder dans une glace sans m’appeler bouboule. Toujours est-il que je constatais au bout de quelques temps, que la vie à deux n’était pas si paradisiaque. Surtout, mon amour s’ennuyait dans la journée en m’attendant. Les quelques tentatives pour trouver du travail s’étaient soldés par des échecs. L’Autriche a cette époque n’était pas encore dans l’Union Européenne et «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;» était considérée comme une clandestine. La situation allait devenir bientôt très critique.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les jours passaient et nous commencions à prendre nos marques l’un par rapport à l’autre. J’avais une culture typiquement française, nourrie entre autre dans ma génération par la télévision, la radio, les pubs, les histoires de Coluche et tout son humour qui avait modifié notre langage. Je sentais bien que de temps en temps, «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;» ne captait pas les choses et que mes blagues tombaient à plat. Alors je lui expliquais, mais comment expliquer trente ans de comportement, de clichés, de vocabulaire que tout français comprendrait et interpréterait correctement aussitôt. De mon côté, je me heurtais à sa culture, ses manies, ses coutumes, sa façon de prononcer également. Je me souviens que lors d’un Trivial Pursuit, nous nous étions engueulés, peut-être l’une des premières fois, à propos du nom du héros de l’Iliade et de l’Odyssée qu’il fallait trouver. Réponse&amp;nbsp;? Ulysse, bien sûr. Et elle me répondait invariablement et en s’énervant de plus en plus&amp;nbsp;: Odysseus&amp;nbsp;! «&amp;nbsp;Non&amp;nbsp;», lui disais-je. «&amp;nbsp;Le nom du héros principal. C’est l’Odyssée effectivement, mais le héros&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Odysseus&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Et ça a duré un petit moment avant que je lui dise&amp;nbsp;:&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Ulysse&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Connaît pas. En allemand, il s’appelle Odysseus&amp;nbsp;» dit-elle vexée. Le jeu se termina là dessus. Encore un choc des cultures. Comment pouvions nous savoir que le même personnage portait un nom différent dans nos langues respectives&amp;nbsp;? Et c’est un exemple parmi d’autres. (Juste une anecdote au passage&amp;nbsp;: même mon correcteur d’orthographe automatique ne connaît pas Odysseus, et me le souligne rageusement d’un trait rouge bien épais. Connard&amp;nbsp;!)&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Autre choc des cultures&amp;nbsp;: l’argot. Je dus lui enseigner la langue verte après qu’un soir elle me demanda&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; qu’est-ce que ça veut dire sauter&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Je lui dis que ça voulait dire faire un bond au dessus de quelque chose, par exemple, franchir un obstacle en faisant un grand pas, un saut quoi.&amp;nbsp;» Elle ne dit rien pendant un moment puis&amp;nbsp;:&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Ca ne va pas. Je ne vois pas pourquoi quelqu’un voudrait me sauter. Je ne suis pas un obstacle.&amp;nbsp;» &amp;nbsp; Je devins verdâtre, et d’une voix glaciale et sévère lui demandai où et qui lui avait dit ça. « Dans la rue, un garçon en passant. J’ai pas compris….&amp;nbsp;» Après avoir fini de rire, je commençais à lui expliquer ce qu’était la langue verte, le langage populaire, l’argot et que c’était très éloigné de ce qu’elle avait appris et qu’elle enseignait dans son école. Mais c’était pour qu’elle comprenne ce qu’on lui disait et pas pour s’en servir. Tu parles maintenant qu’elle l’utilise et le manipule comme tout le monde. Seulement cela a beaucoup plus d’impact à cause de son accent autrichien, et les gens qui l‘entende restent souvent dubitatifs.&lt;br /&gt; Bref, le temps filait. Mais je sentais que mon amour s’ennuyait et avait besoin d’activité. Dès que je pouvais, je la sortais le soir, au cinéma, au restaurant. J’avais acheté une petite télé et pris un abonnement au câble, comme dans la chanson de Souchon ( Tailler la zone ) pour qu’elle voit autre choses que les quatre murs de notre petit appartement et ne s’ennuie pas trop. En fait, il fallait qu’elle travaille. En tant que professeur d’anglais et de français chez elle, je pensais qu’elle aurait pu trouver un poste dans un établissement privé, ou comme interprète, ou traductrice. Quelque chose dans sa branche. Elle avait de bons diplômes et il existait certainement des équivalences. Sans compter son expérience. Il devait exister des accords entre pays quand même qui permettait de travailler dans certains domaines comme les langues. Je l’aidais à faire des lettres, des CV que l’on envoyait à toutes les boites que l’on pouvait trouver dans les pages jaunes, ou que l’on découvrait au cours de nos visites en ville. Elle réussit à décrocher des entretiens, mais souvent les gens cherchaient un prof d’allemand. «&amp;nbsp;Mais vous parlez allemand, mademoiselle&amp;nbsp;» «&amp;nbsp; Bien sûr, c’est ma langue maternelle, mais je ne l’enseigne pas. Il me faudrait entièrement la réapprendre pour l’enseigner. Par contre je suis prof d’anglais.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Ah bon&amp;nbsp;? On parle anglais en Autriche&amp;nbsp;? Et vous l’enseignez&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» «Vous avez bien des français qui enseignent l’anglais, non&amp;nbsp;? Pourquoi pas en Autriche&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» C’était le genre de discours qu’elle entendait et qui la mettait en rage quand elle revenait. «&amp;nbsp;Je parle anglais mieux que n’importe quel petit profaillon français de putain de merde&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» hurlait-elle. Mes cours d’argot commençaient à porter ses fruits.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Un soir, je rentrai du travail comme d’habitude mais trouvait l’appartement très tranquille. Pas un bruit. Généralement, il y avait toujours la radio ou la télé qui marchait ou bien un disque sur la chaîne. Une ambiance gaie et agréable. Je posai ma veste et m’aperçus qu’elle était allongée sur le lit, en silence, le regard dans le vague. Elle tourna ses yeux vers moi et je vis aussitôt les larmes coulées. Son menton tremblait. Les pleurs s’amplifièrent jusqu’à la crise de larmes totale. Je m’assis à ses côtés et la pris dans mes bras pour la réconforter. J’étais complètement perdu, ne sachant quoi faire. La crise passa enfin et, entre deux hoquets, elle réussit à me dire que le pécule qu’elle avait apporté avec elle avait fondu et qu’elle n’avait plus rien. Je la rassurai en lui disant que je travaillais et que, même si mon salaire n’était pas mirobolant ( surtout bouffé par la pension alimentaire que mon ex m’avait réclamée), cela nous permettait quand même de vivre tous les deux. «&amp;nbsp;Je n’arrive pas à trouver de travail&amp;nbsp;» fit-elle. «&amp;nbsp;Tu finiras par en trouver&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;non parce que je n’ai pas de carte de séjour, et pour avoir une carte de séjour me permettant de travailler, il faut trouver un employeur qui me promette un emploi et paye les droits pour la carte. Et ça je ne trouve pas. Il faut la carte pour travailler et il faut travailler pour avoir la carte. On tourne en rond&amp;nbsp;» cria-t-elle dans un nouvel accès de larmes. Elle avait raison. Dis comme ça, le problème était clair, et insoluble. Nous étions allés à la préfecture, maintes fois, et toujours nous nous étions heurtés au refus de moins en moins courtois d’un petit chef de bureau, que nous appellerons Lempereur pour ne pas le nommer. Il voulait de plus en plus de documents pour lui octroyer une carte de séjour. Je ne compte plus les allers retours à la Préfecture, les courriers entre les administrations en Autriche et en France, toutes les copies certifiées qu’elle dût produire, les adresses bidons ou obsolètes où on l’envoyait. Enfin, elle obtint une carte provisoire, mais qui lui interdisait toute activité professionnelle sur le territoire français&amp;nbsp;! Nous étions dans l’absurde le plus complet. Ce gars là nous avait dans le nez et nous ne savions pas pourquoi. Une amie anglaise avait eu sa carte sans problème en arrivant et avait enseigné très rapidement. Une entreprise avait proposé à mon amour du travail car elle était très intéressée par ses compétences linguistiques, mais pas moyen de décider le patron de faire un geste pour obtenir cette foutue carte.&lt;br /&gt; On en était là, et je sentais bien que l’avenir était compromis pour nous deux si elle ne travaillait pas. Inconsciemment, je me doutais depuis longtemps que ce serait un gros problème, mais pas aussi tôt. Pas maintenant. Pas déjà.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Heureusement les vacances d’hiver approchaient. Je savais qu’elle voudrait retourner à Vienne pour Noël, voir sa mère, sa famille, et se ressourcer dans l’atmosphère de son pays pendant les fêtes de fin d’année. Ma crainte était cependant qu’elle ne veuille pas revenir avec moi à la fin des vacances. Par découragement de ce qui l’attendait en France. J’étais près à l’admettre, la mort dans l’âme. Nous n’en n’avions jamais parlé, mais je sentais bien que cette inactivité la pesait. Sans compter nos conditions de vie pas vraiment luxueuses. Nous avions projeté de partir en Autriche en voiture. Deux jours de voyage. Comme nous n’avions pas trop d’argent, je préférai éviter les péages ruineux, et prendre les nationales. J’avais bien étudié la carte et repéré le trajet le plus court. 1800 kilomètres jusqu’à Vienne, puis encore soixante jusqu’au village où habitait sa mère près de la frontière slovaque. En plein mois de décembre, partir là-bas tenait du pari car les conditions météorologiques pouvaient soudainement devenir cauchemardesques. La neige, les congères, la circulation bloquée et les bouchons monstrueux sur les routes dont on ne pouvait, plus sortir et retenaient prisonniers des milliers d’automobilistes dans l’attente de secours. Connaissant un peu les autoroutes allemandes et les sachant dangereuses et facilement engorgées dès qu’il y avait un problème, j’avais été jusqu’à étudier les possibilités de sorties d’autoroutes pour trouver des itinéraires bis au fur et à mesures qu’on avancerait. Tous les cinquante kilomètres se profilaient une nouvelle possibilité de se dégager du cauchemar le cas échéant. Je comptais sur «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;» pour écouter les infos routes et apprécier, en fonction du temps ou des accidents devant nous, s’il convenait de sortir et de rouler sur les nationales. Finalement le voyage se passa sans trop de problème. Je déteste conduire en Allemagne. Les conducteurs à grosses voitures, la majorité, t’arrive par derrière à toute allure et freine comme des malades au dernier moment, au risque de te catapulter sur la voie d’en face. On se demande quelquefois s’ils n’ont pas envie de faire un flipper géant, avec toi en tant que boule. Il restait deux cent kilomètres avant la frontière autrichienne et assez bizarrement, le fait de franchir cette frontière me rassurait et me faisait dire que plus rien ne pouvait nous arriver. C’était ridicule et malgré tout, je crois toujours à ça encore maintenant quand nous allons à Vienne. Et jusqu’à présent cela s’est toujours vérifié. A partir du moment où nous sommes en Autriche. Je me sens rassuré. Nous avions franchi la frontière française au matin après une petite nuit près d’Haguenau et je roulais depuis lors dans une circulation très dense. Tout le nord de l’Europe partait en vacances en même temps pour aller faire du ski dans le Tyrol ou Dieu sait où pour nous emmerder sur la route. La nuit était vite tombée et les risques de neige infimes. Je commençai à être fatigué mais le plus difficile avait été fait à mon avis. Encore quatre à cinq heures de route et enfin la délivrance, le petit lit douillet, la bière bien fraîche dans une grande chope. Je vis l’explosion de la voiture à trente mètres devant moi sur la voie d’en face. Une boule de feu énorme, entourée d’escarbilles de métal fondu, fonçait vers nous à travers la maigre végétation qui séparait les deux routes. Ce qui devait être le bloc moteur était monté dans le ciel comme un astéroïde et décrivait une trajectoire qui ne me plaisait pas. «&amp;nbsp;Ne pas freiner, accélérer pour passer avant que le moteur retombe sur le macadam, pied au plancher, ne pas freiner, tu peux passer avant qu’il ne retombe, tu peux passer, ne pas freiner.&amp;nbsp;» Dis comme ça, ça parait long. En fait cela correspond peut-être à trois ou quatre secondes. Je vis dans mon rétroviseur la carcasse de métal s’écraser derrière nous dans une gerbe rouge qui illumina tout le ciel et la base de arbres le long de la route. Les phares des voitures à l’arrière se croisaient dans tous les sens, et balayaient toute la route et les bas côtés. Aucun son ne nous parvenait, aucun fracas. Mais plus aucune voiture ne nous suivait à présent, alors que sur la voie d’en face se formait un bouchon qui s’amplifiait plus rapidement que la vitesse qui nous éloignait du lieu de l’accident. Je ne rêvais plus à la bière qui nous attendait ni au lit chaud et profond. Je pensais que nous étions vivants et que nous étions peu de choses. «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» n’avait pas tout vu et c’était mieux ainsi. Nous avons croisé deux autres scènes d’accident cette nuit-là. J’avais levé le pied et préférais que nous arrivions entier chez elle. Ce n’était pas le genre de voyage qui l’inciterait à revenir avec moi en France. Une neige fine commença à tomber alors que nous arrivions devant la maison de sa mère. J’avais rempli ma mission et n’avais plus qu’une envie&amp;nbsp;: dormir. Après une bonne bière&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Une lumière éblouissante m’éveilla au matin. Une lumière blanche, froide, qui semblait venir de partout à la fois et écrasait tout relief dans la chambre. Plus personne à mes côtés. Je me levai et ouvris le store. Le jardin et toute la rue avaient disparu sous une épaisse croûte de sucre glace. Quarante centimètres, peut-être cinquante. J’ouvris la fenêtre et constatai que le rebord de la fenêtre avait été moulé en creux par la neige. Un froid vif et glacial me transperça. Je refermai aussitôt. Tout le paysage étincelait sous la neige. Plus un bruit, plus un seul oiseau. Les corbeaux venus de Russie avaient disparu également. L’hiver avait figé tout l’univers dans un décor de carte postale de Noël. Un soleil bas mais intense faisait miroité chaque branche d’arbre givrée et le rebords des toits regorgeaient de cascades statufiées dans leurs chutes. Tout était blanc de neige, tout était beau, tout était froid. Le pays fut paralysé pendant cinq jours. Plus de route, ni de trains. Pas moyen de se déplacer nulle part. Nous avions traversé une bonne partie du continent, d’ouest en est pour se retrouver bloqué par la neige dans ce trou perdu au milieu de l’Europe. J’enrageai de ne pas pouvoir aller à Vienne, et peut-être de ne même pas peut-être pouvoir repartir en France tout simplement. Du moins pas de sitôt. Je me vengeais sur la bière et la bouffe. Quelquefois, nous tentions une promenade dans des horizons immaculés. Je voyais des cerfs et des daims se risquer aux abords de la forêt et mordiller les écorces des arbres que le gel n’avait pas encore fendus. Les températures avoisinaient les -22°, et les ballades ne pouvaient pas durer longtemps. Nous étions bien couverts, emmitouflés dans des énormes doudounes, caleçons longs et chapkas russes en lapin véritable. Nous avions l’impression d’avoir chaud mais au bout de trente minutes, le froid nous prenait d’un seul coup, sans prévenir. Il fallait alors rentrer sans tarder, ne pas penser que nous commencions seulement à avoir un peu froid et que nous rentrerions plus tard. Plus tard serait déjà trop tard. Nous revenions par les vignobles déserts et fantomatiques, abrités du vent sibérien par la colline qui descendait vers le village. Les ceps de vigne émergeaient de la neige comme de sinistres croix noires et ressemblaient à quelques ossements sortis de leurs tombes. Enfin arrivaient les premiers pavés du village et nous pouvions être rassuré de pouvoir nous abriter dans une maison amie si nous ne pouvions plus continuer plus loin. Une fois arrivée chez «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;», la chaleur nous saisissait et je sentais ma peau brûler et devenir écarlate. S’en était une souffrance pendant plusieurs minutes.&lt;br /&gt; Ma belle était dans son élément. Je l’observais. Elle était joviale, heureuse, retrouvant ses habitudes de fille de l’Est. Je constatais que cela lui faisait beaucoup de bien de se retrouver chez elle, parmi les siens. J’étais content pour elle et en même temps, je m’inquiétais de sa décision à la fin du séjour. Je me préparais psychiquement à devoir rentrer tout seul. Quand sa mère lui demandait comment ça se passait en France, elle éludait la question, restait dans le vague. Sa mère n’était pas dupe et en profitait pour balancer des tas de conneries sur la France et les français. «&amp;nbsp;Restons calme ou je lui fais une reconstitution de la bataille de Wagram.&amp;nbsp;» Au bout des cinq jours, nous vîmes des chasses neige déblayer la rue et un radoucissement nous permit d’aller faire un tour à Vienne tous les deux. Je n’attendais que ça. Etre enfin seul avec mon amour. Dans le train qui nous emmenait, elle se blottit contre moi et posa sa tête contre mon épaule. «&amp;nbsp;Ah enfin tous les deux, vivement que l’on retourne en France, j’en ai marre de ma mère et de la vie ici. Je ne sais pas comment j’ai fait pour vivre comme ça pendant des années.&amp;nbsp;» Et elle s’endormit contre moi, bercée par le roulis du wagon et engourdie par la douce chaleur qui y régnait. Je ne répondis pas. Je ne le pus pas. En une phrase, sans rien lui avoir demandé, elle avait répondu à plusieurs semaines de questions et d’angoisse. Je ne ferai pas le chemin du retour tout seul. Nous arrivâmes à Vienne et je retrouvai avec plaisir la ville. Ce fut une belle journée pleine de rires et d’amour. Nous nous amusions d’un rien, balancions de la neige du haut d’un balcon sur les passants au dessous, faisions des glissades sur les plaques de glace dans le château de la Hofburg. Nous nous comportions comme des gamins. Surtout moi en fait. Libéré que j’étais du poids de mes questionnements sur notre avenir, je retrouvais les blagues bêtes de mon enfance et faisais les pires pitreries pour l’amuser et la faire rire. J’aime tellement son rire et ses petites rides au coin des yeux. Elles font partie des premières images que j’ai vues d’elle et qui m’ont charmées pour la vie.&lt;br /&gt; Nous arrivâmes rapidement à la fin du séjour et il fallut se décider à rentrer. La veille du départ, la mère de ma belle avait préparé mille choses à emporter. Je ne savais plus où mettre tout ce qu’ils voulaient que nous emportions et ma voiture était trop petite pour tout prendre. J’eus beau multiplier mes objections, rien n’y fit et il fallut tout emmener. Enfin, avec beaucoup d’astuces et un sens du rangement que je ne me connaissais pas, je réussis à tout caser&amp;nbsp;: les vingt kilos de café, les trois kilos de lard, les multiples pots de confitures (très bonnes du reste) et tous les cadeaux que mon amour avait reçu pour Noël et qui iraient largement remplir une armoire à eux seuls. Nous partîmes de bonne heure un matin. Il faisait glacial mais pas de neige de prévu. Les sandwichs étaient près, le thermos de café également. Le moteur démarra au quart de tour. C’était parti pour quarante huit heures de périples où tout pouvait arriver, même le meilleur. La route se passa bien jusqu’à Salzbourg, mais dès que nous eûmes franchi la frontière allemande, se fut le bazar le plus total. La circulation que nous avions rencontrée à l’aller, nous la retrouvions au retour. Tout le monde rentrait en même temps des vacances. Des bouchons sans fins bloquaient les autoroutes allemandes. Nous ne savions plus par où passer pour pouvoir avancer. Finalement, nous traversâmes l’Allemagne en utilisant les nationales et avec bien des difficultés nous franchîmes la frontière française à la nuit tombée. Je décidais de continuer de rouler jusqu’en Bretagne. Trente heures non stop. Arrivée à l’appartement, je m’écroulais et décidais de ne plus refaire ce périple dans ces conditions.&lt;br /&gt; Nous étions heureux de retrouver notre petit nid. C’était l’endroit où nous nous aimions et où personne ne venait nous dire ce que nous avions à faire, qui nous devions voir etc.… Nous eûmes la surprise de trouver un message sur le répondeur. Une école souhaitait voir mon amour pour un entretien. Il s’agissait de faire de la formation professionnelle. Tout à fait dans ses cordes. Elle se présenta dès le lundi suivant. Le même cirque qu’avant se produisit. Elle n’avait pas les papiers pour travailler. Cependant, le patron semblait prêt à payer les taxes nécessaires pour la faire travailler, et lui dit qu’il s’occupait de tout. Il rappela deux jours après pour lui dire que c’était réglé, et qu’il aimerait bien qu’elle commence dès le début de la semaine suivante pour former le personnel d’une entreprise en anglais. Ce fut la fête. Je débouchai une bouteille de champagne et l’émotion nous gagna. Nous commençâmes à faire davantage de projets. «&amp;nbsp;Elle&amp;nbsp;» voulait absolument se payer un four pour la cuisine, de nouveaux draps, des étagères. Ce fut une soirée délirante qui nous fit énormément de bien à tous les deux. J’angoissais moins sur notre avenir commun et le sourire revenait sur les lèvres de ma belle. Elle commença son travail un lundi matin et se tira très bien de sa journée. Son côté avenant et sympathique fit oublier les quelques fautes de français qu’elle pouvait encore sortir à l’époque. De toute façon il s’agissait de cours d’anglais pour débutants et elle ne craignait personne dans ce domaine. Ce furent trois semaines merveilleuses pour elle et pour moi. Elle me racontait ses journées, les anecdotes qu’elle avait vécues, ses petites misères aussi mais qui la faisait sourire. Cependant, elle regrettait de ne pas avoir de collègues. Car à part le patron et sa fille qui faisait la comptabilité et d’administratif, tous les cours reposaient sur ses seules épaules. Mais elle était heureuse et j’entrevoyais le début de la fin. Elle m’appela au bureau un matin de bonne heure. La porte des locaux dans l’immeuble où elle travaillait était fermée et elle se retrouvait seule avec les quelques élèves avec qui elle avait cours. Ceux-ci s’énervaient d’ailleurs, et commençaient à se poser des questions pour savoir s’ils devaient attendre ou pas. Je lui dis de téléphoner à son patron. Comme c’était une entreprise familiale, peut-être qu’ils avaient eu un empêchement. Je raccrochai mais je pensais avoir déjà compris ce qu’il s’était passé. Elle me rappela quelques minutes plus tard, en larmes, pour m’apprendre qu’il n’y avait plus d’abonnés au numéro, et que le concierge de l’immeuble lui avait appris qu’il avait vu le père et la fille déménager les ordinateurs et les tables dans une grosse camionnette, tard la veille au soir. Cela ne l’avait pas surpris, car comme les bureaux étaient loués au mois, cela arrivait fréquemment. J’avais bien compris. Ca sentait l’escroquerie à plein nez. «&amp;nbsp;Dis moi, ils t’ont donné les papiers pour travailler&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Non, ils m’ont dit qu’ils me les donneraient à la fin du mois avec ma première paye.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Je crois que tu ne les reverras jamais plus. Et je crois que les entreprises qui ont payées la formation, ne verront jamais les cours se terminer. Tu peux rentrer à l’appartement ma chérie.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt; Je la retrouvai le soir, moitié abattue et moitié en colère contre la malhonnêteté des gens. Nous étions revenus à la case départ. J’étais persuadé qu’ils n’avaient fait aucune démarche auprès de la préfecture et que, de toute façon, leur coup était préparé d’avance&amp;nbsp;: démarcher les entreprises pour vendre des cours de langue ou d’autre chose, en fonction des besoins, et trouver un enseignant au chômage, de préférence sans papiers, car ainsi il n’irait pas porter plainte, puisque travailleur illégal malgré lui. On lui promettait des papiers qu’il n’aurait jamais et l’escroc disparaissait juste avant la fin du mois avec l’argent des entreprises qu’il avait démarchées auparavant. On le retrouverait certainement dans une autre ville quelques mois plus tard sous un autre nom. Jusqu’au jour où il se ferait prendre. ( celui-ci fut pris quelques mois plus tard et mis en prison pour quelques semaines uniquement. ) Nous ne savions plus quoi faire et je sentais que ce dernier coup avait totalement eu raison des nerfs de mon amour. Heureusement la chance allait nous faire un drôle de signe quelques jours plus tard. Elle arriva par un biais que je n’aurais jamais soupçonné et qui était pourtant juste à ma portée tous les jours.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le début de février était très doux et lumineux cette année-là. Nous sentions que l’hiver avait décidé de céder le pas au printemps plus tôt que prévu. Le moral était un peu meilleur et mon amour avait réussi à décrocher des travaux de traduction payés au noir. C’était mieux que rien et il fallait bien vivre. De plus cela lui occupait l’esprit, même si elle n’excellait pas dans ce domaine. Nous nous aimions toujours comme des fous et chaque jour qui passait confirmait le fait que nous étions fait l’un pour l’autre. Nos nuits étaient peuplées de gémissements et de caresses. Le matin nous trouvait souvent emmêlés dans les draps d’un lit en désordre amoureux. L’espoir que cela allait s’arranger un jour n’était pas encore mort. Nous étions beaux, jeunes, intelligents et pauvre. Rien ne pouvait nous faire peur, sauf la séparation.&lt;br /&gt; Un vendredi soir, après mon travail, nous décidâmes de faire une ballade en ville. Rien que de très banal que ces promenades dans les rues du centre, à regarder des boutiques dans lesquelles nous n’étions par prêt de rentrer pour acheter quoi que ce soit. Nous aimions la distraction que cela nous apportait. Nous nous en contentions et nous finissions généralement dans un de nos cafés préférés à prendre un kir et à écouter de la musique tout en discutant et en rêvant de notre avenir. Les rues pavées s’entremêlaient les unes aux autres et nos pas nous conduisaient près de la place de la mairie, cœur de la ville. Au détour de la place, je me trouvais nez à nez avec mon patron. Incroyable. Qu’est-ce qu’il faisait là, lui qui ne quittait jamais l’usine, toujours à s’occuper de faire progresser des projets, d’améliorer le travail, le voilà qui se promenait comme un gamin en pleine école buissonnière, les mains dans les poches, la braguette ouverte et le nez au vent. Je ne pouvais rien faire d’autre que le saluer et lui présenter ma compagne. Je vis aussitôt ses yeux s’élargir et le cou se gonfler. Pire qu’un paon. Pour un peu, il allait la roue devant ma belle. Non et puis quoi encore&amp;nbsp;? C’est pas parce que c’était mon patron. Eh, oh&amp;nbsp;!!&amp;nbsp; Un peu de tenue. C’est pas le chômage qui me fait peur. Au point où on en est, je me fous de lui mettre un pain pour lui apprendre à vivre à l’autre joli cœur. «&amp;nbsp;Alors comme ça, vous êtes autrichienne&amp;nbsp;? J’adore l’Autriche. Je me suis donné dix ans pour traverser l’Autriche d’ouest en est à pied jusqu’à Vienne en faisant tous les cols et toutes les montagnes. Sacré randonnée. Je suis quelquefois obligé de tirer ma femme par les cheveux pour lui faire franchir les glaciers, mais elle suit quand même. C’est une dure à cuire. Et qu’est-ce que vous faites dans la vie&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Je n’avais jamais vu mon patron sous ce jour, aussi disponible, et en train de plaisanter comme si nous étions de vieux potes. Ma chérie avait vite compris ce qu’elle pouvait en tirer et commença à raconter toutes les misères qu’elle avait à obtenir une carte de séjour lui permettant de travailler. Sans compter les derniers déboires qu’elle avait eu. Le regard de mon patron s’assombrit d’un coup. «&amp;nbsp;Merde, elle est en train de l’ennuyer avec ses histoires dont il n’a rien à foutre&amp;nbsp;» pensai-je. «&amp;nbsp; Je comprends, je comprends&amp;nbsp;» fit-il.&amp;nbsp; Je décidais qu’il était temps de partir. «&amp;nbsp;Bon et bien, on va vous laisser&amp;nbsp;» C’est alors qu’il mis sa main sur mon épaule, comme il avait l’habitude de faire quelquefois avec ses employés quand il voulait absolument qu’ils fassent ou comprenne quelque chose. Il faisait son Bonaparte dans ces moments-là. «&amp;nbsp;Coursenois&amp;nbsp;! Lundi, vous m’apportez le CV de votre charmante compagne, et tous les documents que vous avez qui disent qu’elle a fait telle et telle démarche auprès des administrations pour avoir sa carte. Maintenant, je vous laisse, j’ai rendez vous. Bon week-end. Vous n’oubliez pas, hein&amp;nbsp;? Lundi sans faute.&amp;nbsp;» Je sentis sa forte poigne sur ma clavicule puis il me lâcha et disparut en faisant un signe d’au revoir, le bras en l’air, façon Colombo. Je n’en&amp;nbsp; revenais pas. Pendant toutes ses années, c’était bien la première fois que je rencontrais mon boss en ville. D’ailleurs, toutes les années qui suivirent, je ne l’ai plus jamais croisé. C’était notre jour de chance. Du moins, ça y ressemblait. Le week-end fut occupé à rassembler tous les documents que nous avions, faire des photocopies, étoffer le CV. Dès le lundi matin, je frappais à la porte du bureau de mon patron. Je le sentais préoccupé, et effectivement je savais que nous avions des problèmes de fabrication qui lui posaient de gros soucis. Il me jeta à peine un regard et je lui dis que j’avais préparé ce qu’il nous avait demandé l’autre soir. Hum, hum&amp;nbsp;!&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Hein&amp;nbsp;? Ouais bon&amp;nbsp;! Posez ça là&amp;nbsp;» dit-il en indiquant un vague espace sur son bureau. Je posais une grosse enveloppe kraft sur une pile de dossier. Tout d’un coup, je ressentais beaucoup moins d’espoir. En fait je ne savais pas ce que nous pouvions attendre de lui. Je savais qu’il avait beaucoup de relations, aussi bien professionnelles que politiques. Il connaissait quelques députés et même deux anciens ministres. Mais qu’est-ce qu’il pourrait bien faire pour nous finalement. Et qu’est-ce que j’étais pour lui à part un petit employé comme tant d’autres. Mon patron était quelqu’un de très communicatif.&amp;nbsp;Tous les matins, il passait dans tous les bureaux des différents services et venait saluer chacun de nous. Il prenait la température comme il disait. Ce n’était pas seulement ça. Je crois qu’il aimait les gens, «&amp;nbsp;les gensses&amp;nbsp;» comme il prononçait avec son accent des Vosges. Physiquement, il ressemblait à un grand singe, du type orang-outan, voûté avec de très long bras. On disait de lui qu’il pouvait se gratter sous les pieds sans se pencher. Sa mâchoire était impressionnante et on pouvait penser qu’il était le fils naturel de Fernandel et de Chita, la guenon de Tarzan. Quand quelque chose ne lui plaisait pas, tout le monde le savait dans l’usine, rien qu’au nombre de décibels qu’il pouvait émettre. Mais c’était un grand cœur sous son apparence de requin de l’industrie. Quand il faisait son tour d’usine, il avait toujours son agenda et son cahier sous le bras. Il y notait souvent les problèmes que lui soumettaient ses contremaîtres. Pendant quinze jours, je le vis circuler avec mon enveloppe en plus de son agenda et de son cahier. Cette enveloppe intriguait tout le monde. J’étais le seul à savoir ce qu’elle contenait. Même sa secrétaire l’ignorait. Au bout de quinze jours, il m’appela au téléphone&amp;nbsp;:&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Coursenois. Dans mon bureau&amp;nbsp;» Et il raccrocha. Je montais aussitôt. Il me tendit mon enveloppe. Je crus que tout était fini, quand je vis un post it collé dessus. «&amp;nbsp;Demandez à votre amie de téléphoner à la sous préfecture. Qu’elle appelle Mr G. de ma part. Il attend son appel. Bonne journée.&amp;nbsp;» Je sortis du bureau en volant sur un petit nuage et me précipitai sur mon téléphone. Je donnais toutes les coordonnées que j’avais à mon amour, mais je sentis au bout du fil qu’elle n’en pouvait plus de toutes ses démarches et qu’elle n’avait pas le courage d’en faire plus. «&amp;nbsp;OK, c’est moi qui appelle et je te raconte après. Je saurai mieux me débrouiller pour donner les renseignements.&amp;nbsp;» Elle fut soulagée que je prenne tout en main. J’appelai donc la sous préfecture et demandai à parler à Mr G. «&amp;nbsp; Oui, bonjour Mr Coursenois. J’attendais votre appel avec impatience. Je suis le secrétaire de Mr le sous préfet. Il faudrait que votre amie se rende à la préfecture et demande à parler à Mr Lempereur pour qu’il lui fournisse la carte.&amp;nbsp;» Rien qu’à l’évocation de ce nom, je sentis les problèmes arriver. Je lui racontais les déboires que nous avions eus avec cette personne, et que je ne pensais pas que mon amie obtienne quoi que ce soit par son intermédiaire. «&amp;nbsp;Ah bon&amp;nbsp;? Laissez moi votre numéro de téléphone. Je vois ça tout de suite.&amp;nbsp;» Il me rappela dans les cinq minutes pour me confirmer qu’il fallait qu’elle se présente à la préfecture auprès de Mr Lempereur. Je téléphonais aussitôt à ma chérie et réussis à la convaincre d’y aller. Je comprenais ses réticences mais il fallait tenter le coup. Elle me rappela de la préfecture, la voix bloquée par les hoquets des sanglots. Je compris que ça s’était mal passé. Je lui demandai le numéro de la cabine où elle était et retéléphonai à Mr G. pas content du tout. Elle était en train d’attendre près de la cabine, quand Mr Lempereur sortit de son bureau tout affolé, courant dans tous les sens et regardant partout à la fois. Son regard tomba enfin sur «&amp;nbsp;elle&amp;nbsp;» et il parut soudain très soulagé. «&amp;nbsp;Mlle, je crois qu’il y a un malentendu. Ne partez pas, nous allons régler le problème tout de suite.&amp;nbsp;» Il était dégoulinant d’obséquiosité et de veulerie. Il avait du se faire remonter les bretelles jusqu’aux narines et ne savait plus comment arranger le coup. Mon amour ressortit de la préfecture avec une carte de séjour, valable un an, renouvelable, et l’autorisant à travailler dans quelque domaine que ce soit.&lt;br /&gt; Quand je revins du travail ce soir-là, elle était souriante, épanouie, émue et se mettait à rire pour un rien. Elle n’arrêtait pas de regarder sa carte de séjour, de me la montrer, et de critiquer quand même la photo qu’ils avaient collée dessus parce qu’elle ne se trouvait pas à son avantage. Pendant les jours qui suivirent, dès qu’elle pouvait, elle montrait sa carte&amp;nbsp;: comme justificatif d’identité quand elle payait par chèque, pour retirer un colis venant d’Autriche à la Poste. Dans le film «&amp;nbsp; le 5&lt;sup&gt;ème&lt;/sup&gt; élément&amp;nbsp;» de Luc Besson, il y a une scène ou Lulla montre avec insistance son «&amp;nbsp;Multi Pass&amp;nbsp;» pour bien signifier qu’elle a ses papiers d’identité. Et bien ma belle, c’était exactement ça&amp;nbsp;:&amp;nbsp;» Multi Pass&amp;nbsp;»&amp;nbsp;! Pendant des jours&amp;nbsp;! Elle était tellement heureuse et soulagée. A partir de ce moment, les choses s’enchaînèrent&amp;nbsp; rapidement pour elle. On eut dit que toutes les écoles s’étaient passées le mot, maintenant qu’elle pouvait travailler légalement. Elle eut soudain des tas de propositions pour donner des cours d’allemand, ce qu’elle ne souhaitait pas forcément, et d’anglais, ce qu’elle préférait. Elle fut tout de suite admise dans le cercle restreint et jaloux des professeurs de langue de la ville. Elle noua des amitiés avec des collègues et, de bouche en oreille, fut connu comme le loup blanc pour ses réelles compétences et sa gentillesse. Inutile de dire que notre vie changea rapidement. D’abord nos finances s’améliorèrent, et nous eûmes une vision de l’avenir un peu plus enchanteresse. Je crois qu’elle commençait à vivre la vie qu’elle avait imaginée avec moi en France. Je remerciai vivement mon patron du sérieux coup de main qu’il nous avait donné. Je crois que pour lui ce n’était pas grand-chose, mais il avait eu la bonté de se souvenir de nous. Il avait promis qu’il débloquerait la situation alors que rien ne l’y obligeait. Il n’avait rien à prouver en faisant ça. C’était un geste de pur altruisme et je lui en sais gré pour le reste de ma vie.&lt;br /&gt; Mon récit va s’achever ici. Je ne pense pas qu’il serait intéressant de le pousser plus loin. Que dire de plus désormais&amp;nbsp;? Que nous avons déménagé deux ans plus tard pour un appartement plus spacieux, puis encore trois ans plus tard, nous avons acheté une maison, avec un jardin qui est une partie de notre paradis. Nous n’avons malheureusement pas eu d’enfant et quelquefois je le regrette un peu. J’aurais bien voulu faire une petite sœur à mon fils. Nous sommes ensemble depuis 1992, nous avons bien vécu, avec des joies, et des peines aussi. Car nous sommes un couple banal, avec ses crises. Malgré le récit quelque peu idyllique que j’ai pu en faire, notre histoire est également faite de cris et de larmes. Mais l’amour a toujours le dessus et nous sommes heureux ensemble. Ma belle a été une formidable locomotive dans ma vie. Je suis persuadé que jamais je n’aurais pu vivre cette histoire romanesque avec quelqu’un d’autre, jamais je n’aurai pu oser certaines choses sans elle. Jamais grâce à elle je n’aurai eu l’occasion de voyager autant, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, de voir Malte et de marcher dans les rues de la Valette où marcha naguère mon arrière grand père, capitaine au long cours devant l’éternel au début du siècle dernier.&lt;br /&gt; Mon amour me fit découvrir sa culture autrichienne, sa manière de vivre, et nous avons créé une culture hybride où se mélangent les schnitzel et les galettes bretonnes, la Pilsner et le cidre, la musique celte et l’adagio de la 5ème symphonie de Gustav Mahler. Je lui raconte les tempêtes en mer de mon enfance et elle ses ballades en skis dans le Tyrol ou le Vorarlberg. Nous comparons les mérites et les émotions de nos peintres locaux respectifs et la littérature n’est pas en reste quand je lui parle de Robert Merle, d’Erik Orsenna et qu’elle rit aux éclats en découvrant «&amp;nbsp;Stupeur et tremblement&amp;nbsp;» d’Amélie Nothomb tandis que je me délecte en regardant les dessins d’Hoderer, humoriste viennois qui caricature merveilleusement ses compatriotes comme le fait Plantu ou Cabu chez nous.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je suis désormais assis dans notre chambre devant l'ordinateur. La fenêtre donne sur le jardin où elle est descendue promener les chats. La neige de la veille a fondue en laissant quelques plaques que les chats testent d'un bout de patte téméraire et frileux. Je la contemple tandis qu’elle s’amuse à les regarder, accroupie près d'eux. Puis elle se relève doucement, va voir un arbuste que la brusque arrivée de l'hiver a entièrement effeuillé, et ramasse une dernière fleur, fanée par le gel. J'aime sa démarche souple et féminine, ondulante entre les arbres sombres. Elle est comme ses chats qui jouent entre ses jambes. Soudain, consciente que je l'observe, son visage se lève vers la maison et elle m'aperçoit. Son sourire dit tout l'amour que nous avons l'un pour l'autre. Sa main s’agite puis se pose sur ses lèvres pour m’envoyer un baiser. Je la regarde par la fenêtre. C’est une chambre avec vue sur l'amour de ma vie.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;strong&gt;FIN&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; </description>  </item>  </channel> </rss> 