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31.10.2007
Les Aigles de Vienne Chap 32
Parce que la vie continue, la suite des Aigles de Vienne...
Chapitre 32
Luis, dans une brusque colère, se tourna vers Rudi et Mat-mat
― Et Griete ? Comment allons-nous la retrouver maintenant. Ralf était notre seule piste. Le seul lien qui nous aurait permis de retrouver ma femme.
― Nous le savons, hurla Rudi. Ça a merdé. Jamais nous n’aurions pensé qu’il se suiciderait.
― Putain ! Tous les flics du monde se valent. Aussi cons et aussi nuls les uns que les autres !
Il avait regardé Mat-mat en criant sa rage.
― ... Comment vous comptez faire maintenant pour la retrouver ?
Personne ne lui répondit. Les deux mains crispées sur la portière aux vitres baissées, il regardait le corps de Ralf :
« Mort de chez mort. Salaud, tu m’auras eu jusqu’au bout ! »
Sur le siège passager reposaient sa veste, une bouteille d’eau, une boite de médicaments, un téléphone portable. Tout avait été maculé de centaines de gouttes de sang que le temps n’avait pas encore brunies. Un chagrin sourd monta dans la gorge de Luis qui sentit piquer ses yeux et se brouiller sa vue. Sa respiration courte et rapide annonçait la crise de nerf, ainsi que la rupture du barrage de larmes qu’il maintenait difficilement depuis le début.
Un brève clarté illumina soudain l’écran du portable de Ralf. A peine une seconde de brillance bleutée. Ce portable était celui de Bart, presque équivalent à celui qu’il lui avait donné. Luis savait que l’appareil, au bout de quelques minutes sans utilisation, se mettait automatiquement en veille en avertissant de cette façon. Cela signifiait que Ralf venait de téléphoner. Juste avant de se suicider…
Luis passa brusquement la main par la portière et se saisit du téléphone sous les cris des policiers Autrichiens qui l’avaient vu faire.
― Ne touchez à rien, ordonna Mat-mat aussitôt, en se dirigeant pour la première fois vers Luis. Posez cet objet et éloignez-vous de la voiture. Vous allez fausser toutes les analyses qui doivent être faites. Posez ce téléphone tout de suite !
― Ralf a appelé quelqu’un juste avant de se tuer. Je connais ce type de portable. Il vient de se mettre en veille, donc il a été utilisé il y a quelques minutes, expliqua Luis tout en cherchant fébrilement dans le répertoire le dernier appel effectué.
― Ça y est ! Je l’ai !
Rudi s’était approché et l’arracha des mains de Luis. Il regarda le numéro et aussitôt poussa une touche sur son propre téléphone.
― Il s’agit d’un fixe. C’est une chance. Nous allons avoir l’adresse dans quelques instants. « Hans ? Schnell, Gib mir die Adresse diesen Nummern... Woher ?... Strasshoff ?... Ok, es geht. Vielen Dank, Hans. Tschuss ! » (Hans ? Vite, donnes-moi l’adresse de ce numéro… Où ça ?... A Strasshoff ?… Ok, c’est bon. Merci beaucoup, Hans. Salut !)
Rudi regarda Luis avec un air plein d’espoir.
― C’est bon. On sait où elle est. C’est une maison à Strasshoff, à quelques minutes d’ici. On y va maintenant avec le commando.
Luis connaissait Strasshoff pour l’avoir traversé plusieurs fois lors de la recherche du passé de Griete. C’était un village important sur la route de Vienne, tout en longueur, sur plusieurs interminables kilomètres. D’où sans doute son nom de Strasshoff qu’on aurait pu traduire par le village d’une seule rue. Ce qui n’était plus tout à fait le cas, puisque des quartiers et des lotissements s’étaient construits peu à peu en périphérie de cette rue sans fin. La proximité de Vienne avait développé ce village pour le transformer en ville dortoir sans grand intérêt.
Dix minutes suffirent pour qu’un groupe commando, tout en noir et harnaché avec des gilets pare-balles et des casques façon Robocop, s’organise avec un plan de bataille avant de prendre la route en direction du village. Luis fut embarqué dans la voiture de Rudi qui lui expliqua comment allait se passer l’opération. Ils n’allaient pas y aller par quatre chemins. Le but étant d’encercler discrètement la maison, et d’y pénétrer brusquement sans avertissement, en ouvrant la porte à coup de bélier et en balançant des fumigènes de protection. Il fallait opérer dans l’urgence. Personne ne savait ce qu’avait pu dire Ralf, et à qui. Donc, il fallait agir comme si le pire était à craindre. Le temps des pourparlers était dépassé.
Ce qui fut dit fut fait. Ils arrivèrent peu après le groupe d’intervention, et déjà un cordon de sécurité avait été dressé par la gendarmerie, en toute discrétion autour des rues adjacentes, et complètement hors de vue de la maison.
Celle-ci était une belle et grande demeure de style bavarois, comme il y en avait tant, avec des balcons de bois sculptés aux fenêtres de l’étage. Une vraie maison de catalogue pour agence de tourisme.
Luis observait avec émotion cette bâtisse de banlieue banale dans laquelle il était certain de retrouver Griete. Il redoutait par-dessus tout d’entendre des coups de feu. Mais aucun bruit n’indiquait qu’il se déroulât quoi que ce fut à l’intérieur. Enfin, rapidement, un officier revint sur le pas de la porte, téléphone à l’oreille. Le portable de Rudi sonna. Luis pouvait presque comprendre ce que disait l’officier, cinquante mètres plus loin, tandis que Rudi lui répondait. Il raccrocha, le regard toujours fixé sur la maison, tout comme Luis.
Une main se posa sur son épaule avec une légère pression qui se voulait réconfortante.
― On a retrouvé votre femme. Elle est en vie, lui dit Rudi avec un sourire de soulagement.
Les larmes débordèrent et vinrent inonder les joues de Luis.
― Merci, réussit-il à articuler. On peut y aller ?
― Ouais…
Rudi semblait tout aussi ému que Luis. Même Mat-mat sembla écraser discrètement quelque chose qui perlait au bord de la paupière.
― C’est fini maintenant, continua Rudi. Mais l’officier m’a dit que votre femme est dans un état de prostration important. Ils n’ont pas réussi à communiquer avec elle pour le moment. Je préfère vous prévenir.
Quelques pas leur suffirent pour rejoindre la maison et pénétrer dans un intérieur sans lumière où flottaient encore des relents de fumées à l’odeur suffocante. Le cœur de Luis battait fort. Sa respiration n’arrivait pas à suivre. Il savait qu’il risquait une crise de spasmophilie si l’émotion était trop forte.
Un militaire se présenta aussitôt et les conduisit dans une chambre au rez de chaussée.
― Elle n’a toujours pas dit un seul mot. Elle est sur le lit et regarde dans le vide, les yeux grands ouverts. Complètement barrée. Plus de son, plus d’image…
Il prit soudainement conscience que Luis était là et qu’il comprenait ce qu’il disait. Il s’excusa de la brutalité de ses termes, et lui dit que lui parler la sortirait peut-être de cet état. C’était également ce que pensait Luis.
Il entra à son tour dans une pièce sombre. Les volets étaient fermés mais un peu de lumière entrait par les persiennes à claire-voie. Un médecin était déjà près d’une forme allongée sur le lit, entièrement recroquevillée sur elle-même en position fœtale, sans bouger. Il s’approcha et s’agenouilla à côté de sa femme au bord du lit. Tout en douceur, avec tendresse, il lui écarta les mèches blondes qui lui couvraient le visage et lui caressa la joue et le front. Griete avait les yeux ouverts mais ne réagissait pas. Luis comprit que le traumatisme avait été énorme, et qu’il faudrait sans doute un peu de temps. Il lui embrassa le front et la caressa à nouveau. C’est alors qu’il aperçut la cicatrice à la racine des cheveux. Luis se leva d’un bond et attrapa brutalement le corps de la femme pour la déplier de sa position fermée.
― C’est Lisa ! Ce n’est pas ma femme ! Ce n’est pas ma femme, hurla-t-il.
Tout le monde se regardait sans comprendre. Rudi s’approcha.
― Mais la photo ? C’est votre femme, non ?
Luis était dans une rage folle, mêlée à nouveau de la pire des inquiétudes. Il allait tourner fou si cela ne s’arrêtait pas un jour.
― Vous n’avez pas encore compris ? Lisa et Petra Morgenstern sont cousines, issues de jumelles. Elles se ressemblent trait pour trait. Mais je sais que cette femme est Lisa et non pas Petra, continua-t-il à crier en désignant le corps allongé sur le lit. Lisa se mit à gémir, sans doute dérangée par la colère ravageuse de Luis.
Celui-ci le remarqua et se mit à secouer Lisa pour la sortir enfin de sa prostration.
Le médecin voulut intervenir pour l’en empêcher, mais Rudi le retint fermement en faisant un signe négatif de la tête.
― Luis, nous n’avons trouvé personne d’autre dans la maison, lui fit remarquer Rudi.
― Fouillez ! Fouillez encore ! Ce n’est pas possible que Griete ne soit pas là. Lisa était là pour la garder, et elle a été la dernière à entendre Ralf. Sans doute pour l’entendre dire qu’il était fichu. D’où l’état dans lequel elle se trouve maintenant.
Il continuait à la secouer et à la questionner.
― Où est Petra ? Lisa ? C’est Luis, tu te rappelles Luis, les chiens… Lisa, où est Petra, où est Griete ?
― Sie… Sie ist…weg ! ( Elle... Elle est... partie !) Ralf ist tot… (Ralf est mort... )
Lisa revenait enfin à elle, doucement. La méthode forte de Luis était payante. L’officier du commando entra dans la chambre.
― Nous avons trouvé une pièce au sous-sol qui semble avoir été aménagée en cellule. En tout cas, quelqu’un a vécu là-dedans pendant un certain temps. Probablement jusqu’à ce matin : on y a retrouvé le journal d’aujourd’hui. Mais il n’y a plus personne maintenant.
― Comment est la pièce ? Les murs sont carrelé en blanc ? demanda Luis sans se retourner, les yeux toujours fixés sur la lente émersion de Lisa.
L’officier fronça les sourcils.
― Affirmatif. Comment vous connaissez ce détail ?
Luis ne répondit pas. Il avait juste la confirmation que Griete avait bien été retenue dans cette maison. Il revint vers Lisa.
― Où est-elle partie ?
― Quand Ralf a téléphoné, il m’a dit que tout était fichu. Alors, j’ai ouvert à Petra…
― Ensuite ?
― Elle m’a dit qu’elle voulait en finir avec tout ça. Définitivement. Elle a pris le pistolet que m’avait laissé Ralf, et m’a amené dans la chambre où elle m’a enfermé. Ensuite, j’ai entendu la moto sortir du garage. Après, je ne sais plus...
Rudi frappa du poing contre le mur.
― Merde, on l’a ratée de peu !
― Avec quoi elle voulait en finir ? Et comment ? Je ne comprends pas. Lisa, dis-moi !
De même, Lisa regarda Luis avec un air d’incompréhension, comme si ce qu’elle disait était pourtant une évidence.
― Elle est partie le tuer...
Un frisson parcourut l’échine de Luis.
― Le tuer ? Mais qui veut-elle tuer ?
― Mais... Georg bien sûr !
― Georg ?
Lisa poussa un long soupir d’exaspération, comme si elle s’adressait à un enfant totalement obtus, et à qui elle aurait expliqué une chose pour la millième fois.
― Georg Haiderer ! Qui d’autre ?
Comme pour clore la conversation, elle ferma les yeux et sa tête s’abattit contre l’épaule de Luis. On n’en tirerait rien de plus pour le moment.
Tout le monde se regardait sans comprendre. Le nom du chef du gouvernement avait glacé tout l’aréopage policier qui se tenait dans la pièce.
― Je n’y comprends rien, finit par admettre Rudi, en se claquant les bras contre les hanches. Qu’est-ce que ça a à voir avec cette histoire ?
― Vous n’avez pas entendu ce qu’a raconté Ralf pendant que j’étais seul avec lui ? Ce fameux mec de l’extrême droite, arrivé à un poste important de l’état, et qui avait manipulé les Spartakus… Celui qui avait passé la commande auprès de Ralf. Peut-être le meurtrier de Matthias Werkel, l’oncle de Griete…
Rudi agitait sa tête de gauche à droite, comme s’il n’arrivait pas à intégrer toutes ses informations. Entre-temps, Luis avait demandé à voir l’endroit où avait été enfermée Griete. Il reconnut aussitôt le mur carrelé de l’arrière plan des photos que Ralf lui avait fait voir. Sur un lit de camp, il s’empara du journal qui avait servi à prouver à Luis qu’elles avaient bien été prises le jour même. Luis eut la confirmation de ce qu’il craignait, et qu’il avait tout de suite compris. Le quotidien était ouvert sur l’article annonçant le discours de Georg Haiderer sur l’Heldenplatz de Vienne, l’après midi même.
― Je sais où elle est allée.
Il montra la page à Rudi qui y jeta un bref coup d’œil.
― Ok ! Pigé ! Tout le monde en route. On met en alerte tous les éléments que nous avons là-bas.
― Rudi. Ils vont la tuer. Ils vont lui tirer dessus.
― Luis ! Les choses viennent de basculer. Nous venons d’apprendre que votre femme veut assassiner le chef du gouvernement. Nous parlons d’un attentat. Et votre femme est une ancienne terroriste. Elle est armée et semble plus que motivée. Donc, extrêmement dangereuse. Je ne peux pas faire autrement que l’arrêter par tous les moyens possibles. Je sais ce que vous ressentez, mais cela est une autre histoire désormais.
Il donna des ordres pour qu’on s’occupât de Luis et qu’on l’amenât au bureau central.
― Vous ne pouvez pas me mettre à l’écart. Je suis le seul à lui faire entendre raison. Vous allez me la tuer. Je connais les méthodes de vos services de sécurité. Ils sont entraînés aux Etats-Unis. Ils tirent d’abord et posent les questions ensuite. Et de savoir que la plupart de ces mecs ont été placés par l’extrême droite ne me rassure pas davantage. Laissez-moi vous accompagner. Je vous en prie. Je ne veux pas perdre Griete une seconde fois.
Rudi réfléchissait rapidement. Intimement, la perspective que Georg Haiderer se fasse descendre ne l’émouvait pas plus que ça. Mais professionnellement, il se devait de protéger l’intégrité de chacun, quel qu’il fut. Même le pire des salauds. Il savait que Luis avait raison, et que les balles perdues allaient voler bas d’ici peu.
― Ok, je vous emmène…
10:20 Publié dans Les aigles de Vienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : litterature, polar, ecriture, roman
Commentaires
Dans la nuit romaine avec ta voix ...
Ecrit par : Bourguignotte | 09.01.2008












