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<title>Odamafemme - six_jours_a_beyrouth</title>
<description>journal souvenirs photos écriture romans littérature</description>
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<lastBuildDate>Wed, 06 Feb 2008 22:37:22 +0100</lastBuildDate>
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<title>Six jours à Beyrouth : Dernière partie</title>
<link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2006/05/11/six-jours-a-beyrouth-derniere-partie.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Thu, 11 May 2006 08:00:00 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_cdg02.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_cdg02.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_cdg02.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Aéroport de Paris – Roissy&amp;nbsp;: 9 septembre 2001&amp;nbsp; 15H30&lt;br /&gt;&lt;/font&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L’avion qui doit me mener à Rome est toujours affiché «&amp;nbsp;delayed&amp;nbsp;3 hours ». Trois longues heures. Une fois de plus, je fais demi tour lentement, sur moi-même, mon sac de voyage se balançant à bout de bras, machinalement. Mes pas mesurés me poussent doucement vers le prochain objectif qui se trouve être l’autre panneau d’affichage, quinze mètres plus loin, et qui m’a déjà vu passer cinq minutes auparavant. Je poireaute infiniment dans cette zone de transit du terminal D de l’aéroport Charles de Gaulle à Roissy, allant de boutique hors taxe en boutique hors taxe, d’un bout à l’autre de cet immense couloir, croisant à intervalle régulier des panneaux d’informations qui ne me concernent pas.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; A nouveau dans l’attente d’un avion hypothétique, encore et toujours. Combien d’heures ai-je passé ainsi dans ma vie, à déambuler de panneau d’affichage en panneau d’affichage&amp;nbsp;? Oserai-je un jour cumuler toutes ces heures&amp;nbsp;? Est-ce que je compterai alors en semaines, en mois, en années peut-être&amp;nbsp;? Je décide de faire une pause dans le café du fond. Il est bondé, mais qui sait, j’arriverai peut-être à me couler sur une banquette entre deux tables, mon sac plié entre des pieds de tables et de chaises. Miracle, j’aperçois une table libre, pour moi tout seul. Non&amp;nbsp;! Je constate tout de suite qu’il y a de la concurrence et que la lutte sera acharnée. A ma droite une probable américaine, maquillée comme une momie dont elle doit avoir l’age approximatif. Elle a repéré &amp;nbsp;la même table et se dépêche en malmenant tellement sa hanche artificielle qu’elle va rester clouer sur place dans les secondes qui viennent. Oui, gagné, je lis une grimace de souffrance sur son visage. Tout son fond de teint se colle d’un coup au fond des rides que lui provoque la douleur en lui striant le visage. Son lifting vient de lâcher. A ma gauche, une blondasse filiforme aux longs cheveux blonds lui descendant jusqu’aux fesses, se précipite également d’un pas long et régulier, ample compas arpentant la terre avec la certitude de sa jeunesse. Elle fait semblant de ne pas m’avoir vu tant son visage est fixé nonchalamment sur la table libre, mais je sais qu’elle m’a vu. Et qu’elle n’aura aucune pitié pour le déjà quarantenaire que je suis. Cette pouffiasse va plus vite que moi. Je sens que c’est perdu et je ralentis l’allure, déjà vaincu. Je ne vais pas me mettre à courir comme un dératé pour m’affaler sur la table avec un rire de débile et des gestes de supporters footballistiques en prenant la salle à témoin de ma victoire sur la jeune scandinave. C’est alors qu’une sonnerie de portable stridente retentit dans l’immense cabas qui&amp;nbsp;se balance&amp;nbsp;sous son bras. Stoppée nette dans sa course pour chercher l’objet péremptoire qui lui ordonne de répondre. Elle s’énerve car elle ne le trouve pas dans le désordre connu des sacs à main féminins. Je récupère mon ancienne foulée et réduit mon handicape pour finir bon premier. Enfin, avec solennité, je pose victorieusement mon séant sur une moleskine assouplie par les millions de fessiers en transit qu’elle a connus. Je ne peux m’empêcher de jouer les Mr Bean et d’adresser un sourire hautain et victorieux aux voisins déjà attablés. Ils font partie tout comme moi, des privilégiés qui ont conquis de haute lutte leur place dans une cafétéria internationale.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je commande une bière à une serveuse distante que plus rien n’émeut, et commence à observer mes contemporains en voyage. On trouve de tout dans les aéroports&amp;nbsp;: des businessmen dont je fais partie finalement, excusez du peu, des couples de retraités qui ont attendu toute leur vie le moment de partir enfin ensemble vers des cieux plus bleus et qui passent leur temps à s’engueuler. Ils ont vécu côte à côte pendant des années et maintenant qu’ils vivent ensemble à longueur de journée, ils s’aperçoivent qu’ils n’ont plus rien en commun. Des jeunes filles au pair, des jeunes hommes en paires, des femmes avec de jeunes bébés, des blacks, des jaunes, des blancs, des indiens à turbans, des indiens à plumes, des japonais en groupe qui jappent au nez de chinois esseulés et perdus. Toute une planète pas nette qui se concentrent dans cette zone de transit. J’essaye de m’isoler mentalement et me concentre sur le fond du bar, là où l’activité est moindre et où l’ambiance parait plus tranquille. Un homme seul lit un journal américain, le Washington Post je crois. Il fume tranquillement en buvant un thé en sachet au goût certainement médiocre. Son visage sec et sa moustache m’évoquent une image floue que je n’arrive pas à situer. Il porte un manteau de prix, d’un grand couturier New-Yorkais. Je me souviens avoir vu les mêmes à Manhattan l’an dernier, mais j’avais été dissuadé par le prix sur l’étiquette. Ma bière arrive, chaude et insipide. Même une bière de marque réussit ce tour de force d’être sans goût dans un aéroport. Ca marche également pour les gares et les trains. Trois heures à tuer. Mon regard se pose à nouveau sur l’américain au journal. Tiens, il me regarde aussi. Sa main se porte à sa bouche pour fumer. Il tient sa cigarette bizarrement. J’ai vu ce geste autrefois, dans une vie antérieure, dans cette vie dont je ne parle à personne. La cigarette glissée entre le majeur et l’annulaire, au plus près de la paume. Mon cœur s’accélère brusquement. Il me fixe et je sais qu’il se pose les mêmes questions que moi. Quelques secondes passent et je me décide à me lever pour aller vers lui. Je le vois hocher la tête et ébaucher un demi sourire. Il se lève aussi et nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Presque vingt ans que je n’ai vu Béchir. Il a vieilli, moi aussi. J’ai pris un kilo par an et perdu pas mal de cheveux. Lui au contraire s’est asséché avec le temps mais il a toujours la même tignasse, à peine grise aux tempes. L’abus de cigarette lui a buriné la peau mais je sais que les rides profondes qui marquent son visage sont nées des accidents de la vie.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Nous restons longtemps ainsi à nous tenir à bout de bras pour nous regarder, reconnaître en l’autre celui que nous avions connu dix neuf ans auparavant. Quand enfin, nous prenons conscience de la situation. Les conversations alentour se sont tues et des centaines d’yeux nous observent.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je m’installe à sa table, mais les mots ne viennent pas, à peine quelques rires nerveux vite étouffés et des gestes vagues qui évoquent le temps qui passe. Béchir se décide le premier.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- J’espérais une rencontre comme ça un jour mais je ne pensais pas que ce serait aujourd’hui…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous nous demandons mutuellement ce que l’autre est devenu, ce qu’il a fait de sa vie. Je lui raconte donc la fin de mes études, ma période humanitaire, la logistique internationale, les voyages. Je lui donne les dernières nouvelles d’Els, qui remontent à si loin désormais, qu’elles doivent être erronées.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Béchir me raconte alors son départ de Beyrouth après Sabra et Chatila, son dégoût des guerres et du combat pour une cause à laquelle il ne croyait plus. Emilia avait récupéré son mari, revenu enfin du Chouf, et il avait emmené toute sa famille d’abord en Angleterre, puis enfin au Etats-Unis. Juliette était devenue une parfaite américaine qui avait fait de brillantes études de médecine. Il ne savait pas d’où lui était venu cette soudaine vocation, bien avant de partir de Beyrouth, de devenir médecin, mais se doutait que cela avait un lien avec moi, sans avoir trouvé lequel. Je me remémorais cette femme médecin qui m’avait ausculté après ma libération et l’intérêt de Juliette pour les instruments, la trousse et la façon que cette doctoresse avait eu de regarder ma plaie et mon état de santé. Un sourire intérieur me gagna mais je ne dis rien. Juliette était devenue une superbe femme, aussi belle que sa mère à son âge. Elle allait se marier au printemps prochain avec le fils d’un libanais qui avait créé une chaîne de sandwicheries qui marchait très bien. Lui-même avait repris son métier d’architecte. Après une période difficile, il avait réussi à se faire admettre au sein de la ligue des architectes américains et avait bâti quelques immeubles à Chicago et à Denver, dont il était très fier. Depuis 1995, il retournait quelquefois à Beyrouth pour proposer ses services à la reconstruction. Mais les syriens lui faisaient sentir qu’il n’était pas forcément le bienvenu.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- J’aimerai bien voir les syriens partir du Liban un jour. Nous n’avons pas besoin d’eux et de leur corruption. J’ai toujours peur que la guerre reprenne à cause d’eux. Tu sais, j’étais fatigué de tous ces massacres, toutes ces tueries. Je rêvais d’un Liban où toutes les communautés auraient à nouveau pu vivre en paix, comme avant. Mais trop de sang nous sépare désormais. Les communitarismes se sont amplifiés comme jamais.&amp;nbsp; Nous avons perdu la sérénité de jadis. Je crains qu’elle ne revienne jamais. Mais j’aime revenir au pays quand même. Il me manque beaucoup, même si je sais que je ne pourrais plus y vivre tout le temps. Au bout d’un mois, j’ai trop de fantômes à mes côtés qui m’encombrent l’esprit pour bien apprécier ce qui m’entoure. Retournes-tu à Beyrouth quelquefois&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Je lui réponds que je ne suis jamais plus retourner au proche orient et que j’ai occulté cette partie de ma vie.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;-... Très peu de gens sont au courant de cette période. La plupart ne savent pas que j’ai été archéologue un jour. Je suis logisticien pour la vie désormais. Peut-être mes pas me mèneront dans la région un jour. Qui sait&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je te comprends. Moi-même je suis devenu américain. C’est un pays sûr, sans terrorisme. Tu risques seulement de te faire tuer par des junkies pour deux dollars dans la rue la nuit. Mais moi, je ne fréquente jamais la rue au-delà de six heures du soir. Je vis dans un quartier résidentiel de la banlieue de New York, j’ai mon bureau dans une immense tour de Manhattan et je mets onze minutes en ascenseur pour y parvenir. Tous les matins je regarde Brooklyn Bridge et le port de New York du haut de ma baie vitrée en buvant leur infect café, avant de commencer mon travail. Je repense au Ras de Beyrouth, à la corniche, à Achrafieyh. Je m’octroie cinq minutes de mélancolie et puis après, boulot.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Je retrouve le rire communicatif de Béchir. Il est heureux, je le sens. Il vit un Liban disparu, avec une nostalgie heureuse, sans réelle amertume. Sa famille est à l’abri, il a réussi socialement et est reconnu dans son job.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Tu es marié, tu as des enfants&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Je lui parle de ma rencontre avec une autrichienne, que j’aime à la folie, de mon fils… Nous allons tomber dans la banalité. Je le sais et il le sait. Gardons cette rencontre magique.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Il se lève lentement après avoir regardé ostensiblement sa montre. Je ne lui en veux pas.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je dois prendre mon avion pour New York.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il me tend sa carte, je lui donne la mienne. Je sais que nous ne nous reverrons plus, mais pas pour les raisons que j’imagine à ce moment-là.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous nous donnons une dernière accolade, n’épargnant pas les tapes amicales dans le dos. Il prend son sac et laisse le journal, plié sur la table.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Son dos s’est voûté avec les années. Je le regarde partir avec un pincement au cœur et une mélancolie qui me poigne. C’était bien Beyrouth….&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Soudain, il se retourne et me crie&amp;nbsp;en souriant avec un dernier signe de la main&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Si tu passes par le Liban, reste quelques jours à Beyrouth&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;EN-GB&quot; xml:lang=&quot;EN-GB&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_unionsqwtc_06.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_unionsqwtc_06.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_unionsqwtc_06.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;EN-GB&quot; xml:lang=&quot;EN-GB&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;New York - Ground Zero&amp;nbsp;&amp;nbsp; 11 Mai &amp;nbsp;2005&amp;nbsp; 10H36&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Juliette se tient à mes côtés avec son mari et Béchir Junior, son fils de trois ans. Nous sommes à Union Square, près de Ground zero et nous regardons avec émotion la stèle aux disparus du 11 septembre 2001.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; FIN&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_aaw.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_aaw.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_aaw.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  part 036</title>
<link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2006/05/07/six-jours-a-beyrouth-part-036.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Sun, 07 May 2006 10:40:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_le_cap_vignobles_south_africa.3.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_le_cap_vignobles_south_africa.3.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_le_cap_vignobles_south_africa.3.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Bruxelles&amp;nbsp;: Janvier 1983&lt;br /&gt;&lt;/font&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je vivais à Bruxelles depuis quatre mois. Els et moi partagions un vieil appartement que son père nous avait mis à disposition du côté de la rue des Brasseurs. A notre arrivée à Ankara, nos consulats respectifs nous avaient rapatrié, moi en France, elle en Belgique. Nous nous téléphonions tous les jours. Elle avait retrouvé son père et avait décidé qu’elle ne terminerait pas son année d’étude. Elle passerait sa soutenance en septembre, ce qu’avaient parfaitement compris les membres du jury en prenant connaissance de son aventure libanaise. Après une visite chez mes parents, heureux de me revoir entier, j’envoyai un courrier à l’école du Louvre leur disant que j’abandonnais mes études pour me diriger vers des occupations plus concrètes et qui serviraient davantage la société, sans trop savoir dans quel domaine.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Quinze jours plus tard, je débarquais à Bruxelles avec un sac et mon appareil photo. Les deux mois qui suivirent furent deux mois de rêve et de vacances. J’avais récupéré une vieille 4L Renault qui nous fit faire le tour des plus belles plages d’Europe. Nous ne voulions plus que vivre notre amour dans des paysages de rêves et ne plus songer à rien d’autre.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La réalité nous rattrapa fin septembre quand Béchir nous appela chez le père d’Els chez qui nous habitions en attendant notre nouvel appartement. Malgré notre envie de ne plus rien voir ni entendre, nous ne pouvions nous empêcher de lire les nouvelles sur le Liban, l’avancée des israéliens, l’évacuation d’Arafat vers Tunis le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; août, les combats de rues, l’élection de Bachir Gemayel. Puis son assassinat dans l’explosion de l’immeuble de son parti suivi de la vengeance des milices chrétiennes qui investirent les camps de Sabra et Chatila pour y perpétrer les pires massacres de ces dernières années, avec la bienveillante neutralité des israéliens.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous faisions peu de commentaires et avions de l’empathie pour ce pays en souffrance. Nous ne pouvions pas regarder les reportages à la télévision et chaque image de Beyrouth devenait un supplice. Pourtant, malgré tout, nous en gardions aussi des bons souvenirs de rencontres. Mais nous constations que nous avions été bien traumatisés par ce que nous avions vécu.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Béchir nous dit au téléphone qu’il ne supportait plus tous ces morts, toutes ces souffrances et qu’il ne participait plus à la vie politique de son pays. Il avait pour projet de quitter le Liban si ça continuait, s’il était toujours en vie dans les semaines à venir.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce fut son dernier coup de téléphone. J’essayais bien d’appeler Achrafieyh un jour de décembre mais tombait sur quelqu’un qui habitait Gemaysé, sans doute près du musée Sursok. Le téléphone fonctionnait toujours aussi bien à Beyrouth. Je n’insistais pas davantage. Puis la vie nous prit Els et moi dans ses filets.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je m’installais donc à Bruxelles et me mis à travailler dans un bar pour commencer. Le quartier où nous habitions foisonnait de ce genre d’établissement et il fut facile pour moi de trouver un job rapidement. Est-ce que c’était ça ma mission et les services que je voulais rendre à la société&amp;nbsp;? Je servais surtout des Picon bière à longueur de journée. Mais le métier me plaisait bien. Les belges étaient sympathiques et bons vivants. Les mois passèrent. Els avait fini ses études d’agronome et participait à un projet à l’université de Bruxelles. Nos horaires étaient complètement décalés. Elle passait me voir le soir dans le nouveau bar à la mode où je travaillais désormais, et je l’attendais quelquefois à la sortie de son laboratoire quand je ne travaillais pas. Nos nuits étaient souvent calmes car je rentrais fréquemment à l’heure où elle se levait. Son père mourut brusquement en avril. Elle hérita de tous ses biens et notamment d’un vignoble en Afrique du Sud, dont elle ignorait totalement l’existence. A partir de ce moment, elle ne songea plus qu’à partir là-bas pour s’installer et s’occuper de sa vigne. Les choses commencèrent à se gâter avec des engueulades de plus en plus fréquentes. Je trouvais que son travail prenait trop de place. J’avais fait l’effort de réduire mes heures du soir afin d’être davantage avec elle, et malgré tout je sentais qu’elle s’éloignait peu à peu de moi.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je décidais un soir de l’attendre à la sortie de l’université pour lui faire une bonne surprise, puis de l’emmener au restaurant. Je la vis sortir, suivi d’un de ses collègues, un grand blond à la peau blanche et rouge typique des hollandais. Ils riaient ensembles et de loin je les voyais venir vers moi sans qu’ils m’aient aperçu. Ils se séparèrent après une brève étreinte suivi d’un baiser sur les lèvres. Je réussis à me dissimuler derrière un arbre dont le tronc salutaire me permit de tenir debout. Le monde venait de s’écrouler. Je décidais quand même d’affronter la réalité et me mis à nouveau sur le chemin pour l’attendre. Elle venait vers moi, tête baissée, perdue dans ses songes, un léger sourire aux lèvres. Quand elle m’aperçut, son sourire disparut.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Il y a longtemps que tu es là&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L’émotion m’avait coupé la respiration et cela faisait comme si j’avais couru un marathon.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je viens d’arriver, fis-je essoufflé.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Elle n’était pas dupe et ce fut sur ce même chemin qu’elle m’apprit qu’elle allait me quitter pour partir en Afrique du Sud.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Avec le grand benêt blond que j’ai vu tout à l’heure&amp;nbsp;?...&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous nous fîmes des scènes pendant plusieurs jours, faisant chambre à part malgré l’exiguïté de l’appartement. Je lui reprochais d’avoir abandonné ses idées de faire pousser des légumes dans le désert pour aider les populations pauvres, et de vouloir désormais faire du commerce dans le vin. Elle, me reprochait de ne rien savoir faire d’autre que de servir à boire, faire la fête jusqu’à pas d’heures et ne pas avoir d’autres projets pour l’avenir.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Après ces mots ultimes, je pris le peu d’affaire qu’il me restait et repartis vers la France. Un ami me trouva un poste dans le transport parce que je parlais le flamand.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce fut le début de ma carrière de logisticien, au service des autres. Je pris le goût des transports, puis de la logistique, frayant pendant quelques années avec «&amp;nbsp;Logistique Sans Frontière&amp;nbsp;» pour l’aide à l’acheminement de matériel médical en Afrique ou en Asie du sud est. Les missions étaient souvent difficiles, voire périlleuses quand nous avions affaire à des bandes armées qui voulaient nous racketter. Nous avons été plusieurs fois pris en otage, mis en prison et à chaque fois je réconfortais mes compagnons. Je n’arrivais plus à avoir peur et le calme que je dégageais dans les pires des situations,&amp;nbsp; impressionnait souvent nos agresseurs et mon équipe. Cela me valut d’être envoyé dans des coins du monde pas possibles. Souvent je repensais à Beyrouth, à ce que j’y avais vécu, mais je n’en parlais jamais. Rien ne pouvait et n’aurait pu être plus fort que cette expérience. Ce que je vécus plus tard, l’était avec mon expérience passée et n’avait plus le même goût salé de la peur.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Quand à l’archéologie, il m’arrive de retourner quelquefois sur les chantiers de fouilles&amp;nbsp; voir d’anciens collègues. Je n’ai plus comme avant la passion de la chose ancienne, témoignage d’une époque révolue, l’objet qu’a pu toucher l’ancêtre et ce voyage vers le passé qui m’y entraînait immanquablement. Je ne sais plus quel philosophe a dit «&amp;nbsp; qui ne connaît pas son passé, ne connaît pas son avenir&amp;nbsp;». C’était à l’époque où je lisais encore des livres de philosophie qui m’empêchaient de penser par moi-même… Je ne m’intéresse plus qu’au présent désormais, avec une vague projection sur ce que cela donnera dans l’avenir. Si j’avais une seule chose à retenir de la vie, c’est qu’on n’est jamais sûr de rien et que rien n’est jamais acquis. Tout peut arriver, même le meilleur. Telle est ma philosophie désormais. Cela parait être très désabusé. Au contraire, je profite de la vie autant que je peux, sans en abuser, dans le respect des autres, et chaque moment qui passe est goûté à l’aune de ce qu’il vaut. C’est une phrase lu sur les murs de Rome&amp;nbsp;: Carpe Diem, profite du jour. Le futur est demain et je n’ai aucun poids sur ce qu’il décidera. Je ne veux pas tirer de plan à long terme, ni de plan d’épargne non plus d’ailleurs, et qui se transforme souvent en plan sur la comète.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; J’ai eu longtemps des nouvelles d’Els venant d’Afrique du Sud. Nous nous étions réconciliés, de loin, nous rappelant que nous avions vécu des choses intenses qui ne s’oublient pas, même si nous n’en parlions jamais, ou &amp;nbsp;si peu. Elle a développé son vignoble en lui faisant profiter des dernières techniques de l’agronomie moderne, et produit là-bas un vin superbe et capiteux qui ressemble à un assemblage de grand Bordeaux. Son mari, le grand blond, s’occupe de la partie export sur les Pays Bas, la Belgique et l’Angleterre. Elle ne souhaite pas encore envahir le marché français car,&amp;nbsp; comme elle dit souvent en plaisantant, à partir de ce moment là, tous les viticulteurs du bordelais seraient obligés de se recycler dans le maïs pour cochons. Chaque année vers le mois de juin, un peu comme une date anniversaire, je reçois une caisse de sa vendange de l’année précédente, et je me prends à penser qu’elle pourrait peut-être avoir raison. Son exploitation viticole emploie une partie de la population locale et elle s’investit dans l’amélioration de leur agriculture en y apportant ses connaissances et son savoir-faire. Elle ne fait pas pousser de salades dans le désert, mais à sa manière, elle contribue à améliorer les conditions de vie des gens. La dernière fois que j’ai eu de ses nouvelles, elle me parlait de créer une fondation et une école avec un jumelage avec des écoles d’agro européennes.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les années ont passées et souvent, je regarde vers le Liban. Je ne peux m’empêcher de dresser l’oreille quand les informations en parlent à la radio, ou de regarder maintenant les images de Beyrouth en train de se reconstruire. J’ai revu la rue de Damas avec ses nouveaux bâtiments audacieux qui respectent le style du moyen orient tout en étant très modernes. La place des martyrs est dégagée, méconnaissable avec des façades réparées ou reconstruites elles aussi. Le pays sort peu à peu du marasme et panse ses plaies. Quelquefois des nostalgiques du chaos font sauter des bombes, mais je crois que la paix est en route, indéniablement, et que les jeunes la construiront de façon pérenne.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; J’ai très peu parlé de cet épisode de ma vie à Beyrouth à mon entourage. J’y fais allusion quelquefois, de plus en plus maintenant, mais il m’a fallu du temps pour digérer ces six jours à Beyrouth. Je n’ai rien vécu de plus fort depuis, et je le savais déjà en le vivant à l’époque.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Récemment, nous sommes allés dîner dans un restaurant libanais que ma charmante femme autrichienne voulait essayer. C’était délicieux. Nous avons sympathisé avec le patron qui avait le même age que nous. Nous avons bien mangé et bien bu également. Le vin me rappelait celui que Béchir nous avait offert. Embrumé par l’alcool, je commençais à parler du moyen orient avec le patron et le fait que j’avais connu Beyrouth à une époque. On devrait toujours fermer sa gueule quand on a bu. Il semblait heureux de rencontrer quelqu’un qui connaissait sa ville et me demanda quand j’y avais été la dernière fois. Je lui dis que je m’y trouvais en 82, avant les massacres de Sabra et Chatila. A cette évocation du massacre, je vis bien que sa bonne&amp;nbsp; humeur était brusquement retombée et qu’il n’avait plus envie de parler. J’eus honte de moi d’avoir évoqué cette période peu glorieuse des libanais. Faisait-il parti des milices chrétiennes qui avaient participé au massacre&amp;nbsp;? Je ne sais pas. Je compris surtout que le sujet était encore trop sensible, et le serait sans doute à jamais.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  part 035</title>
<link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2006/05/03/six-jours-a-beyrouth-part-035.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Wed, 03 May 2006 18:25:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_habib.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img style=&quot;border-top-width: 0px; border-left-width: 0px; float: left; border-bottom-width: 0px; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-right-width: 0px&quot; alt=&quot;medium_habib.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_habib.3.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Lundi 7 juin 1982. Matin - Aéroport de Beyrouth&lt;br /&gt;&lt;/font&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La nuit fut calme. Je sais que Zorro est venu nous voir à un moment, mais il a joué les Bernardo et n’a rien dit. Il s’est retiré sans bruit, pensant que nous dormions. Mais je ne dors pas. Au loin il me semble entendre des grondements d’explosions, à moins que ce ne soit les ronflements de certains passagers. Personne ne nous a informé de ce qu’il se passait dans le sud Liban avec les israéliens. &amp;nbsp;Els dort à poings fermés. Je ne sais pas comment elle fait. Je la regarde. Elle sourit dans son sommeil. A quoi peut bien rêver une jeune fille agronome belge, prise dans un conflit et en attente d’une évacuation, pour la faire sourire autant&amp;nbsp;? Elle doit sentir que je l’observe car sa main vient caresser ma poitrine et sa respiration devient soudain plus profonde. Elle ouvre un œil gonflé de sommeil, me regarde, se met à ricaner puis se rendort. Pourquoi ce ricanement&amp;nbsp;? Il faut vraiment que je pense à lui demander à quoi elle rêvait…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L’aube pointe et fait rougir le ciel. Quelques personnes ne dorment pas non plus et se relaient aux toilettes. Certains fument et parlent à voix basse. Encore une journée à attendre. J’ai le sentiment que je ne pourrai pas supporter une journée supplémentaire ici. Mais que faire d’autre&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La salle entière sursaute quand l’avion de chasse passe au ras des toits de l’aérogare. Il doit voler extrêmement vite car je ne l’ai pas entendu venir. Il était là tout à coup, au dessus de nous, l’espace d’une seconde, et avait déjà disparu vers la mer. Ce coup de tonnerre a réveillé tout le monde et crée un moment de panique que tente de juguler l’équipage, copilote en tête, et un officier libanais qui passait par là. Il nous informe que du café et du thé vont venir dans quelques minutes et que l’avion qui vient de passer est un avion américain.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Oui, c’est ça…les israéliens ont aussi des avions américains.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Els s’étire en baillant, me voit et m’embrasse. Pas du tout paniquée par ce qu’il se passe. Elle s’habitue à tout ma petite belge.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Tu crois que les israéliens sont à Beyrouth maintenant&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je ne sais pas. On nous dit rien…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ma phrase n’est pas terminée qu’un groupe de militaire en armes entre dans la salle. L’officier qui le commande est celui qui nous a fait franchir le passage du musée. Je ne sais pas si cela doit me rassurer ou non.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Nous vous demandons de rassembler vos affaires et d’être prêts dans une heure…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le commandant de bord lui coupe la parole&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Si c’est encore pour aller dans une de vos foutues casernes, c’est pas la peine. Nous préférons rester ici. Nous refusons de bouger.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L’officier apprécie moyennement qu’on ne le laisse pas parler. Un brouhaha intense remplit toute la salle et chacun approuve ce qu’a dit le pilote. Plus personne ne veut retourner à Beyrouth.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;D’un geste des mains, le militaire essaye de calmer la foule.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je n’ai jamais dit qu’on vous ramenait vers une caserne. Vous embarquez dans une heure. Dans une heure, vous prenez l’avion et vous quittez Beyrouth.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le silence se fait brutalement. Nous ne sommes pas sûr d’avoir bien compris ce qu’il a dit. Chacun se regarde, puis c’est une clameur énorme de joie qui jaillit de toutes parts. On s’embrasse, on saute en l’air, on se sert dans les bras. Je fais tournoyer Els dans mes bras qui en volant donne des coups de pieds à Don Diégo qui s’approchait de nous avec deux tasses de café et du pain. La nouvelle tant attendue est enfin arrivée.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L’officier a un sourire en coin et n’ajoute rien de plus. Il sert la main que lui tend le commandant et le copilote, émus, puis fait signe aux soldats de sortir. En fait ils font la place aux quatre soldats de service qui nous apportent un petit déjeuner somptueux. En plus du thé et du café, on nous a servi des fruits, des biscuits. C’est Byzance. Pour une fois le copilote ne fait pas la police et les passagers se précipitent dans la bonne humeur. Ca parle, ça discute de tous côtés, ça rie. Enfin&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Quelques minutes plus tard, nous entendons à nouveau l’avion à réaction qui arrive vers nous. Il vole plus lentement et à plus haute altitude mais suffisamment bas pour qu’on puisse l’observer. L’étonnement est à son comble quand nous constatons qu’il s’agit bien d’un avion américain. Il porte l’étoile typique dans le rectangle tricolore au dessous des ailes et l’insigne «&amp;nbsp;US Navy&amp;nbsp;» sur le fuselage. Ainsi les américains ont décidé d’intervenir. Je commence à croire sérieusement que nous allons enfin partir.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Els regarde l’avion évoluer au-dessus de l’aéroport et de la mer. Elle vient m’enlacer en passant un bras autour de ma taille. Nous restons là, devant la baie vitrée à repenser à ce que nous avons vécu pendant ces six derniers jours. Elle me parle du jardin d’Emilia, de Juliette, de la soirée en musique, des bougies qui coulaient partout, de l’attentat du musée, de sa peur quand j’ai été enlevé. Nous parlons et le temps passe.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Une soudaine effervescence monte sur le tarmac. Des camions militaires et des blindés se mettent en route vers les pistes. Tout va très vite alors. A peine voyons nous les véhicules se mettre en route, qu’un Boeing atterrit, presque en silence, et dans un nuage terrible de sable et de poussière. L’écho des rétro réacteurs nous parvient enfin et nous le voyons&amp;nbsp; faire demi tour pour s’arrêter à cent mètres juste devant nous. Il faut quelques minutes pour faire venir une passerelle et que des soldats libanais se mettent maladroitement en rang pour rendre les honneurs. Puis la porte s’ouvre. Des MP descendent, armés d’immenses fusils noirs et épais, avec, je suppose, des tas de gadgets dessus. Ils se mettent en position le long de la passerelle et commence à parlementer avec l’officier qui commande les soldats au bas de la passerelle. Je comprends aux gestes qu’ils font que les soldats doivent reculer. Ils s’exécutent et se mettent en ligne entre l’avion et notre aérogare. L’odeur de kérosène brûlé nous parvient aux narines. Cela me fait du bien au moral de sentir cette odeur généralement infecte. Elle est pour moi le signe de la liberté à venir.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Cela s’agite en haut de la passerelle. Des hommes en noir, vestes noires, lunettes noires, pantalons noirs, Colt chromé, descendent à leur tour et embrassent l’horizon d’un simple coup d’œil d’expert. Ces gars là doivent repérer le snipper à trois kilomètres à la ronde. Ils descendent avec précaution, la tête continuellement en rotation comme à Rolland Garros. Ils entourent une personne que j’arrive mal à distinguer. C’est un civil. Il se dirige vers les bâtiments de l’aéroport d’une marche forcée rapide qui ne semble pas lui convenir. D’ailleurs il s’arrête à un moment et parle avec l’un des hommes en noir. Probablement de la CIA. L’autre hoche la tête et le civil se dirige vers les soldats libanais qui se sont mis en ligne, arme à l’épaule. Il les passe en revue et sert la main de l’officier. C’est marrant, parce que nous sommes au premier rang, à dix mètres à peine, et nous sommes probablement les seuls à voir cette scène. Aucun journaliste n’a été autorisé à venir filmer ou même photographier l’arrivée de cet homme, qui visiblement est le plus important du monde actuellement, puisque envoyé par les USA. Je cours chercher mon appareil photo dans mon sac et revient illico pour mitrailler la scène. Je pense déjà aux gros titres dans les journaux, à la une de Paris Match. Mise au point, OK. Je déclanche mais rien ne se produit. Je regarde mon appareil, tente de redéclancher. Ma pellicule est terminée. Je ne peux plus prendre de photos, et je n’ai plus d’autres pelloches. J’ai raté mon quart d’heure de gloire. Je continue de regarder ce petit homme brun d’une cinquantaine d’année, à la calvitie naissante, qui débarque au Liban pour je ne sais quelle mission. Il finit de saluer les soldats et par un effet du hasard, nous nous trouvons dans son champ de vision. Il nous voit, Els et moi en train de le regarder à travers la baie vitrée. Je lui fais un signe de la main, auquel il répond d’un signe de tête. C’est curieux cet échange muet. Je viens de saluer Philip Habib, envoyé spécial de Ronald Reagan au Liban, qui vient exposer son plan de paix suite à l’opération Galilée que mènent les israéliens, et qui aboutira au mois d’août à l’évacuation presque totale des milices palestiniennes et d’Arafat.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Enfin, les hommes de la CIA le presse pour avancer et ils disparaissent tous dans l’entrée de l’aéroport. Encore un brouhaha de voix mais qui disparaît en écho dans d’autres salles.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous n’avons pas le temps d’en discuter que l’officier de tout à l’heure entre dans notre salle et nous annonce que nous allons embarquer maintenant.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Une cohue monstrueuse se forme. Nous sommes dirigés manu militari vers le tarmac, au pas de course, injecté dans notre avion qui vient à peine de se mettre en position d’embarquement. Ils sont pressés de se débarrasser de nous maintenant. Nos deux pilotes prennent place à bord de l’avion qui a été préparé et amené par le personnel de l’aéroport. Tout le monde parle en même temps, impatient à l’idée de partir. Certains craquent nerveusement et je vois une femme qui ne peut plus s’arrêter de pleurer. Son compagnon la serre dans ses bras mais je vois qu’il pleure lui aussi en silence.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Dix minutes plus tard nous roulons sur la piste, puis le décollage. La montée est très rapide. J’ai la chance de me trouver près d’un hublot. &amp;nbsp;Les pistes apparaissent d’abord, puis la banlieue de Beyrouth sud, la mer qui moutonne le long de la plage, la corniche de plus en plus petite, avec ses hôtels minuscules, Raouché, et au loin quelque part, Achrafieyh, perdu dans cet amas d’habitations. Des fumées s’élèvent par endroit, si fines, si dérisoires vues d’en haut…La ville a l’air si calme pourtant, et si belle sous le soleil levant, dans l’écrin ocre et vert des montagnes du Chouf.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous regardons une dernière fois Beyrouth, Els et moi, main dans la main. Une goutte vient de tomber sur ma peau. Els pleure elle aussi en silence. De grosses larmes roulent sur ses joues sans discontinuer. Puis c’est la grosse averse, les hoquets qu’elle ne peut plus contrôler, les sanglots à ne plus finir. Elle craque. Elle a été si merveilleuse durant tout ce séjour forcé à Beyrouth et là elle craque. C’est fini, et ses nerfs lâchent. Elle arrive à me sourire à travers ses larmes, incapable de parler et fait un geste pour me faire comprendre qu’elle est incapable de s’arrêter. Je défais ma ceinture, la prend dans mes bras et la serre très fort contre moi. Les larmes comme les rires sont communicatifs et je crois que nous allons en fait tous nous noyer dans cet avion si les passagers continuent de pleurer ainsi.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  part 034</title>
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<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Sun, 30 Apr 2006 22:05:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_beirutairport_82.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_beirutairport_82.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_beirutairport_82.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Dimanche 6 juin 1982.&amp;nbsp; Attente à l’aéroport.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Els et moi restons là, debout, avec l’image rémanente de Béchir dans l’œil. L’officier nous sort de notre torpeur et nous demande très poliment de l’accompagner. Je vais pour prendre mon sac quand Els me saisit le bras et me donne un baiser. Depuis notre départ d’Achrafieyh, nous ne nous sommes pas embrassés. Je lui rends son baiser avec ardeur sous l’œil étonné et gêné du militaire qui détourne le regard, comme s’il avait brusquement aperçu dans le lointain quelque chose de primordiale. Ce baiser nous rassure, nous fait dire que nous ne sommes pas seuls, que nous nous aimons. Nous sourions, pensant tout à coup que nous allons quitter Beyrouth pour des cieux plus propices qui nous permettront de vivre notre amour sans danger. Enfin, nous nous tournons vers l’officier et le suivons. Il est grand, la trentaine sportive, et ressemble presque à une gravure de mode militaire, ou à une silhouette dans un film de guerre américain des années cinquante. Il porte cette petite moustache fine comme en portait Zorro dans la série en noir et blanc de mon enfance. En fait, il a un faux air d‘un Don Diégo de la Véga qui aurait rempilé dans l’armée libanaise. Manque plus que le sergent Garcia…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il nous conduit dans une large salle vitrée qui donne directement sur les pistes. Nous retrouvons là les autres passagers qui nous accueillent avec indifférence. Je ne suis même pas sûr qu’ils nous reconnaissent. Un bref coup d’œil et rien de plus. Qu’est-ce que j’attendais&amp;nbsp;? Des viva&amp;nbsp;? Que la foule en délire se précipite vers nous pour nous demander comment nous allons, comment ça s’est passé pour nous&amp;nbsp;? A quelques mètres de nous est assis le copilote qui s’est fait assommer à notre arrivée. Il porte encore un pansement sur la tête mais semble avoir complètement récupéré. Il discute en bras de chemise avec un homme qui se trouvait devant moi dans l’avion. La chemise en question porte des auréoles sombres sous les bras, preuve qu’il n’a pas du en changer depuis quelques jours. Rapidement je constate qu’il flotte dans l’air confiné et surchauffé de cette salle d’embarquement comme une odeur de fennec des sables. Ca pue tellement que s’en est une horreur. Une odeur de vieille sueur et d’urine mêlées, acre et tenace qui nous prend aux narines et porte à l’estomac. Els sort discrètement une petite fiole d’eau de Cologne de son sac et en imprègne un foulard de coton, qu’elle porte à son nez.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nos compagnons de voyage semblent avoir souffert et je suis convaincu qu’ils n’ont pas eu les meilleures conditions d’accueil dans les casernes où ils étaient logés. Je me mets soudain à culpabiliser vis-à-vis d’eux, bêtement parce que je n’y pouvais rien, mais surtout parce que je m’aperçois que je ne me suis jamais vraiment préoccupé de leur sort et faisais confiance à ce que Béchir avait pu nous dire, sans chercher plus loin. Els ressent la même chose et nous n’osons pas nous approcher d’eux pour communiquer, leur demander s’ils vont bien. Nous restons à part, encore et toujours, en hôtes privilégiés sur lesquels veille spécialement un officier aux ordres.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les heures passent. Il fait chaud dans cette salle où on nous a parqué. Les bouteilles d’eau d’Emilia sont les bienvenues mais ne durent pas. Une hôtesse de l’avion, le chignon défait et le maquillage approximatif, vient nous voir pour savoir si nous faisions partie des passagers pour Ankara et demande à voir nos billets. Nous sortons ce qu’il reste des cartes d’embarquement et la souche de nos billets. Elle vérifie sur une liste que nos noms sont bien inscrits, tout en consultant nos passeports. Enfin, elle nous gratifie d’un sourire commercial, complètement décalé dans ce genre de situation. Je trouve surréaliste cette démarche administrative en plein conflit en devenir. En même temps, je me dis que c’est le signe que nous retournons vers la civilisation, vers une bureaucratie connue, normale, bienveillante et tatillonne.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Zorro vient nous voir de temps à autre et s’inquiète de notre état, si nous désirons quelque chose. C’est incroyable ce qu’il peut être serviable. Il nous explique toujours très poliment qu’il ne peut pas intervenir pour telle ou telle chose, qu’il n’y a pas moyen de trouver ce qu’on veut. Bref il nous confirme très gentiment et avec beaucoup de servilité son impuissance à nous renseigner ou à nous procurer ne serait-ce qu’une bouteille d’eau supplémentaire. Alors nous faisons comme tout le monde et allons boire au seul robinet fonctionnant dans les toilettes délabrées qu’une multitude de projectiles a laissé à ciel ouvert. Ce qui très agréable quand on fait ses besoins.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le soir arrive, nous donnant enfin un peu de fraîcheur. Nous nous sommes peu à peu habitués à l’odeur d’humains négligés qui flotte dans la salle. Nous en faisons désormais partie. L’attente commence à peser. Nous ne savons toujours pas quand nous allons partir et personne ne peut nous renseigner. Entre-temps, nous avons réussi à renouer avec les autres passagers. Ils nous apprennent que les deux premiers jours se sont bien passés pour eux, mais qu’une des casernes où ils avaient été logés avait été attaquée par la milice Amal. A partir de ce moment, ils n’ont pas cessé d’être transférés d’un endroit à un autre, toujours avec des promesses d’un lit, d’une douche, qui ne venaient jamais. Ils s’étaient alors organisés en communauté, mettant en commun tout ce qu’ils avaient dans les valises. Certains n’avaient rien récupérés et étaient totalement démunis. Une solidarité s’était créée, quelquefois avec des tensions, tout à fait normales, dues à l’énervement, à la chaleur et au manque de communication entre l’armée et eux.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Par bonheur, il n’y avait aucun enfant dans cet avion. Les adultes s’étaient arrangés comme ils pouvaient, avec leurs peurs, leurs névroses, leurs espoirs et leurs craintes. Matériellement, l’eau était la chose la plus rare et quand enfin des bouteilles arrivaient, tout le monde se jetait dessus et chacun en vidait une d’un seul trait tant la soif était grande.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je remarque en discutant qu’il n’y a cependant aucune animosité contre les soldats qui les ont gardés, ni contre les autorités, ou du moins ce qu’il en reste au&amp;nbsp;Liban. Aucune récrimination sur le fait qu’ils ont été en quelque sorte arrachés à leur destin, pris en otage au nom d’aucune cause. Simplement parce que nous étions là au mauvais endroit et au mauvais moment. Nous étions plus gênants qu’autre chose dans ces conflits inter communautaires. Comme disait Béchir nous étions une connerie et personne ne voulait plus en assumer la responsabilité et résoudre le problème. Il fallait que la situation devienne insupportable pour qu’enfin des responsables politiques veuillent bien prendre l’affaire en main, à leur plus grand bénéfice et prestige.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Des éclats de voix résonnent à l’extérieur de notre salle. Je commence à m’inquiéter, tandis que certains des autres passagers se dirigent au contraire vers l’entrée d’un air satisfait. Ils sont ici depuis plus longtemps que nous et ont déjà adopté les rites et coutumes de cet aéroport. Quatre soldats portent de grands cartons et les laissent près de l’entrée pour en rechercher d’autres. C’est l’heure de la bouffe&amp;nbsp;! Je remarque que le copilote est devenu le chef du groupe. Il commence à extraire les vivres des cartons et à faire des tas équitables tout en donnant de la voix pour remettre de l’ordre dans ce début de &amp;nbsp;précipitation inévitable qui tend à devenir anarchique. Le calme revient rapidement. Avant la distribution, des hommes sont appelés, dont moi, avec mission de prendre les pains, les bouteilles d’eau, les rations, et de les distribuer aux différents petits groupes. Nous avons chacun la responsabilité d’approvisionner scrupuleusement une zone bien précise de la salle d’embarquement. Tout se passe bien et l’excitation de tout à l’heure est rapidement tombée. Je sens qu’ils ont mis au point un système auquel l’unanimité a adhéré. Tout le monde a confiance et sait qu’aucun d’eux ne sera spolié au profit d’un autre. Cela me laisse rêveur sur un certain modèle de société…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous nous installons pour la nuit, conscient de ne plus rien devoir attendre aujourd’hui. Notre Don Diégo local vient nous voir pour nous border et nous faire le bisou du soir. Il parle à voix basse et nous dit d’être patient jusqu’à demain matin. Qu’il y aura du nouveau et que le plein de kérosène a été fait dans notre avion pour être prêt à partir dès que l’ordre en sera donné. Nous avons du mal à le croire. Encore de belles paroles pour nous faire patienter. Ma crainte est de devoir à nouveau être évacué et que nous nous retrouvions nous aussi dans des casernes de fortune à partager un quotidien incertain avec nos compagnons de voyage. Et que l’attente dure, et dure encore…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Els et moi trouvons une banquette pas trop avachie qui avait été oubliée près des toilettes. Nous la ramenons dans un coin éloigné de la salle et nous installons comme nous pouvons pour la nuit. Le peu de largeur de la banquette nous oblige à un rapprochement qui la fait rire. La couverture fournie par l’armée cache des caresses intimes que l’absence de lumière favorise. Je crois que nous ne sommes pas les seuls à profiter de cette obscurité. Des soupirs nous parviennent de divers endroits, plus ou moins sombres, où des couples se sont mis également à l’écart. Je serai curieux de savoir si des histoires d’amour sont nées de cette aventure à Beyrouth. Pourquoi serions-nous les seuls à avoir connu l’amour ici&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Rapidement nous finissons par nous endormir l’un contre l’autre, accablés par cette journée d’attente. Dans mon demi sommeil, je me mets à imaginer une vie avec Els, en Belgique, en Afrique, sur Mars. Notre vie ensemble commencera au moment où nous nous envolerons de Beyrouth.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  part 033</title>
<link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2006/04/28/six-jours-a-beyrouth-part-033.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Fri, 28 Apr 2006 23:50:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_lebanonwar0004.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_lebanonwar0004.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_lebanonwar0004.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Dimanche 6 juin 1982&amp;nbsp; Matin suite. Vers l’aéroport.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Une odeur âcre de fumée nous prend à la gorge. Puanteur de pneus, de pétrole et de vieilles huiles mêlés qui emplit l'habitacle dont nous avions laissé les vitres ouvertes. Nous les fermons aussitôt malgré le risque de mourir étouffé par la chaleur déjà accablante de ce matin de juin. Cela vient du côté&amp;nbsp; de la gare routière. Une fumée noire se déploie en panache sauvage et dense sur le bord de la route, poussée vers nous par le vent marin. Nous passons de la clarté du soleil à l’obscurité la plus complète quand les épaisses noirceurs toxiques nous enveloppent. Nous ne voyons pas au delà de cet écran et Samir ralentit, ne sachant comment il va contourner l'obstacle. Nous nous approchons en douceur et constatons qu'il s'agit d'une voiture en flamme. Elle est écrasée, écrabouillée, dépecée et ne paraît pas plus haute qu'une voiture d'enfant. A peine le temps de se demander comment c'est possible, que la réponse arrive face à nous, rugissante, hurlante, imposante. Un tank énorme, surgit de nulle part se trouve face à nous. La tourelle se tourne déjà vers notre voiture et nous braque de son canon. Ami ou ennemi, ennemi de toutes façons devant son agressivité. Samir engage aussitôt la marche arrière comme je l'ai vu pratiquer à maintes reprises dans les situations périlleuses et avec sa dextérité habituelle. Malheureusement, il oublie la voiture conduite par Georges, dissimulée par la fumée et qu'il vient percuter de plein fouet. Sous le choc, nous sommes tassés les uns sur les autres. Pas le temps de faire un constat. Samir embraye et se dégage dans un bruit de ferraille. Il a aperçu une ruelle entre deux maisons bases et je me demande si la largeur sera suffisante pour que nous passions. Nous passons. Rasant de justesse les irrégularités de chaque côté des murs sans jamais les toucher. Je me retourne et constate que Georges nous suit aussi. Il a laissé son pare choc dans l'accident mais ça ne l'empêche pas de rouler. Le tank est au bout de la rue et vient de faire s’écrouler les coins des deux maisons sans autre effort que celui d’avancer. Mais il reste là, immobile, bloqué par sa trop grande largeur. Je redoute un moment qu'il nous prenne en enfilade dans cette voie étroite. Aucun risque de nous manquer. C’est l’histoire de l’éléphant et du couloir. Nous sommes l’éléphant.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous débouchons enfin sur une autre rue à angle droit. Georges nous suit toujours. Il a réussi à sortir du guêpier lui aussi. Nous longeons cette rue blanche de poussière, composée de magasin sans étage, aux larges rideaux de fer. Tous sont fermés et personne ne rode alentour. Par endroit, les trottoirs disparaissent sous des monticules de détritus de toutes sortes qui forment une montagne multicolore et nauséabonde. Un bidonville ou un camp doit être à proximité, caché derrière ces murs lépreux mal blanchis à la chaux et ces ruines d’anciennes demeures frappées par des obus. Des câbles électriques courent par grappes le long des façades et s’enfoncent vers d’autres ruelles à peine plus larges que les épaules d’un enfant. Ce coin est sinistre, accablé par la chaleur et un soleil implacable qui aplatit toute perspective.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Samir freine soudain. Els et moi allons goûter précipitamment les dossiers des sièges avant. Une bande armée s’est dressée devant nous. Une demi douzaine de jeunes hommes, coiffés du keffieh, kalachnikovs à la main. Ils nous entourent aussitôt et hurlent de descendre de voiture, faisant signe avec le canon de leurs fusils de sortir et de se mettre sur le côté. Comme nous ne bougeons pas, ils deviennent de plus en plus menaçants et nerveux. Un coup va partir tout à l’heure.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Ca ne finira donc jamais…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un commentaire.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Personne ne bouge, dit Béchir. Ils en veulent à la voiture. Ce sont des voleurs, mais si nous descendons, ils vont nous abattre dès que nous serons dehors. Ils ne vont pas courir le risque de tirer sur la voiture s’ils en veulent un bon prix. S’ils nous tuent à l’intérieur, la voiture sera invendable à cause du sang qui reste toujours.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Qu’est-ce qu’on fait alors&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Georges a du voir la scène et s’est engouffré dans une autre rue qui retourne vers la gare routière. J’ai du mal à imaginer qu’il nous a abandonné. Les gars deviennent franchement hostiles et crient tous en même temps. Déjà une courte rafale est tirée en l’air. Je sens que la théorie de Béchir ne tient pas et que nous allons morfler quand même. Samir tente de sortir son pistolet mais la main de Béchir se pose sur son poigné pour l’empêcher de tirer.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Nous ne faisons pas le poids.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Mais ils vont nous descendre de toute façon, s’énerve Samir.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je vois bien que Béchir ne sait plus quoi faire. C’est alors que notre petite étoile se met à briller une fois de plus. J’aperçois Georges qui reflue en marche arrière de la rue où il s’était engagé. Il repart et passe en trombe à côté de nous, laissant tout le monde estomaqué ainsi que nos braqueurs. Une violente explosion fait voler en éclat la façade d’un garage à vingt mètres derrière nous. Aussitôt, les voleurs s’égaillent en tous sens pour échapper au tank qui est revenu dans ce coin et tire sur tout se qui bouge. Dont nous qui échappons de justesse à un nouveau tir qui nous propulse en avant tandis que Samir a déjà eu le réflexe de démarrer pour s’enfuir.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le tank est laissé loin derrière nous. Nous ne saurons jamais à qui il pouvait appartenir&amp;nbsp;: palestinien, syriaque, druze&amp;nbsp;…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous reprenons la route en direction de l’aéroport, silencieux et dans l’attente du prochain assaut. Georges nous a attendu et ouvre désormais la route. Ses hommes sont assis sur le bord des portières, à demi sortis de la voiture, fusil mitrailleur à la main, comme une mise en garde. Mais plus personne ne vient gêner notre avancée. Nous ne constatons même plus les barrages que nous avions rencontrés à notre arrivée, quand nous étions en route pour Achrafieyh. Ils ont disparu en même temps que la population qui a commencé à se terrer en prévision des combats à venir. J’aperçois au loin le camp de Sabra et repense à la jeune fille qui portait du pain sur la route. Puis les bâtiments de l’aéroport apparaissent au loin, se confondant avec la couleur ocre jaune du terrain. A cet endroit, l’agitation est à son comble. Toute l’armée libanaise s’est donnée rendez-vous ici. D’autres véhicules militaires sont alignés comme à la parade. Des tanks encore. Et des soldats, jeunes, cheveux longs, caressants leurs fusils d’une main impatiente. Nous passons les différents contrôles grâce aux documents de Béchir qui agissent comme un sésame. Les deux Land Rover s’arrêtent enfin devant l’entrée principale. Un officier est là, visiblement au courant de notre venue. Il salue Béchir et nous fait tous entrer dans le hall poussiéreux de l’aérogare. Nous circulons entre des soldats, des journalistes européens et américains dont je reconnais l’accent typique. Tout le monde discute, par petit groupe et semble tendu. Un homme vient vers nous. Il me semble vaguement le connaître de vue.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Vous êtes français, n’est–ce pas&amp;nbsp;? fait-il dans notre langue. Je suis Roger M. le permanent d’Antenne 2 au proche orient. Je voudrais savoir comment s’est passé votre détention à Beyrouth…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Els et moi nous regardons. «&amp;nbsp;Quelle détention&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le journaleux insiste pour nous faire admettre que nous étions prisonniers, ce que nous démentons en disant que nous étions accueillis chez des maronites chrétiens d’Achrafieyh et&amp;nbsp;bien traités, comme des invités.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il ne semble pas entendre ce que nous disons et fait une grimace en gribouillant quelques lignes sur un carnet. Il nous lâche enfin, visiblement peu satisfait que nous ne voulions pas lui raconter l’histoire qu’il semble attendre de nous et qui fera de l’audience quand il passera à l’antenne au «&amp;nbsp;20 heures&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Béchir n’a pas assisté à cette entrevue, trop occupé à donner des consignes à l’officier qui nous attendait. Je sais qu’on prendra bien soin d’Els et de moi. Il arrive enfin vers nous. J’ai l’impression d’être dans un film depuis une heure. Tout s’accélère brusquement et le dénouement tant attendu est si proche que j’ai du mal à réaliser.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je dois vous laisser maintenant. Les heures difficiles vont commencer et j’espère qu’elles vous épargneront. L’officier prendra soin de vous. Vos camarades d’infortune sont là depuis hier. Vous allez les rejoindre et je pense que d’ici quelques heures, vous pourrez décoller. L’aéroport est ouvert mais on attend quelqu’un d’important, ici à Beyrouth. Et tant qu’il n’est pas arrivé, vous devrez attendre.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Voilà, c’est la fin et nous ne savons pas comment nous dire au revoir.&amp;nbsp; Je lui tends la main, murmure quelques mercis qui sont mièvres et en deçà de ce que je souhaiterais lui dire. Il me prends par les épaules et m’embrasse amicalement. J’emporte avec moi son dernier sourire. Els lui passe les bras autour du cou et ils se serrent forts tous les deux, soudés par l’émotion qui les gagne. C’est vrai qu’ils ont vécu des moments intenses quand je fus kidnappé. Puis brusquement, il s’en va, ne se retourne pas. Il sort un paquet de cigarettes tout en marchant vers la sortie, en allume une et disparaît en laissant derrière lui une volute bleutée qui se dissout dans l’air peu à peu.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth   part 032</title>
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<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Wed, 19 Apr 2006 22:15:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_chars_beyrouth_1982.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_chars_beyrouth_1982.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_chars_beyrouth_1982.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Dimanche 6 juin 1982 &amp;nbsp;Matin&lt;br /&gt;&lt;/font&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; A travers mon sommeil, j’entends qu’on frappe à la porte de notre chambre. Les coups violents et répétés me sortent d’un songe sans queue ni tête, faits de combats incessants pour rattraper Els qui s’échappe sans même courir, sans&amp;nbsp; bouger. Elle s’éloigne en me souriant, debout, tandis que je m’efforce de la rattraper et que des milliers de bras et de mains surgis de nulle part m’en empêchent.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Béchir n’a pas attendu qu’on lui dise d’entrer. Son visage apparaît, grave et tendu à l’extrême. Il ne remarque pas notre nudité à Els et à moi.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Vous avez une demi heure pour vous préparez et me rejoindre en bas, nous dit-il.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Il a déjà disparu. D’un bond, je saute du lit et je réussis à le rattraper sur le palier pour lui demander ce qu’il se passe.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Votre avion a reçu l’autorisation de décoller. Bachir Gemayel a fait le nécessaire pour que vous pussiez partir…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Mais je devine autre chose dans la nervosité qu’il ne peut dissimuler.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Et pourquoi tant de hâte tout d’un coup&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Israël a franchi la frontière au sud du Liban ce matin à l’aube et commence à avancer rapidement. Les casques bleus les ont laissé passer comme je l’avais prévu.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- C’est plutôt une bonne nouvelle pour vous.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Non, parce que des combats ont déjà commencé à Beyrouth et nous ne sommes pas prêts. Les palestiniens ont un arsenal énorme et je crains qu’ils ne s’en servent contre nous avant que les israéliens n’arrivent. C’est une question d’heures maintenant. Nous allons essayer de vous amener à l’aéroport avant que ça se gâte.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je n’aime pas le terme «&amp;nbsp;essayer&amp;nbsp;» qu’il a employé.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous faisons une toilette sommaire et préparons nos sacs rapidement, empaquetant pêle-mêle nos affaires sans même les plier. Tout va très vite, mécaniquement, sans un mot, tout à notre affaire et nous préparant déjà psychologiquement aux difficultés liées à notre départ et aux possibles dangers qui nous guettent.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; En traversant le grand salon, je ne constate aucune trace de la fête de la veille. Tout est propre, bien rangé.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Un café fort et quelques gâteaux sont disposés sur la table de la cuisine. Juliette pleure en silence, assise sur une chaise, un torchon dans une main en train d’essuyer machinalement une assiette que vient de laver sa mère. A notre arrivée, Emilia abandonne sa vaisselle et s’essuie les mains. S’avançant vers nous, elle nous remet à chacun un paquet avec une bouteille d’eau qu’elle avait préparé à l’avance.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Ce sont quelques vivres et de l’eau. On ne sait jamais si vous en avez besoin.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Puis elle me prend par les épaules et m’embrasse sur les deux joues, laissant sur ma peau la trace d’une larme qui s’est échappée. Elle fait de même avec Els qui pleure également. Elles se tiennent par les mains, agitant leurs bras comme dans une triste ronde enfantine. Je me tourne vers Juliette et l’embrasse également.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Prend bien soin de ta mère, Juliette. Elle a besoin de toi…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Je me surprends à avoir la voix cassée par l’émotion.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- La voiture nous attend.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Béchir est dans l’entrée de la cuisine et nous presse de partir. Alors nous décampons comme des voleurs, à la hâte, sans même avoir le temps de se dire que nous nous sommes appréciés, aimés, qu’ils font parties de notre famille désormais, et que nous ne les oublierons jamais. Nous laissons là le café et les gâteaux d’Emilia. A peine un signe de la main depuis le seuil de la porte. Nous nous engouffrons dans le Land Rover, accompagnés par nos gardes du corps habituels. Samir est au volant, tandis que Georges conduit l’autre voiture.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Une dernière image de la maison d’Achrafieyh. Juliette est accrochée à la robe de sa mère et nous fait un signe d’adieu tandis qu’Emilia se tient droite, les mains serrées sur son ventre. Elles ont disparu après le virage qui nous conduit vers le passage du musée. Je ne sais pas encore que le destin me fera les retrouver vingt ans plus tard….&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous arrivons sur l’avenue qui mène sur la rue de Damas. Première surprise et de taille. Une file ininterrompue de chars occupe tout un côté de la rue. Ils sont en attente et barre le chemin aux quelques voitures qui se risquent encore à l’extérieur ce matin. Ce sont les forces de l’armée libanaises qui sont descendues des collines pendant la nuit. Les véhicules &amp;nbsp;sont peints couleur de sable du désert. C’est la première fois que je vois une telle démonstration de force. Depuis quelques jours, nous étions davantage habitués à des situations de guérillas. Maintenant, nous voyons des canons lourds posés sur des affûts, des tanks, et un camion avec des lances roquettes, les fameux orgues de Staline. C’est la guerre.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ils sont tous stationnés dans l’attente des ordres. Mêmes les hommes sont différents. On sent les professionnels aguerris aux combats. Les uniformes semblent usés par le temps et certains arborent quelques médailles. Ils nous regardent venir, les yeux durs et méfiants.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Un gradé nous fait signe de nous garer et vient vers nous d’un pas rapide, la main posée sur la crosse de son pistolet. Béchir descend de voiture et dresse devant lui quelques papiers dactylographiés. Samir se tourne vers nous et nous dit qu’il s’agit des laissé passer et de l’ordre de mission signés par Bachir Gemayel lui-même. Cela semble miraculeux pour l’officier qui aussitôt après avoir lu, se met au garde à vous et salue militairement Béchir. Il aboie ensuite un ordre vers le char de tête en faisant un signe de rotation avec son doigt en l’air.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le char en question se met en route dans un nuage de fumée tellement noire et abondante que la rue disparaît pendant quelques instants. Le bruit du moteur est assourdissant. Puis il manœuvre de façon à libérer l’accès vers la rue de Damas et le passage du musée. Je vois Béchir échanger encore quelques mots avec l’officier. Il semble se mettre d’accord avec lui sur je ne sais quoi.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Béchir revient enfin vers nous et monte dans la voiture. Samir fait un signe de croix discret et embraye. Nous ramassons la tête dans nos épaules et nous tassons sur nous-mêmes. Nous savons déjà que cela va être sportif. Béchir lui demande d’attendre quelques secondes et de ne pas démarrer tout de suite. Il semble attendre quelque chose. Personne n’ose poser de questions. Soudain, nous entendons venir derrière nous une automitrailleuse. Elle nous dépasse et va se poster sur le bord de la route, en plein milieu du carrefour le plus dangereux du monde. Celui du musée. Quelques instants plus tard, des tirs nourris partent du véhicule et arrosent la façade du musée. Samir se met à rire et nous comprenons tous que l’automitrailleuse va nous servir de couverture pour passer. Nous nous mettons tous à rire nerveusement de ce subterfuge. Samir enclenche la première vitesse et démarre rapidement en se dirigeant vers Beyrouth Ouest. Au moment où nous allons passer devant l’automitrailleuse, celle-ci cesse ses tirs pour éviter de nous toucher par mégarde. Aussitôt le carrefour franchi, nous entendons à nouveau les tirs mais il s’agit maintenant pour le véhicule militaire de se replier sans se faire allumer à son tour par des rockets ou des grenades.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je me retourne une dernière fois vers Beyrouth Est. Derrière nous, un nuage de poussière jaunâtre m’empêche de voir le second véhicule que conduit Georges. Le Land Rover roule rapidement sur la route qui passe devant l’hippodrome. Je regarde le sommet des pins majestueux et me demande si des courses sont prévues ce matin. Personne ne parle. Els est serrée contre moi sur la banquette arrière. Elle ne semble pas avoir peur. Elle a confiance dans notre équipe. Nous longeons Barbir puis le quartier de Mazraa sans rencontrer un seul véhicule. Au loin vers le nord, un panache de fumées noires s’élèvent lentement et assombrit le ciel. Les combats ont commencé nous a dit Béchir…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Samir tourne à gauche et se dirige vers le rond point de la gare routière. Ensuite, c’est la ligne droite vers l’aéroport, vers le départ, vers la liberté.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  part 031</title>
<link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2006/04/17/six-jours-a-beyrouth-part-031.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Mon, 17 Apr 2006 18:05:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_sursok.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_sursok.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_sursok.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Nuit du Samedi 5 juin au dimanche 6 juin 1982&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Profitant de la pénombre ambiante, nous montons discrètement dans notre chambre, laissant tous les autres en bas à bâffrer, à boire, à danser et à rire en attendant la mort. Allongés sur le lit, baignés par la &amp;nbsp;faible lueur d’une bougie, nous nous regardons sans nous jeter l’un sur l’autre pour une fois. J’aime parcourir les reliefs de son visage d’un doigt lent et méticuleux. Je n’oublie aucun centimètre de sa peau, aucun début de ride sur ce visage juvénile. Elle ferme les yeux, attentive à cette douceur qui parcoure ses traits. Je remarque qu’elle a les yeux très cernés. Ces lignes bleuâtres lui vont bien et sont très sensuelles. Elles marquent également sa fatigue, les jours difficiles que nous avons vécus, les tirs, les enfermements dans l’obscurité, l’attente, l’angoisse. Je vois la femme qu’elle va devenir bientôt, abandonnant peu à peu son visage d’encore adolescente.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Els finit par prendre les initiatives et commence à enlever sa robe, défaisant sur le devant une multitude de minuscules boutons qui ferment &amp;nbsp;son corsage. Cela devient une sorte de strip-tease lent et pervers auquel elle refuse que je participe. Alors, je la laisse faire, allongé sur le lit, les mains derrière la tête. Minute après minute se dévoilent une nouvelle partie de sa gorge, un début de rondeur de sein. Le nombril apparaît enfin dans une échancrure de plus en plus large qui finit par dégager ses épaules.&amp;nbsp; Le haut de la robe glisse et s’enroule autour de ses hanches. Comme d’habitude, elle ne porte pas de soutien gorge, et je reste admiratif devant tant de beauté. J’en oublierais presque que j’ai envie d’elle. La robe glisse enfin toute entière et tombe à terre. Venus en personne s’avance vers moi et retire mes vêtements un à un pour s’allonger entièrement sur mon corps nu. Elle sourit en sentant contre son ventre mon désir qui enfle et s’endurcit. Mes bras l’entourent et je veux l’embrasser mais elle me saisit les poignés et les ramène le long de mes hanches. C’est elle qui commande, je n’ai plus qu’à me soumettre à son bon vouloir. Se penchant vers mon visage, elle me lèche les lèvres et les joues, le nez puis tout à coup m’embrasse à pleine bouche, sa langue fouillant avec force ma langue et mes dents. Ce baiser sangsue me rend fou de désir et je cherche à la pénétrer. Mais elle se dérobe d’un mouvement de fesse, et se met à rire. Nos peaux sont moites de sueur. Els fait glisser lentement son bas ventre contre le mien, enroulant mon sexe sur le haut de ses cuisses. Tout son corps n’est que souplesse et contorsions. Elle embrasse chaque partie de moi qui se trouve à portée de lèvres et les pointes de ses seins dessinent des arabesques sur ma poitrine et sur mon ventre. Elle rit de sa puissance en constatant le&amp;nbsp; degré croissant de mon désir. Chaque attaque que je prodigue pour prendre le dessus est esquivée. Mais je sais qu’elle va bientôt craquer également. Son souffle devient plus fort, plus rauque avec un bruit de gorge par moment. D’un mouvement précis de son bassin, elle s’empale soudain sur moi. La moiteur torride de son sexe entoure le mien dans des contractions qui me rendent dingue. Je crois que je ne vais pas tenir longtemps. Le plaisir monte, monte comme un fou. Je vais partir…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Non, pas maintenant, attends-moi…me souffle-t-elle.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Elle est au bord de l’orgasme également. Je ne sais si son visage exprime la douleur ou le plaisir. Ce sont les mêmes traits tendus, les mêmes paupières fermées et contractées, dans l’attente de la sensation qui fera pousser ce cri sur lequel s’entrouvre sa bouche. Sa tête tombe dans le creux de mon épaule. Son souffle, de plus en plus profond, devient une sorte de râle aux tonalités graves que je ne lui connais pas. Je me mords les lèvres pour ne pas partir. Je n’en peux plus. Le plaisir est trop fort. Nous hurlons en même temps, longtemps, bruyamment, dans des contractions qui font trembler le lit sur ses bases. Puis le calme revient, lentement, libérateur. Els est restée couchée sur moi, sans pouvoir bouger. La transpiration colle ses cheveux à son front. De fines gouttelettes de sueur ourlent le dessus de ses lèvres. Nous reprenons difficilement notre souffle dans cette chambre sans air. Elle finit par ouvrir un œil, me regarde par en dessous et sourit. Enfin, elle tente de se soulever puis vaincue par l’effort à fournir, retombe lourdement sur&amp;nbsp; moi. Un fou rire nous gagne. Nous ne nous sommes jamais entendu hurler d’amour comme ça et nous sommes épuisés.&amp;nbsp; Je réussis à attraper une bouteille d’eau et nous la vidons avidement d’un trait. Nous sommes si bien. Les minutes passent. Nous commençons à parler, de tout, de rien, de la fête dont les échos nous parviennent encore. Je lui embrasse les cheveux.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je t’aime, même si tu ne m’aimes pas vraiment.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Ce n’est qu’un murmure, mais elle réagit vivement et me regarde en&amp;nbsp; rejetant en arrière une mèche toujours collée à son front.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je t’aime aussi tu sais. Je ne sais pas pourquoi tu t’es mis dans la tête que je ne t’aimais pas. Je ne te l’ai pas prouvé peut-être&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Tu ne me l’as jamais dit…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Elle ne dit rien et semble bouder. Je continue à lui parler.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- … Je me suis dis que tu avais sans doute quelqu’un en Belgique, ou ailleurs. Un fiancé, un mari…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Elle me regarde, le regard moqueur.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- …non OK, pas un mari…mais quelqu’un, un mec, un ami…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Non, pas un ami…Une amie&amp;nbsp;! me dit-elle droit dans les yeux, soudain sérieuse.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Je ne m’attends pas à ça, et je me demande si elle ne se moque pas de moi.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Ca te choque&amp;nbsp;que je sois lesbienne&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Rien ne m’y a fait penser.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- J’aime autant les hommes que les femmes. Non, pas les femmes, ce n’est pas vrai. Qu’une femme&amp;nbsp;! Je crois que je n’aime pas spécialement les femmes, mais j’ai une affection particulière et très orageuse avec l’une d’elles. C’est d’ailleurs pour mettre de la distance entre elle et moi que je suis partie en Egypte. Elle m’a appris beaucoup de choses sur la vie, et j’ai beaucoup d’attirance envers elle. Mais c’est une histoire qui se finit. Sans doute grâce à toi aussi.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je ne connais rien aux histoires homosexuelles et généralement elles me font plutôt rire et sont l’objet de blagues entre copains. J’observe la gravité d’Els qui me confie son amour pour une femme. Je ne suis pas choqué et je trouve très belle la rencontre qu’elle me décrit et son histoire tumultueuse avec une femme plus âgée qu’elle, professeur d’université. Sa nouvelle sexualité, ses désirs, son ambiguïté et son désir de garçons malgré tout. Ses ruptures et ses retours. Je l’écoute et découvre enfin une Els qui se dévoile entièrement, pendant des heures, comme une confession.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les mots s’arrêtent. Un lourd silence emplit la pièce. La fête a du se terminer et nous ne nous en sommes pas rendu compte.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Tu m’aimes toujours&amp;nbsp;? me dit-elle, la voix fatiguée.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Plus que jamais…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous nous endormons, tard dans la nuit, blottis l’un contre l’autre. Je sens sa respiration contre ma nuque. Une énorme bouffée d’amour s’empare de moi, comme une douceur qui me parcourt tout le corps et me fait comme une tendresse au niveau du plexus et dans la poitrine. Je n’ose pas bouger de peur que cette sensation s’en aille. Enfin je m’endors avec en moi cet aperçu de ce que peut être le Nirvana.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  part 030</title>
<link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2006/04/12/six-jours-a-beyrouth-part-030.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Wed, 12 Apr 2006 21:45:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_oud01.3.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_oud01.3.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_oud01.3.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;span lang=&quot;EN-GB&quot; xml:lang=&quot;EN-GB&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Samedi 5 juin 1982&amp;nbsp;&amp;nbsp; Soirée suite&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La panne de courant est générale. Aucune lueur dans cette vaste obscurité qui a soudain saisi la ville. A peine quelques phares de voitures qui balaient le bas de la rue et s’évanouissent en trouant brièvement d’autres ténèbres. Dans la vaste maison, chacun, en riant, se hâte de chercher les bougies, les candélabres, les vieilles lampes à pétroles. Ils ont l’habitude de ces coupures d’électricité. Cela devient un jeu dans la maisonnée et on profite du noir pour se faire des farces et se chatouiller. Juliette n’est pas la dernière à s’amuser avec les deux ou trois soldats qui sont restés de garde pour la nuit. Enfin, un immense bougeoir illumine de sa clarté vacillante le haut de l’escalier. Emilia le tient à bout de bras. Els est derrière elle et est éclairée comme dans un tableau de&amp;nbsp; Georges de la Tour. Elles sont toutes deux vêtues de robes du début du siècle qu’elles ont du dénicher dans une des malles du grenier. Les regards, admiratifs, sont figés sur les deux silhouettes féminines et gracieuses qui descendent avec lenteur et majesté le grand escalier qui mène au salon. C’est alors que Béchir s’avance vers Emilia et lui prend le chandelier des mains. Puis, galamment, se piquant au jeu des deux jeunes femmes, il leur offre à chacune un bras et, ainsi encadré, il les mène vers le canapé du salon où elles s’installent.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Emilia, pour une fois n’a pas fait la cuisine, et ne servira pas les&amp;nbsp; convives qui sont arrivés par petits groupes quelques minutes auparavant. Elle fait partie de la fête et a engagé deux jeunes voisines pour s’occuper du service. Je rejoins Els, belle comme jamais. Elle me regarde venir vers elle, le regard par en dessous avec un sourire coquin tout en se mordillant la&amp;nbsp; lèvre inférieure, comme une enfant qui aurait fait une blague. Je m’assoie près d’elle et l’embrasse dans le cou. Elle sent la vanille et la fleur de&amp;nbsp; tiaré. Où a-t-elle pu dénicher un parfum pareil&amp;nbsp;? Je suis toujours surpris des fragrances qu’elle dégage et qui m’envoûtent. Elle me fait comprendre que, désormais, je suis son chevalier servant, même si mon uniforme de routard laisse à désirer.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; C'est alors qu'une mélodie lente et déchirante commence à emplir la pièce, accompagné d'un arpège de corde. Tout le monde se tourne vers l'endroit resté dans la pénombre. Deux musiciens sont assis dans des fauteuils et joue une musique étrange aux sonorités orientales. L'un d'eux joue du oud, cet instrument à cordes, ancêtre du luth et de la guitare. J'avais tenté d'en jouer au Maroc, car le son cristallin et cependant chaud m'enchantait. Mais, piètre guitariste, je n’avais réussi à sortir que quelques notes de blues qui n'avaient rien à voir avec ce qu’on joue d’habitude avec cet instrument. Je pense que le souk de Casablanca doit encore rigoler de mon expérience de rock n’ roll&amp;nbsp; orientale joué sur ce oud d’occasion.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L'autre musicien souffle dans une sorte de flûte courte mais aux sonorités graves et vibrantes, étonnantes pour la dimension de l'instrument. Cela ressemble à de la clarinette par la musicalité, mais pas dans la forme. Les sons qu'il en tire sont d'une mélancolie profonde, douloureuse, venant des âges terribles où les populations de tout le moyen orient étaient soumises au joug de l'empire turque. Béchir m'apprend qu'il s'agit d'un duduk, instrument d'origine d'arménienne mais que certains musiciens commencent à pratiquer au Liban. Ils l’adaptent avec bonheur à la musique locale. C’est très beau et une douce mélancolie nous envahit. Pendant ce temps, un des soldats s’est improvisé serveur et nous apporte des verres d’arak pour les hommes et de liqueur de rose pour les femmes, tandis que les jeunes voisines apportent ce qu’il me semble être des dizaines d’assiettes qui composent un mezzé grandiose, un mezzé de fête. Nous nous laissons envoûter par les notes. Els me prend la main et se serre contre moi. &amp;nbsp;Quelle curieuse atmosphère que cette soirée passée à la flamme des bougies. Elles portent sur les murs de tremblantes ombres chinoises qui&amp;nbsp; finissent par former une sarabande étrange où dansent les âmes de ceux qui vécurent en ces lieux. Heureusement, la musique se fait également joyeuse et nous brisons enfin un silence lourd où chacun semblait se recueillir. Les langues se délient, les rires se déploient. Le bruit des verres et des assiettes se mêlent agréablement et les musiciens nous accompagnent entre deux morceaux en plongeant leurs mains au milieu des plats aux multiples couleurs et aux saveurs sans pareil.&amp;nbsp;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; C’est pendant une de ces pauses que nous entendons les premiers tirs. Ils sont lointains et viennent des quartiers ouest. Mais ils claquent sinistrement dans la nuit, comme des gifles sèches au visage de la paix et de l’amitié. Soudain, nous avons froid et nous nous regardons. La fête est finie.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Béchir se lève alors, son verre à la main.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Amis, frères, sœurs, ne nous laissons pas impressionner par quelques tirs dans la nuit. Nous en avons connu d’autres, encore récemment, ( il se tourne vers moi )&amp;nbsp; et je souhaite que cette fête continue, dans les rires, la fraternité et l’amitié. Nous ne savons pas quand nous pourrons en faire une autre et nous retrouver ainsi réunis, comme ce soir. Alors ne laissons&amp;nbsp; pas ce plaisir à ces…troubles fêtes… ( il sourit de son mot ) et continuons à chanter. Carpe diem&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je lève mon verre en direction de Béchir. Els fait de même, suivie de tous les invités et des musiciens qui commencent à entonner une sorte de valse. Emilia reste assise, l’air triste. Elle efface une larme qui roule jusqu’à ses lèvres. Béchir, en grand frère tendre, la prend dans ses bras et la berce doucement en lui murmurant quelques paroles à l’oreille. Aussitôt, un sourire apparaît sur le visage d’Emilia, un peu forcé au début, puis enfin naturel. Elle lui fait un signe de tête comme pour l’approuver, puis l’embrasse sur la joue. Un couple de voisin commence à danser en riant, ainsi qu’une des serveuses, invitée par un des soldats. Els n’y tenant plus, me tire par la main et m’entraîne sur le parquet du salon. Je suis terrorisé. Je sais que je danse comme un ours dans une foire des Carpates, et j’ai tendance à écraser les pieds de mes partenaires pour les transformer en palmes pour plongeur en haute mer.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Oh non, Els. Pas ça. Plutôt me faire tirer dessus. Pas ça ou je sors dehors.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Ne fais pas la bête. Tu ne sais pas qu’elle danseuse je suis. Laisse toi faire…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et elle se colle à moi, sa main droite dans ma main gauche, et sa main gauche sur ma fesse droite. Nous valsons comme nous pouvons, moi, boule de bowling de dix tonnes propulsée à travers la pièce, menaçant de culbuter tout le monde à chaque pas de géant que je fais pour récupérer un rythme qui m’échappe tout le temps. Au moins, ma danse de guignol permet de détendre l’atmosphère. Tout le monde vient vers moi pour se faire bousculer dans un grand rire quand je me mets à tourner avec Els qui ne contrôle déjà plus rien et dont les pieds ne touchent plus terre depuis longtemps. Nous atterrissons enfin sur un fauteuil tous les deux, essoufflés et heureux d’être ensemble. Son corps contre mon corps. Je sens ses jambes fines qui remontent le long de mon pantalon et sa main qui se glisse sous ma chemise. Comment fait-elle pour avoir ce goût de fraise quand elle m’embrasse&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le salon a disparu. Les rires se font murmures et la musique n’est plus qu’un flonflon qui se perd dans le lointain.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous nous noyons dans le regard de l’autre.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- On monte&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  part 029</title>
<link>http://odamafemme.blogspirit.com/archive/2006/04/08/six-jours-a-beyrouth-part-029.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Sat, 08 Apr 2006 23:10:00 +0200</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_rue_pieton.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_rue_pieton.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_rue_pieton.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;EN-GB&quot; xml:lang=&quot;EN-GB&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Samedi 5 juin 1982&amp;nbsp;&amp;nbsp; Soirée&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Emilia repart avec Els pour la réconforter après ce qu’elle a vécu. J’ai vaguement compris que ce soir il y avait fête. Sans doute parce que c’est samedi. Je vais pour remonter dans notre chambre quand Béchir m’invite à boire un verre avec lui dans un petit bureau. Ce n’est pas habituel chez lui car je ne l’ai jamais vu boire en dehors des repas. J’accepte volontiers. Je m’aperçois qu’en fait, j’ai réellement besoin d’un remontant. Les heures s’enchaînent à Beyrouth, toutes plus terribles les unes que les autres et je commence à me demander si cela ne viendrait pas de moi. A chaque fois que je passe quelque part, il se passe un malheur et je traîne des cadavres derrière moi. La parano me guette. Il faut que je demande à Béchir si c’est bien normal tout ce qui se passe ici, en si peu de temps.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je ne connais pas cette pièce. Elle est toute petite, circulaire puisqu’elle fait partie d’une tour d’angle de la maison. Les murs sont tapissés de livres de toutes sortes jusqu’au plafond. Des livres anciens à couvertures de cuir et d’or, des livres de la Pléiade dans leurs reliures raffinées, des romans, dont beaucoup en français, Mauriac, Colette, Giono, Malraux et puis d’autres auteurs que je ne connais pas. Sans doute des écrivains de langue française dont la notoriété n’a pas dépassée le Liban. Et puis des revues, énormément, disposées en tas à l’équilibre précaire sur des coins de tables, ou bien à même le sol.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Là aussi les fenêtres sont obturées et Béchir se dirige vers une petite lampe pour allumer. C’est une lampe de lecture Tiffany, aux verres opaques et multicolores qui ne diffuse qu’une faible clarté dans la pièce. Mais cela nous procure une pénombre qui soulage les yeux. Nous avons vu tant d’horreurs ces dernières heures que nous n’avons pas besoin de trop de lumière. Béchir se dirige ensuite vers un meuble bas dont il ouvre une porte. Elle grince, bois contre bois, preuve qu’on ne doit pas l’ouvrir souvent. Un bar apparaît, beaucoup de verres, peu de bouteilles.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je te propose arak ou whisky local. Le tout sans glace, fait-il avec un sourire forcé.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous nous laissons faire pour l’arak que nous coupons d’eau fraîche. Béchir allume une cigarette et m’en offre une. Je le regarde fumer. Il a les yeux clos et tient sa cigarette d’une façon originale. Je l’avais déjà remarqué la première fois que nous nous sommes rencontrés à l’aéroport du Caire. Il tient sa cigarette entre le majeur et l’annulaire, au plus près de la paume,&amp;nbsp; alors que moi-même, je la tiens du bout des doigts, entre l’index et le majeur. A chaque bouffée qu’il tire, le bas de son visage disparaît entièrement derrière sa main. Puis d’une rapide pichenette du pouce sur le bout filtre, il fait tomber sa cendre avec précision dans un cendrier placé à son côté. Tout un art de fumer que j’admire. Dans les années qui viendront, quand j’évoquerai le souvenir de Béchir, je me souviendrai toujours de lui avec ses éternelles cigarettes.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous trinquons, je ne sais pas à quoi. Sans doute à notre survie. Encore une victoire contre la camarde. Ce n’était pas notre heure puisque tout est écrit d’après Béchir. Le cristal des verres résonne sans que nous ayons prononcé une seule parole. Je me racle la gorge et commence à lui confier ce que je pense de toutes ces péripéties dont j’ai été soit l’acteur, soit le témoin.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- …Tu crois que je porte la poisse, Béchir&amp;nbsp;? &amp;nbsp;finis-je par lui demander.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Il part d’un immense éclat de rire qui me vexe à moitié.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;EN-GB&quot; xml:lang=&quot;EN-GB&quot;&gt;- Bienvenue à Beyrouth my friend.&lt;/span&gt; C’est vrai que pour une première fois dans cette ville, tu as fait fort. Mais malheureusement, c’est le lot quotidien des habitants d’ici. Ces événements n’ont rien d’inhabituels et ce que tu as vu se produit tout le temps. Quelquefois avec un certain répit entre chaque événement dramatique qui nous laisse l’illusion d’une paix provisoire. Tu t’es beaucoup baladé dans Beyrouth ces dernières heures, c’est…normal je vais dire que tu aies été pris dans l’action. Les habitants d’ici se terrent pour éviter ce genre de problème. Nous vivons &amp;nbsp;comme des rats…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Il tire sur sa cigarette.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;-…Et puis, je sens aussi que les choses s’accélèrent. C’est vrai que ça tire beaucoup plus depuis quelques jours, mais ça n’a rien à voir avec toi, fait-il malicieux…Il y a davantage d’accrochages dans les différents quartiers, comme si on préparait des avancées stratégiques. Chacun fait bouger ses troupes et se replace en vue de batailles plus importantes. Tout le monde est devenu nerveux et les snippers sont réapparus. Sans compter ce qui se passe dans le sud Liban avec les roquettes qui sont balancées par les palestiniens sur Israël. Les casques bleus qui sont&amp;nbsp; sensés protéger cet endroit et garantir la paix, ne font pas leur boulot. Si personne ne le fait, alors c’est Israël qui va le faire. Mais à sa façon, et cela risque de ne pas être très beau. Non pas qu’ils vont massacrer tout le monde, ce ne sont pas des criminels. Mais dans ce genre de conflit où il y a trop de partis et trop d’intérêts en jeu, on laisse faire beaucoup de choses et on ferme les yeux sur certaines exactions. Comme cela s’est déjà produit dans le passé…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce discours de Béchir était prémonitoire des massacres de Sabra et Chatila qui eurent lieux trois mois et demi plus tard. Israël laissa faire le nettoyage des camps par les chrétiens, et parmi eux, les troupes de Bachir Gemayel. Non seulement Israël laissa faire, mais il contribua à aider au massacre sans y participer nommément, en empêchant les habitants des camps de s’enfuir et en lançant des fusées éclairantes la nuit au dessus des baraques pour mieux illuminer les rues et le génocide qui s’y perpétrait.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- …Il se prépare des événements difficiles dans les jours à venir. Je voulais te dire que nous ferons tout notre possible, si cela arrive, pour vous mettre à l’abri, toi, Els et vos camarades de voyage. Nous tentons d’organiser en ce moment un rapatriement par l’intermédiaire de l’Ambassade des Etats-Unis. Si votre avion n’arrive pas à décoller, nous vous ferons évacuer sur un bateau militaire américain qui croise au large depuis quelques semaines.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La nouvelle me réconforte et je bois une grosse gorgée d’arak qui me brûle l’estomac. Enfin du nouveau, du concret&amp;nbsp;! Cependant, dans quelle mesure est-ce que je peux croire à ce genre de nouvelle&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- D’où tiens-tu cette information&amp;nbsp;? Je ne vois jamais négocier avec qui que ce soit, jamais vraiment t’absenter de la maison, sauf pour nous accompagner dans Beyrouth…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- J’ai des gens qui travaillent pour moi et qui m’informent régulièrement de l’avancée des tractations. Sache quand même que, quand toi tu dors, moi je travaille encore.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il me sourit de toutes ses dents, ravi de sa formule, et approche son verre du miens pour trinquer une dernière fois avant de le vider d’un seul coup. Puis il s’empare de la bouteille et nous sert à nouveau.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;-… Pour fêter votre départ, se justifie-t-il.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; A cette remarque, une brusque bouffée de nostalgie s’empare alors de moi. Comme si j’étais déjà parti loin de Beyrouth et de ses périls.&amp;nbsp;Je m’aperçois avec surprise que je quitterai cet endroit avec regret finalement. Ai-je pris goût au danger, ou ai-je brusquement compris que j’ai vécu ici les heures les plus denses de toute ma vie entière, et que ce que je pourrai vivre désormais n’aura plus jamais la même saveur&amp;nbsp;? Soit je vais me mettre à courir après le danger et rechercher toute ma vie le risque pour retrouver ces sensations, soit je vais vivre avec le sentiment intense que chaque moment qui passe désormais est un rabiot, un plus dont je dois profiter à fond, parce que je ne devrais plus être en vie actuellement…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous discutons encore autour d’un verre, de mes projets, plus que vagues désormais. Je ne sais si c’est l’ivresse qui commence à m’envahir, mais il me semble entendre de la musique pas très loin. Juste quelques notes difficilement discernables. Béchir les entend aussi.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Nous sommes samedi, et le samedi nous aimons bien nous retrouver tous ensembles à faire la fête. J’ai invité quelques amis qui vont nous jouer de la musique. Je suis sûr que tu vas apprécier…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il a à peine fini sa phrase que le noir total se fait autour de nous.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;-…Je crois que notre petite fête va se faire à la lueur des chandelles ce soir…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Six jours à Beyrouth  Part 028</title>
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<author>noreply@blogspirit.com (Coursenois)</author>
<category>Six jours à Beyrouth</category>
<pubDate>Sat, 01 Apr 2006 22:50:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_beyrouth-sursock_museum.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;medium_beyrouth-sursock_museum.jpg&quot; src=&quot;http://odamafemme.blogspirit.com/images/medium_beyrouth-sursock_museum.2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;span lang=&quot;EN-GB&quot; xml:lang=&quot;EN-GB&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Beyrouth&amp;nbsp;: Samedi 5 juin 1982&amp;nbsp;&amp;nbsp; 17H00&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le soleil décline déjà au loin tandis que nous roulons sur Achrafieyh. Les façades prennent cette couleur ocre rouge au couchant qu’on ne peut trouver qu’au bord de la méditerranée, quel que soit le pays, des côtes catalanes aux îles Lipari, en passant par la Casbah d’Alger jusqu’au Ras de Beyrouth.&amp;nbsp; Els, épuisée par ce que nous avons vécu, s’est blotti contre mon épaule, faisant semblant d’être assoupie. Je le sais car sa respiration reste rapide et saccadée. Par contre, notre garde du corps est totalement excité à l’idée d’avoir tué son premier ennemi. Il ne cesse de nous raconter comment il l’a pris de plein fouet, d’une rafale bien ajustée, comment ça lui a déchiré la poitrine, comment il a bondit et que son sang de sale rat a jailli pour gicler sur le sol. J’ai envie de vomir à nouveau, rien qu’à l’entendre. Béchir lui dit de se calmer mais il reste sourd à sa demande, trop agité pour pouvoir obéir. Ses camarades n’auront pas fini de l’entendre raconter son exploit dans les jours à venir. D’une voix forte, Georges lui ordonne en arabe de la fermer. Aussitôt le silence se fait dans la voiture. Nous roulons enfin tranquille, absorbé par nos réflexions personnelles. Ma main caresse les doigts d’Els. Elle me répond par les mêmes caresses pour me signifier qu’elle ne dort pas. A un moment, sa tête quitte doucement mon épaule. Elle a les traits tirés. Je lui demande si ça va. Elle me répond d’un pauvre sourire. Nous nous regardons. Gentiment, avec une infinie douceur, elle passe sa main sur mon visage. J’embrasse ses doigts.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Je suis fatiguée, me dit-elle. Je ne pensais pas un jour revivre ce genre de scène…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Revivre&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je suis surpris par le mot qu’elle emploie et je crois un moment que ce n’est pas ce qu’elle a voulu dire en français.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- J’ai déjà connu des tueries comme celle-ci en Afrique. Il y a deux ans, je travaillais pour une ONG au Congo. Nous avions été dans un village perdu au milieu des collines. Je ne sais pas si tu as entendu parler des gorilles de cette région&amp;nbsp;? Nous sommes arrivés avec le responsable de l’ONG au milieu d’une magnifique population, avide de découvrir ce que nous leur apportions comme matériel. Et puis tu me connais, je voulais savoir aussi ce qu’ils cultivaient, comment ils plantaient, ce qu’ils récoltaient. Nous avons passé une semaine parmi les villageois, simples, accueillants, ouverts et bienveillants. Un matin, un groupe armé est descendu des collines. Personne ne savait qui ils étaient, ce qu’ils représentaient. Ils avaient des uniformes faits de bric et de broc, mais leurs armes étaient toutes neuves. Du dernier cri. Même mon père ne m’en avait jamais parlé.&amp;nbsp;Ils ont commencé à se balader au milieu des rues, rentrant dans les maisons, bousculant les gens. J’avais l’impression qu’ils étaient drogués. Quand les premiers coups de feu ont retenti, tout le monde a couru vers les collines, mais ils ont été empêchés par un autre groupe qui était resté caché et qui leur a barré la route. Nous nous étions planqués dans notre voiture de brousse et les soldats n’osaient pas nous tirer dessus. Nous étions des blancs et tuer des blancs attirent toujours des ennuis, surtout ceux des organisations. A travers le pare brise, nous avons assisté au massacre des habitants. Aux premières loges que nous étions. Sur toute la hauteur de la montagne, comme sur une scène de théâtre. Les silhouettes qui couraient, capturées par les soldats qui les faisaient s’aligner et tiraient une rafale, une seule. Ils tombaient tous les uns sur les autres, sans un cri, comme des marionnettes dont on aurait&amp;nbsp; brusquement coupé les fils. On les voyait l’écrouler avant que le son de la rafale de mitraillette nous parvienne. Ce décalage faisait un drôle d’effet, irréel. Ca a duré deux heures, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul villageois vivant. Ni homme, ni femme, ni enfant. Puis les soldats ont pillé les maisons. Ils n’ont pas récolté grand-chose, ce n’étaient que de pauvres gens qui vivaient de la brousse. Enfin ils sont partis. Ils ont défilé en silence devant notre voiture, chacun nous jetant un coup d’œil. On ne pouvait rien lire dans leurs regards totalement vides. Ils passaient comme une armée d’ombres, sans bruit sinon les semelles de leurs bottes qui raclaient la terre lourdement. Sans doute fatigués, exténués par les massacres qu’ils venaient de commettre et le dégoût d’eux mêmes.&amp;nbsp; Les derniers soldats avaient déjà franchis le sommet des collines pour disparaître quand nous avons commencé à sortir de notre torpeur et à réagir. Toutes ces morts nous avaient comme hypnotisé. Je ne pouvais croire ce que j’avais vécu et je pense que j’aurai sombré dans la folie si mon responsable ne m’avait pas dit qu’il y avait peut-être des survivants et qu’il fallait aller voir. L’idée de pouvoir sauver quelqu’un, de trouver encore de la vie dans cette boucherie m’a réveillé. Nous avons pris un jerrican d’eau, la trousse médicale de la voiture et nous avons grimpé vers les corps inertes que nous apercevions sur toute la hauteur de la colline. La végétation était rouge du sang des victimes, la terre n’arrivait plus à boire tout ce qui avait été répandu et nous marchions à même un cloaque de boue sanguinolente, passant par-dessus des cadavres, défigurés, déchiquetés par les balles. Je me forçais à regarder chaque corps, cherchant un soupçon de vie, une étincelle, n’importe quoi qui puisse nous donner l’espoir….&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Elle passe ses mains sur son visage et renifle brièvement. Je sais que Béchir et Georges écoutent en silence. Le soldat qui nous accompagne a baissé la tête et semble gêné par ce qu’il entend.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- …Nous avons trouvé une femme encore vivante. Son mari l’avait protégé des balles en se couchant sur elle. Malgré tout, elle avait été blessée par les projectiles qui avaient traversés le corps de son mari. Mais elle était vivante. Nous l’avons ramenée au village le plus proche. Là-bas, les autres villageois avaient commencé par refuser de la prendre pour la soigner. Ils avaient entendu les coups de feu et avaient compris ce qui s’était passé. Maintenant ils avaient peur qu’en secourant une des victimes, les soldats viennent dans leur village et les tuent à leur tour en représailles. Le médecin du dispensaire passa outre l’avis du conseil du village et s’occupa de la jeune femme. On apprit le lendemain que nous avions sauvé non pas une vie, mais deux, car la femme était enceinte et elle n’avait pas perdu son bébé malgré une balle qui s’était logée dans son ventre. C’était un véritable miracle.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je vois Georges poussé un soupir derrière son volant et essuyé une larme fugace d’un revers discret et rapide de la main. Nous sommes tous troublés par le récit d’Els. Personne, en la voyant, n’aurait pu imaginer qu’elle avait vécu une telle horreur. Els, si douce, si joyeuse, si coquine, vivant avec ce drame intime.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;- Et aujourd’hui, on remet ça. Toujours la mort, les tueries, la bêtise des hommes qui jouent à la guerre…&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nous arrivons à Achrafieyh. La nouvelle est déjà connue dans la maison et chacun nous accueille en vérifiant que nous sommes tous entiers. Les camarades d’escadron de notre garde du corps l’acclament et lui demandent de raconter ce qui s’est passé. Je suis à l’écart et j’observe que le récit d’Els a porté.&amp;nbsp;Il n’est plus très fier d’avoir tué un homme. Cependant, il doit quand même faire le fier à bras devant ses copains mais sans insister lourdement sur les détails. Il sait que de toute façon il aura droit au respect de ses collègues désormais. Sans doute aura-t-il une médaille des mains mêmes de Bachir Gemayel&amp;nbsp;? Demain, il aura oublié le cauchemar d’Els pour ne se souvenir que de ce brusque flux brutal d’adrénaline, tel un orgasme démentiel,&amp;nbsp; juste au moment où il&amp;nbsp;appuya sur la détente du fusil en sachant qu’il tuait un de ses semblables.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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